‹ Coups d'aile et coups de becChapitre 21 sur 49 · GRANDEUR ET DECADENCE · texte numérisé non relu

GRANDEUR ET DECADENCE

Pour an coq de village être percha trop haut. C'est, par le temps qui court, un bien triste défaut,

Abistote *

Jadis, au beau milieu d'une ville conquise,

Se dressait un beau coq sur un clocher d'église.

C'était un coq altier, un bon vieux coq gaulois.

On l'avait juché là, sans s'occuper des lois

Ni des vains règlements qu'une junte laïque,

Insensible aux ardeurs du zèle apostolique,

Décrétait sans motifs, sans rimes, sans raisons,

Nivelant à son gré tours, clochers et maisons.

Bien qu'il fut en ferblanc, comme un vrai coq en pâte

n eût pu vivre heureux, si l'on n'eut, à la hâte.

* Emprunté *u fameux chapitre des chapeaux.

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Décidé de le mettre à trois cents pieds du sol, Hauteur d'où ma pensée a dû prendre son vol, Pour suivre le plongeon du coq immarcessible Vers un autre perchoir beaucoup plus accessible, A cent vingt pieds du sol, et c'est bien dur, hélas ! Etre monté si haut pour descendre si bas !

L'orsqu'oubliant un peu son incurable dèche.

Un pauvre regardait l'interminable flèche Qui supportait la croix et le coq pardessus, Il disait : " J'ai déjà vu des plans mieux conçus. « Pourquoi mettre là-haut une tour octogone " Sur un socle carré ? Je crois, Dieu me pardonne, " Que ça s'écroulera quelqu'un de ces beaux jours. " Filons au plus coupant, car de semblables tours " Ça peut nous en jouer de mauvais ; ça peut même " Lapider un chrétien. Or, moi, j'ai pour système « De ne pas m'exposer aux fâcheux accidents : « J'irai prier plus loin le Dieu des pauvres gens. << Je crains des hauts sommets la séduisante amorce " Et cette tour hardie est un vrai tour de force. " Que les gens de la haute^ attardés en ce lieu.

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^< Examinent ce coq perdu dans le ciel bleu !

'^ S'il gratte, pour chercher un grain dans les nuages,

^' Les moellons ébranlés, par de tristes ravages

^ Signaleront leur chute et, frappant îans le tas,

*^ Ecraseront museaux, têtes, jambes et bras.

" L'auteur de ce clocher était pourtant un homme

" Large comme une tour, et pas très svelte ; en somme.

** A sa force plutôt qu'à sa légèreté,

<< n devait ses succès et sa célébrité.

*^ Si sa flèche n'a pas des assises plus vastes,

" Ça doit être en vertu de la loi des contrastes

" Qui veut qu'en tout pays, un court et gros garçon

*' S'éprenne d'un objet à la fois sec et long.

Tout en monologuant, notre ouvrier loquace A d'autres curieux abandonnait la place.

Les riches venaient voir les moellons menaçants. Et la cour octogone en assomma trois cents.

Si vous ne croyez pas la véridique histoire Qu'en ce moment je conte, il est un fait notoire Qu'on ne peut contester : c'est qu'il ne reste plus Un seul être affligé de trésors superflus.

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Et, cependant le coq a, pendant dix années^ Du haut de son perchoir bravé les destinées.

On va le dégommer, et ce n^est pas trop tôt, Bien qu'il ait su régner comme un roi dTTvetot. Les principes s'en vont, en ce siècle barbare : Un roi non dégommé, c^est un oiseau très rare ; Etre perché trop haut, c'est assez dangereux. Et le plus élevé n'est pas le plus heureux.

Si l'on eût respecté le plan de Tarchitecte, L'altitude du coq eut été bien correcte ; Cent vingt-sept pieds de haut, c'eut été suffisant Pour étaler au loin son plumage luisant.

Mais, on voulut lancer au loin, vers l'empirée^ Sa queue éblouissante et sa crête dorée, n ne protesta pas, jugeant que, des hauteurs De son trône, il verrait tous les législateurs, Hypnotisés, fixant ses reflets métalliques, S'abstenir de fouiller dans les caisses publiques. L'architecte, moins fler, fut aussi moins discret : Il exprima tout haut le sincère regret Qu'il avait en voyant, vers la rive inconnue.

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Le coq se diriger en traversasit la nue.

Mais tm vieil inspecteur^ bien payé pour cela,

A ses gémissements mit vite le holft.

Deux honnêtes bourgeois^.chargés de Tentreprise

Furent congédiés. Fui3 VEmintnee OrUe

Eut son manteau de pierre, en dépit des grognons,

Façonné par les jnains de joyeux compagnons

Qui furent bien payés au .moyen d'une quête.

Beaucoup de souscripteurs n'ont jamais vu le faite^ Le coq encor bien moins, de leur clocher géant, Car les presbytes seuls peuvent, pour leur argent, Voir un coq dans les airs, tout près de ces planètes Où se trouvent, dit-on, des peuplades honnêtes. Elles me font l'effet de s'y plaire ; en tout cas, Elles ont vu le coq et ne descendent pas.

Ici l'honnêteté semble être l'apanage De gens très peu nombreux qui meurent en bas âge. On pourrait hérisser notre globe de tours Et, quitte & dépeupler toutes les bases-cours, Mettre des coqs partout : autant de coq-â-l'âne Si, malgré nos discours, l'égoïsme nous damne.

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Par quel prodige étrange, assez mal défini, Le coq séjourna-t Jl sur le clocher jauni ?

Quel pouvoir inconnu, défiant l'analyse.

Tient la flèche & la tour et la tour & Péglise ? La loi de l'équilibre est-elle un préjugé?

Ou bien le fameux coq est-il donc engagé Dans le cercle attractif d'une sphère céleste ? Quel astre l'a sauvé d'une chute funeste ?

C'est ce que les savants n'ont jamais pu savoir. Pourtant, avant longtemps, il faut s'attendre à voir Le coq dégringoler de sa base fragile.

Puis, battant la chamade avec son aile agile. Chercher le doux repos d'un sommet amoindri.

Alors le balayeur de l'église, attendri.

Tout en le contemplant de son regard humide.

Tristement redira : La tour était solide.

IH GŒUR BRISÉ

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