UN CHRONIQUEUR HURON
Donc, je suis sauvage, et je le suis devenu à l'époque de ma vie où j'ai le moins besoin de l'être. C'eût été bon alors que je ferraillais et brettais dans la presse politique, — quand, tout jeunesse et feu, je mettais flamberge au vent et courais occire les kSarrasins, ne cherchant que rencontres, ne rêvant qu'estafilades, et revenant parfois, hélas ! de ces aventures folles, éclopé, meurtri, mais pas plus sage.
Quel est donc ce besoin qui nous pousse de la société vers la forêt ? De l'ermite du Chimboraçao à l'homme des bois, nous avons tous une tendance à revenir à l'état de nature : ne serait-ce pas que nous regrettons la primitivité ? Je me demande souvent si le nègre d'Afrique, nu dans sa cahute, ou l'Arabe libre dans son désert, vivant en plein air sous les yeux du firmament, ne sont pas plus heureux que nous qui mangeons tous les condiments de la civilisation, et ne nous en portons pas mieux. Quand je vois des enfants qui barbottent pieds nus dans une mare d'eau, j'ai envie de me déchausser. A quelle loi est-ce donc que nous obéissons eu cherchant à redescendre ? Cette gravité sociale, qui donc la détermine ?
Mes lecteurs, qui me savent maintenant sauvage, vont peut-être craindre que j'écrive pour eux en huron. Qu'ils m'arrêtent si je prends à ce point ma nouvelle nationalité au sérieux.
Seulement, lectrices, si en ma qualité de sauvage je me présente chez vous vers la Saint- Jean avec
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une panerée de bébés blouds et roses, y eu a-t-il parmi vous qui me repousseront de leur foyer tiède, sans accepter ma carte de visite ?
A quand, madame ?
DEUX JOHN BROWN lY*?
DEUX JOHN BKOWN
Ça été le privilège de notre siècle d'avoir vu naître deux plébéiens, morts à moins de vingtcinq ans d'intervalle, et qui ont laissé le même nom à l'admiration de leurs contemporains. Le John Brown américain poétisé, idéalisé, presque divinisé par Victor Hugo ; le John Brown anglais aimé, récompensé, raconté par la reine Victoria : tous deux chantés par la ro^^auté du génie et la royauté de la puissance.
Deux types de dévouement, remarquables à des titres différents mais également honorables.
L'un, le plus grand, l'abolitionniste, a payé de son sang la délivrance des esclaves américains ; l'autre se serait jeté dans le feu pour préserver sa reine d'une piqûre.
A des pôles opposés, l'un apôtre, héros et victime de la démocratie, l'autre défenseur et protecteur de la monarchie incarnée dans une noble femme digne de tous les respects, ils ont joué un rôle important.
Qui peut dire ce cjue seraient aujourd'hui les Etats-Unis s'ils avaient encore au flanc le chancre hideux de l'esclavage que John Brown a extirpé ?
Qui peut dire comment l'Angleterre aurait été
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gouvernée, quelles auraient été ses destinées, si l'autre Johu Brown n'avait sauvé la vie de Victoria ?
L'abolition de l'esclavage date de la fin de la guerre de sécession, 1865.
C'est en 1865 aussi que le gillie écossais a arraché sa souveraine à une mort certaine. Voici en quelle circonstance :
" Au mois do décembre de cette année, jx^ndant qu'il suivait à pied la reine (jui traversait sur son poney une avenue du parc de Windsor, il s'aperçut qu'une branche énorme était sur le point de se détacher d'un chêne gigantes(iue, sous lecjuel la souveraine allait passer. S'élancer en avant et détourner le poney de sa route, fut pour John Brown l'aflaire d'un instant. Une demiseconde plus tard, la branche tomba avec un épouvantable fracas, et la reine vit à quel péril elle venait d'échapper." — {Le Figaro).
De ce moment sa fortune fut faite. Attaché à la personne de la reine, il touchait des appointements considérables, recevait des présents riches et nombreux. La reine lui fit bâtir une maison dans ses terres de Balmoral ; elle lui donna des réserves de chasse ; et c'est pour avoir chassé dans une forêt particulière de Brown que le duc d'Edimbourg fut un jour obligé par sa mère de faire des excuses à celui-ci. Son autorité était incontestée au château de Windsor, à Balmoral, à Osborne, dit le World. Jusqu'aux premiers ministres qui lui faisaient leur cour ; d'Israëli l'appelait " mon bon ami." La fortune qu'il laisse est fort élevée.
" La reine des Belges, dit le Truth, offensa grièvement la reine Victoria en feignant d'ignorer la position occupée par John