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J.-G. BARTHE

Il reste à donner à la réparation une autre formule, cependant.

Moi, je propose la croix.

Et si j'étais ou le consul de France à Québec, ou l'agent canadien à Paris, — surtout celui-ci, M. Fabre, qui a remplacé M. Barthe à la rédaction du Canadien, — je demanderais au gouvernement de la république de ne i^as laisser mourir ce patriote et ce politique sans le bout de ruban rouge et la croix qui consolent de tant de déboires, et sont la seule digne récompense de tant de dévoûments !

SUrEKSTITIONS PASCALES

" Remarquez bien le temps qui distinguera la journée du Vendredi-Saint. S'il pleut, l'année sera humide ; s'il fait beau, elle sera superbe ; si le temps est incertain, l'année s'écoulera avec des alternatives fort marquées de soleil et de nuages.

" Les vieilles paysannes des environs de Paris observent aussi les jours qui suivent Pâques. Les huit mois qui restent de l'année seront semblables, en ce qui concerne le temps, à la journée à laquelle ils correspondent. Ainsi, si nous avons un beau lundi de Pâques, mai sera charmant ; s'il vente le mardi, nous aurons des orages et des tourmentes en juin, et ainsi du reste.

" Chacun est à même de s'assurer de la valeur de ces observations villageoises et météorologiques."

Ainsi parle Jean de Paris en son livre : Un conseil par jour. Ce n'est pas la meilleure de ses recettes, sans doute, mais elle vaut bien les pronostics de l'almanach Rolland et les prédictions de l'almanach Vennor, comme elle vaudra avant longtemps les prophéties du futur almanach Wiggins.

Ce que les villageois des environs de Paris ob-

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servent le Vendredi-Saint, toute la population campagnarde du Bas-Canada l'observe également le même jour, mais pendant le chant de l'évangile de la Passion seulement. C'est pour cela que si vous assistez à la messe ce jour-là, vous ne manquerez pas de remarquer combien souvent les têtes se tournent alors vers les fenêtres et interrogent le temps. Le sujet de conversation au sortir de l'église est tout trouvé. On ne se fait faiite de l'épuiser, de rappeler même les souvenirs des années passées, en bourrant sa pipe ou en détachant son cheval de l'un de ces piquets que la sollicitude de la fabrique a plantés en quinconce sur la place, et l'on regagne son logis, croyant dur comme fer aux promesses de la température.

Mais ceci n'est pas une superstition pascale, je passe.

Chateaubriand a dit : " On est bien près de tout croire quand on ne croit rien : ou a des devins quand on n'a plus de prophètes, des sortilèges quand on renonce aux cérémonies religieuses, et l'on ouvre les antres des sorciers quand on ferme les temples du Seigneur."

Ce que j'ai entendu répéter de fois, sous d'autres formes, cette phrase du grand poseur breton ne se peut imaginer. Admettons pour le moment qu'il ait dit vrai. Ne pourrait-on ajouter avec autant de vérité que si les peuples sans religion sont super-

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stitieux, les peuples religieux le sont bien davantage ? Tenez, il n'est pas besoin d'aller chercher un exemple bien loin, nous l'avons sous la main. Y a-t-il de par le monde un peuple plus sincèrement religieux que le peuple canadien Y Non. Y a-t-il sous le soleil un peuple i^lus superstitieux que lui ? Non encore. Nous croyons au 1er à cheval, aux mascottes, aux porte-bonheur, aux gris-gris, aux amulettes, aux fétiches, aux sorts, aux fées, aux revenants, aux chasse-galeries, aux loups-garous, quesais-je? Nous avons toutes les suiierstitions. Je me fais fort d'en dresser de mémoire une liste de deux cents en deux jours.

En ce qui concerne Pâques, qui ne sait que le matin du grand jour on peut voir le soleil danser, sans doute pour témoigner sa joie de la rédemption d'un monde dont il a jadis éclairé la ruine ? Il y a parmi mes gens une respectable dame qui m'a soutenu, à Pâques dernier, avoir contemplé le matin même la gigue du roi des astres. C'est étonnant comme j'ai du guignon, moi ; il m'est impossible d'être jamais le témoin du plus petit phénomène, du plus mince prodige !

Si quelque membre de votre famille est sujet aux maux d'yeux ou aux maladies de la peau, faites à la rivière une provision d'eau le jour de Pâques au matin ; mais que ce soit avant le lever du soleil, et puisez A^-otre eau au rebours du courant. Le malade n'aura qu'à s'en laver.

Je me suis laissé dire que cette eau ne se corrompt jamais, ce qui lui assure une supériorité

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