PÉTITION HUBERTUS
choses particulières. Quand il avait chance de jeter un œil sur un bout de papier, la nouvelle devenait certaine ; quiconque causait avec lui dix minutes était pompé.
Le plus grand tireur de vers du nez, le vrai génie du reportage, ce garçon-là !
Sir John, dont il éventait les mèches au profit de G-eorge Brown, l'avait surnommé le ministre de l'extérieur ; et le nom était bien trouvé, car ce que Hubertus savait le public ne tardait pas à l'apprendre, grâce à l'immense publicité du Globe.
Le premier mouvement de celui qui connaissait Hubertus, s'il avait quelque chose à taire, c'était de se pincer les lèvres et de se promettre de ne pas parler. Mais il fallait se tenir à quatre, non pour éviter une indiscrétion, mais bien pour ne p£Cs donner un indice, car l'indice était vite saisi, suivi, exploité. Un grain de métal brillant à la lumière trahissait la mine.
Ah ! l'endiablé chercheur !
Que de fois, alors que j'étais secrétaire particulier de ministre, sa présence comme son inépuisable code de questions m'a imposé une réserve qui devenait pénible en se prolongeant ! Que de fois je me suis mordu la langue, craignant d'avoir trop parlé ! Si Hubertus eût appartenu à quelque autre groupe politique, il m'eût forcé avi silence absolu. Allez donc vous risquer en tête-à-tête avec ces détectives du monde parlementaire et gouvernemental, qui n'ont pas plus de conscience qu'un ventre
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affamé n'a d'oreilles, et qui pour vous tirer un renseignement oublient que vous avez un emploi à conserver autant qu'une âme à sauver !
Pourquoi, va dire le lecteur, nous parler de Hubertus ?
D'abord, répondrai-je, c'est parce que cela me plaît et que le lecteur paie pour me lire C'est ensuite que le parlement a été saisi par Hubertus d'une réclamation qui a toutes les apparences d'être bien fondée en fait et en droit.
Aujourd'hui malade, fatigué de vingt ans de fin espionnage politique, fonctionnaire public faiblement rétribué, il demande au parlement une chose non pas inouïe mais inaccoutumée : une clause qui le protège dans un bail que deux compagnies de chemins de fer entendent passer, celle de l'Ontario et Québec louant sa voie à celle du Pacifique canadien.
C'est Hubertus qui a créé une ligne de chemin de fer entre Ottawa et Toronto. Il en a eu l'idée ; il a obtenu la charte, fait faire l'exploration, formé la compagnie qui devait construire le chemin. Le tout a passé eu d'autres mains. C'est maintenant le Pacifique qui bénéficie de son travail.
Il a déjà été reconnu que Hubertus avait droit à $3,000 de compensation, dont il a touché un tiers. Reste la balance, et Hubertus qui n'est pas millionnaire entend se la faire servir. Il pétitionne et avec raison ; il demande que le parlement, appelé