‹ Coups d'aile et coups de bec [microforme]Chapitre 24 sur 118 · UNE PIÈCE SANS NOM · texte numérisé non relu

UNE PIÈCE SANS NOM

Les parois de son front sous l'effort du génie, Menaçaient d'éclater ; sa bourse dégarnie

N éprouvait pas pourtant de fortes tensions Dans l’exéguité de ses dimensions ;

Son crâne dénudé semblait porter un Monde, Et, semblable à l'éclair lorsque l'orage gronce, Son œil se hérissait de rayons fulgurants.

De sa verve il alliit déchaïiner les torrents,

Et, racolant soudain quelque Muse échappée De Beauport, il allait écrire une épopée

Sur les travaux ardus de la traduction,

Des victimes du sort dernière fonction.

Il en avait goûté les douceurs et le charme ; Il n'avait jamais vu revenir sans alarme L’epoque, où, chaque année, un aveugle hasard Pouvait, en un instant, abolir le Hansard.

Le malheur l'avait fait volcan rempli de lave, Et maitre d’un sujet dont il était l’esclave.

Sa prose eût fait fureur, mais il crut, 6 travers ! Que la traduction peut se traduire en vers,

Que celui qui traduit des discours à la brasse,

Peut se flatter d'atteindre au sommet du Parnasse.

Cette réflexion digne d’un abruti

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Qui traduit le Hansard, lui fit prendre un parti, Qui, naturellement, n'était pas le plus sage :

[1 barbouilla d'abord de rimes une page.

S'il l'eut jetée au feu, je lui pardonnerais : Mais, plus cruel cent fois qu'un tigre &es forêts,

[1 lit à ses amis, surtout aux plus intimes,

Cette pièce sans nom, s’acharne à ses victimes,

Et semble résolu de venger ses revers,

En mettant tout le monde au régime du vers.

Ce n'est pas nous, c’est lui qui devrait aller paitre. Qu'il aille lutiner quelque Muse champêtre,

Ou plutôt, s'escrimant et de taille et d'estoc,

Qu'il meure en traduisant un discours de Mulock.

Pour copie qu'on forme.

2ÉMI TREMBLAY.

Ottawa, 27 mai 1SS6.

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