UN CHRONIQUEUR HURON 1Y
Exception au règne animal, où l'oiseau envolé du nid ne connaît plus ni père ni mère, la cigogne nourrit ceux-ci dans leur vieillesse, — du moins selon la croyance populaire. C'est une touchante idée d'avoir fait apporter par elle dans le berceau l'enfant, et de faire soigner près de la tombe les parents en enfance.
La «^ogne, évidemment, tend à se rapprocher de l'homme, à qui la grue, sa sœur de mère, se colle de si près.
Ce n'est ni un conte à la cigogne ni une histoire de ma mère l'oie que je veux te dire, lecteur ; je t'annonce un fait vrai : je suis un sauvage. Sans une goutte de sang sauvage dans les veines, ne devant à l'habitant des forêts qui m'a découvert sous bois et porté au village que la reconnaissance de son bon couj), je suis un Huron. D'occasion, de seconde main, me diras-tu. Pour ça, oui, — mais pas moins un Huron, pas moins un chef de tribu, et d'une tribu qui a fait parler d'elle.
On connaît l'opinion de Chateaubriand sur mes frères :
" Les Hurons, spirituels, gais, légers, dissimulés toutefois, braves, éloquents, gouvernés par des femmes, abusant de la fortune et soutenant mal les revers, ayant plus d'honneur que d'amour de la patrie..."
Il y a près d'un âge de chêne que le grand écrivain a visité le Canada, où probablement il n'a pas même entrevu la binette d'un Huron. Le juge-
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meut qu'il porte sur ma tribu, je l'accepte ; mais je fais uue exception et une réserve ; nous aimons la patrie autant que l'honneur, et si les femmes régnent, elles ne gouvernent pas. Les Hurons, ce sont les Français de l'Amérique ; or les Français ont une loi salique qui ne permet pas au jupon de régenter la culotte.
C'était pendant la lune des fleurs que m^i ami Ahatsistari me proposait d'entrer dans la tribu huronne et d'en devenir un guerrier. J'acceptais, et après que la lune de feu eût passé, mais avant la chute des feuilles, les anciens de la tribu, les sages du conseil qui comptaient soixante neiges, m'élisaient chef honoraire et me baptisaient Lahacha.
Lahacha, c'est-à-dire " la lumière qui brûle," lux ignans.
Bien de l'honneur, frères !
Merci autant de fois qu'il y a encore d'oiseaux de proie dans nos forêts et de castors dans nos lacs.
Permettez que j'envoie au G-rand-chef un collier de wampum d'argent que vous suspendrez dans le w^igwam de la prière, élevé, près des bords poétiques de l'OriaSenrah, qui baigne les pieds de la vieille Stadacona. Vos pères ont été les sincères alliés de ma mère la France, et les premiers entre les sauvages de notre continent qui aient embrassé le christianisme. L'histoire de vos luttes fidèles, qui de nous
Peut se dire français et ne la connaît pas ?