‹ Coups d'oeil et coups de plumeChapitre 29 sur 44 · P.-J.-O. CHAUVEAU · texte numérisé non relu

P.-J.-O. CHAUVEAU

r.-J.-O. CHAUVEAU

Voici qu'après nous avoir donné une bonne nouvelle les journaux nous la reprennent. Cela valait bien la peine de nous faire un grand plaisir pour nous le ravir au bout de vingt-quatre heures.

Dans notre 'peiit monde littéraire, il n'est personne qui ne se soit réjoui d'apprendre que l'honorable M. Chauveau concourrait pour un des prix de l'Académie française. Certes, avec un bon et beau livre comme son dernier : F.-X. Garneai/, sa vie et ses œuvres, on a le droit d'avoir cette ambition.

L'Académie nous a couronné un poète, et nous avons tous applaudi ; également nous voudrions voir ceint des lauriers académiques le front d'un homme qui est un patriote ardent et éclairé, d'un écrivain distingué, d'un érudit qui n'est pas lin fossile, d'un politique qui a peut-être eu ses fautes — ce qu'il ne m'appartient pas de discuter ici, — mais qui les a rachetées par sa bonne foi et sa naïve honnêteté personnelle.

C'est un homme que j'ai combattu dans le temps sur le terrain politique, mais dont j'ai toujours admiré le grand talent et le digne caractère. Il est certainement à la tête de notre petite phalange ; c'est un littérateur de derrière les fagots, et personne ne s'y trompe, personne ne conteste sa haute

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vali'iir. Ce iTesl ])iis un homme qui a joué du boutoir, assommé dos rivaux, découragé des novices, — tout au contraire. Son talent s'élève dans une atmosphère sereine, aucun nuage ne l'obscurcit ; c'est pour cela que nous le voyons tous et cjue personne n'aboie après.

On nous annonce aujourd'hui que M. Chauveau a bien, il est vrai, envoyé son livre à Camille Doucet, cpii est son ami, mais qu'il n'a jamais entendu concourir pour un des prix de l'Académie.

Moi je prétends c|ue cela ne saurait être vrai, M* Chauveau n'ayant pas le droit de priver de sa gloire son pays. C'est peut-être l'indiscrétion des journaux qui ont prématurément annoncé l'envoi ï)Our concours qui l'empêcherait de braver un échec, et j'admets volontiers qu'il eût mieux valu que le I)ublic n'en sût rien. Mais aujourd'hui le chat est hors du sac, l'idée est lancée, tous les journaux l'ont approuvée : il ne faut pas que M. Chauveau recule. Ce n'est pas lui qui se mettra sur les rangs, c'est nous, ses compatriotes, qui nous faisons représenter par lui et qui, s'il y a défaite, en subirons, non la honte — il n'y en aurait pas — mais le chagrin.- M. Chauveau nous appartient, et il a le devoir d'élargir notre horizon littéraire, de répandre davantage le Canada en France. Lui qui a fait avec tant de grâce délicate les honneurs du banquet à Fréchette, nous espérons c[uil mettra celui-ci en demeure de s'acquitter d'une dette que tout le Canada lisant a vu contracter.

Et nous serons là, à la c[uittance comme au con-

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trat, et nous signerons joyeusement comme témoins et nous acclamerons dans une commune ivresse le créancier et le débiteur.

Il faut c[ue Chauveau concoure.

Il faut que ses amis— dont je voudrais être— lui fassent comprendre qu'il ne peut soustraire le mérite à la récompense.

Je compte bien qu'ils y réussiront.

Du moment que nous avons produit une œuvre remarquable, ne sommes-nous pas tenus de la faire connaître en France ?

Chauveau ferait d'une pierre deux coups : Garneau et lui y gagneraient, et partant le Canada français.

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TKMKIMTÉ

Il est certes bien difHcilc, en nombre de eus, de fixer la limite des pouvoirs dont les autorités publiques sont revêtues. Elles sont tenues encore plus rigoureusement de prévenir le crime que de le punir, et cependant le code de nos lois criminelles, source de leur mandat, en règle générale, châtie mieux qu'il ne prévient. Toutes les offenses et toutes les punitions sont prévues ; le moyen d'arrêter le mal, non pas ! Le magistrat tvouve dans la loi foule d'occasions pour le bras du bourreau ou du fouetteur public de s'exercer, mais peu d'aide pour tarir la source des fautes contre la société.

Je suis juste, et j'admets sans hésitation qu'on donne plus facilement un coup qu'une raison, été qu'il est plus aisé de sévir contre les délits que de les prévenir. N'empêche que les législateurs ne portent point assez leur attention de ce côté. Ou devrait armer la soL'iété, dans la personne de ses magistrats, de plus de pouvoirs qu'ils n'en ont.

Il est un proverbe anglais qui est vrai et que je traduis librement ainsi : Une once d'hygiène vaut mieux qu'une livre de médicaments. Si on pouvait le transporter, l'appliquer dans la législation !

Pourquoi ce long préambule, me dira-t-on ?

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