DE L’ORIFICE EXTERNE DU CONDUIT AUDITIF
Lettre au docteur Debout par M. Memébb , médecin de l'institution
des Sourds-Muets.
impériale
Vous vous êtes proposé, cher confrère, et souvent vous avez atteint le but, de réunir dans votre journal tout ce qui parait devoir être ut, le aux malades. Votre Bulletin enregistre avec soin les moindres applicat.ons delà thérapeutique espérant toujours que les praticiens y puiseront de nouvelles ressource, pour guérir ou du moins pour soulager les innombrables nnseres de la pauvre humanité. Et comme vous avez ouï dire que je me servais d’un peut ins rumen dans le traitement de certaines formes de surdite, vous avez man, este le des, d’avoir quelques renseignements exacts sur un appareil qu, appartint de droit à la prothèse auriculaire.
Vous avez raison de penser que, si simple, si insignifiant que paraisse un moyen de rendre plus facile l’audition, les sourds y attacheront un grand prix Tout ce qui peut diminuer les inconvénients de cette triste infirmité doit t mis à la portée des malades ; mais il ne suffit pas de vanter un instrument, il
faut dire dans quelles circonstances il doit être employé. .
Ceux qui, lors des grandes expositions de l’industrie à Paris et a Londres,
Cornet acoustique.
ont examiné avec soin les appareils dits acoustiques, ont pu croire que cette partie de la prothèse chirurgicale ne devait rien laisser à désirer. Une multitude d’instruments plus ou moins compliqués, des cornets de toute forme, dans, la composition desquels entrent les matières les plus diverses, prouvent que les sourds n’ont pas été oubliés, et que de nombreux artistes ont consacré leurs efforts à la création des ressources les plus efficaces contre les imperfections de l’ouïe. J’ai vu chez MM. Charrière une vaste collection de ces machines au milieu desquelles il est difficile qu’un sourd ne puisse pas rencontrer celle qui convient le mieux à son genre d’infirmité.
Mais, il faut bien le dire, parce que cela est vrai, ces cornets si ingénieusement fabriqués ne rendent pas tous les services qu'on en attend. II en est bien.
peu qui valent mieux que la main du malade, disposée en conque et ajoutée a l’oreille paresseuse.
Un grand nombre de malades, après des essais infructueux, reviennent à cette prothèse spontanée, si simple, si facile à mettre en œuvre, et qui suflit dans la grande majorité des cas. La main, appliquée en cornet derrière l’oreille, a le grand avantage de 11e pas produire de vibrations métalliques qui fatiguent l’organe, qui épuisent sa sensibilité, et rendent bientôt nécessaire l'emploi d’un moyen plus puissant. Il n’y a véritablement qu’un petit nombre de surdités assez graves pour exiger l’emploi d’un cornet acoustique, et dans ce cas, le meilleur de tous, sans contredit, c'est le long tube flexible, aussi utile au malade qu’il est commode pour son interlocuteur.
Ceci dit en manière de préambule, arrivous au point principal. La surdité n’est pas une maladie, elle n’est que le symptôme d’une lésion de l'appareil auditif ; par conséquent, pour remédier utilement à la surdité, il faut savoir d’où elle vient, à quoi elle est due, de quelle altération elle peut dépendre. Cela n’est pas si facile qu'on pourrait le croire, et les personnes qui, par position, sont à même d’étudier ces sortes de choses, éprouvent souvent de grandes difficultés à établir un peu solidement la diagnose d’une affection extrêmement variable dans ses formes et dans son origine.
On m’accordera bien, j’ose le croire, qu’un bon diagnostic est la base de, toute médecine digne de ce nom. Nous ne comptons guère sur les essais aveugles des empiriques, et si le hasard amène quelques découvertes dont la science, profite, on conviendra, sans doute, que la plupart de celles que l'on prône ont bien moins pour but le soulagement des malades que le bénéfice des inventeurs. Or, les maladies de l’appareil auditif sont assez obscures, dans bien des cas, pour mettre la médecine en défaut et ouvrir une large porte aux tentatives des guérisseurs. Parmi les nombreuses affections de cet appareil, il en est qui se guérissent d' elles-mêmes, qui se modifient du moins assez heureusement pour que le patient désolé s’estime heureux du moindre changement survenu dans son état, et pour crier miracle! au profit de la médication quelconque à laquelle il se croit redevable du bienfait de cette modification heureuse. Nous comprenons les élans de cette reconnaissance, mais nous comprenons moins bien l’enthousiasme du médecin qui devrait savoir observer, et la publicité donnée tout à coup à des résultats dont la valeur scientifique est si facilement contestable.
La discussion de ces sortes d’affaires nous mènerait loin, aussi nous abstiendrons-nous pour le moment d’en poursuivre l’examen critique. Revenons à notre point de départ, à la prothèse auriculaire, sur laquelle vous m'avez demandé une note.
Il est une altération matérielle du conduit auditif externe qui entraîne un certain degré de surdité. J’en ai parlé ailleurs, et ce n’est pas ici le lieu d'en indiquer la nature et la cause. Il nous suffira de dire que par suite d’un changement de forme des mâchoires, de l’usure des dents, du mouvement de bascule du menton, l’ouverture du méat externe prend une direction beaucoup plus oblique de haut en bas et d’arrière en avant, et tend à perdre sa disposition normale. De ronde ou ovalaire qu’elle est, elle se trouve réduite à l’état de fissure et au point que les bords antérieur et postérieur se touchent complètement.
Cette forme vicieuse se rencontre surtout chez les vieillards, et la surdité qui en est la conséquence passe pour un affaiblissement de la seusibilife ; on ne
croit pas devoir recourir à la médecine pour combattre un mal qui appartient de droit à l’âge avancé, on cherche à y remédier par l’emploi d’un cornet, et comme alors celui-ci ne peut rendre aucun bon office, on appelle incurable une surdité dont la guérison est facile.
Quand enfin ceux qui se trouvent dans ce cas se décident à consulter un médecin, celui-ci voit le plus souvent dans cette cophose le résultat d’une congestion sanguine vers le cerveau, et l’on prescrit un traitement en rapport avec celte cause probable. L’insuccès de celte thérapeutique pousse le praticien à recourir aux révulsifs habituels, et puis on finit quelquefois par inspecter l’organe malade. En pareil cas, le plus léger examen fait reconnaître le genre de lésion du conduit auditif externe. On trouve souvent du cérumen accumulé derrière cette sorte de sphincter accidentel ; l’air n’ayant plus accès dans ce canal, les matières qui s’y trouvent s’altèrent, les poils tombent, les écailles épidermiques se détachent, tous ces corps étrangers se mêlent au céruihen et forment un bouchon qu’il n’est pas toujours facile d’enlever.
Quand, à l’aide de lavages convenables, il ne reste plus rien dans lé conduit auditif, l’ouïe se rétablit aittant que cela est possible, mais il faut, pour obtenir ce résultat, que l'ouverture du canal soit maintenue dans sa forme régulière. Pour que cela soit ainsi, je me sers depuis bien longtemps d’un simple petit tube en os, de forme cylindro-conique, de volume variable, suivant le diamètre du méat externe, et se terminant à l’une de ses extrémités par un bord saillant, espèce de pavillon évasé destiné à empêcher que l’instrument ne pénètre trop loin.
Rien de plus simple en apparence, et cependant il se l'encontre, dans l’application de ce petit cornet, un grand nombre de difficultés que l’expérience apprend à combattre et à vaincre. La présence de ce tube fatigue promptement l’oreille, c’est un corps étranger dont le contact irrite et blesse la peau, de sorte qu’il faut d’abord choisir un tube de petit calibre, afin que le malade s’y accoutume plus aisément. On doit enduire le tube de c old-cream, de pommade, d’un corps gras quelconque pour diminuer le frottement, mais on doit surtout avoir égard à la sensibilité particulière des iudividus.
Beaucoup de personnes ne peuvent supporter le petit cornet en place que pendant une heure, et ce n’est qu’apr’es des tentatives nombreuses qu’on parvient à obtenir la tolérance nécessaire. Quand ces malades peuvent le garder pendant la nuit, le succès est assuré, car il y a dans les habitudes du coucher, surtout chez les femmes, bien des circonstances qui contrarient l’efficacité de ce traitement.
La plupart des femmes ont l’habitude de porter des coiffures de nuit fort serrées et qui aplatissent singulièrement le pavillon de l’oreille. Il y a même, dans bien des pays, des coiffures de jour qui produisent le même effet, et celte constriction entre pour beaucoup dans la production de la difformité dont nous nous occupons en ce moment. En présence de telles causes, il importe de prescrire les moyens d’y remédier, car tout traitement, si rationnel qu’il puisse être, demeurerait inutile, la mauvaise habitude persistant.
Lors donc que l’on se sera assuré que le méat est libre, qu’il n’y a aucune autre cause de surdité que la clôture de son entrée, et que la dilatation de celte
Ouverture suffit pour rétablir l’ouïe dans ses conditions normales, on aura récours au petit tube, afin de donner à l’oreille sa forme régulière, et l’on habituera peu à peu l’organe à supporter le contact de ce cornet si simple et si efficace.
A qui doit-on l’invention d’un pareil instrument? Il pourrait s’élever sur ce point des questions de priorité que nous ne voulons ni débattre ni juger. Nous savons qu’un horloger de Bordeaux, affecté d’une surdité de l’espèce de celle dont nous parlons, avait fabriqué pour son propre usage de petits cornets qui lui avaient été utiles. Il en avait bien le droit, assurément, comme le maître de poste de Versailles avait eu celui de faire le cathétérisme de ses trompes engorgées. Mais l’artisan de Bordeaux ne s’en tint pas là. Il voulut voir dans l’usage de son petit cornet un remède efficace contre toutes les surdités, il le vanta, il eut recours à la publicité vénale des journaux politiques, et les oreilles régulièrement conformées, les méats larges et ronds ne retirèrent aucun bénéfice de l’emploi d’un instrument qui n’était pas fait pour eux. J’ai vu des centaines de sourds qui m’apportaient un petit écrin dans lequel gisaient précieusement deux jolis petits bijoux en argent ou en or, mais ridiculement inutiles à ceux dont les oreilles étaient bien conformées. Et cependant il avait suffi d’une de ces réclames, comme on en lit tous les jours dans les feuilles quotidiennes ou autres, pour établir entre un sourd quelconque et l’artisan bordelais une correspondance dont le résultat n’avait profité qu’à l’une des parties contractantes, et précisément à celle des deux qui en avait le moins besoin.
Il y a eu, à Paris, un autre fabricant de cornets à peu près semblables, et tout aussi inutiles dans la plupart des surdités. Une conque en métal, modelée habilement sur celle du malade, et munie d’un appendice en tube destiné à entrer un peu dans le méat, constitue un appareil fort compliqué et qui ne pourrait être vraiment efficace qu’à ceux qui auraient eu l’oreille complètement enlevée. Comprend-on que l’on s’avise de donner une conque métallique à celui qui en a une à l’état normal? Il est vrai que l’on a mis un tube d’argent dans un méat régulièrement conformé et de dimension naturelle. Mais enfin, ce petit appendice tubulé qui doit entrer dans le conduit auditif serait utile, si ce conduit était en quelque sorte oblitéré par le vice de conformation dont nous avons parlé ; mais quand cette lésion n’existe pas, à quoi bon mettre un tube là où il y a un canal? 11 est vrai que la conque artificielle de MM. Gateau et Déon est munie d’un appendice en cornet demi-circulaire qui recueille les sons, les renforce et les conduit vers les tympans, mais l'instrument tout entier ne vaut pas la main que le malade place derrière son pavillon. C’est ce que ne tardent pas à reconnaître les malades eux-mêmes, quand on peut leur démontrer, par une expérience facile, les avantages d’un moyen qu’ils ne dédaignent que parce qu’il est trop simple, trop vulgaire. Tous ces cornets compliqués, dispendieux, ne conviennent véritablement qu’aux malades manchots et aux fabricants qui ne le sont pas.