‹ Coups d'oeil et coups de plumeChapitre 4 sur 44 · DÉBAT D'AMOUR · texte numérisé non relu

DÉBAT D'AMOUR

L'enfant était reveillée depuis un quart d'heure. Depuis un quart d'heure, débarrassés des couvertures, ses petons roses battaient l'air sur une mesure indéfinissable conduite par sa frêle voix de pinson joyeux, et scandée par des petits cris ravissants, si gais et si frais dans le matin brumeux de janvier que l'on se fût cru en plein avril. L'atmosphère tiède de la chambre permettait qu'elle prît ses ébats sans danger. Le papa et la maman, l'œil ouvert, mais à moitié endormis, savouraient son gazouillement. C'était le concert matinal de la fleur et de l'oiseau, de la fleur-oiseau qui chante et enchante. Musique primitive et gymnastique élémentaire, mais dont raffolent ceux qui ont des bébés !

La maman. — C'est à cette heure-ci du jour que je l'aime davantage. Comme elle est belle avec ses joues rougies par le sommeil, ses petits poings fermés qui frottent ses paupières encore alanguies ! Et ses grands quenœils d'un bleu si limpide, comme ils sont beaux et fins !

Le papa. — Moi aussi, je l'aime bien en ce moment, mais c'est tantôt que je l'aimerai bien plus fort, quand elle voudra grimper dans notre lit, quand

DÉBAT d'amour 11

elle se roulera sur nous en nous meurtrissant, puis nous embrassera, me tirera la barbe

La -A£\max. — Je me rappelle comme tu la dévorais de baisers le jour où je lui mis des bas pour la première fois.

Le papa. — Je me souviens des larmes que tu versas alors quand je parlai de lui mettre les bas de son petit frère qui est parti.

La maman. — N'attristons pas ce délicieux réveil par un souvenir poignant. Regarde-la plutôt jouer dans son ber, entends-la gazouiller comme l'alouette. Dis, n'est-ce pas le bonheur ?

Le papa. — Oui, sans doute. Mais ne te remetstu pas de sa première usure ? Tu te souviens, elle avait usé la manche de sa jaquette de carisé blanc ; son coude, son coude à fossette, passait au travers. Si nous l'avons becqué des lèvres et du cœur ce petit morceau de bras blanc et ferme que la déchirure nous montrait ! Tu y serais encore, si je ne t'y avais ôtée.

La maman. — Ce n'est pas moi qui ai fait le plus de folies. Quand elle a dit papa pour la première fois, avant d'avoir dit maman, avoue, ne l'as-tu pas presque étouffée dans tes bras ?

Le papa. — Soit, mais toi-même, jalouse, confesse que tu as cherché toute la journée à lui faire dire maman, mais elle n'a pas voulu. C'est qu'elle m'aimait mieux que toi.

La maman — Les pères, ça n'aime pas comme nous. Leur atiection est plvis bruyante, mais pas aussi

12 COUPS d'œil et coups de plume

profonde. Et les enfants le sentent, on dirait. Tu vas voir. Viens becquer maman, ma Tanouchette.

Le papa. — Viens voir papa, ma belle fille.

La maman. — Si elle va à toi, c'est qu'elle s'attend à sautiller.

Le papa. — Si elle va à toi, c'est qu'elle a soif.

La maman. — Non, non, c'est parce qu'elle m'aime plus que toi. Nous allons voir !

Le papa et la maman avaient tous deux raison.

L'enfant, mise dans le lit entre les deux, allait de l'un à l'autre, les embrassant alternativement.

N'est - ce pas qu'il est délicieux de sentir le toucher de cette peau fine et douce de l'enfant sur nos visages rugueux d'hommes barbus et vieillissant ?

La maman. — Elle tire ta moustache, c'est bien fait!

Le papa. — Elle va te tirer les cheveux, ce sera mieux.

La maman. — Aïe ! aïe ! tu me fais bobo, méchante.

Le papa. — Ce n'est pas à moi qu'elle arracherait les cheveux.

La maman, — Beau dommage ! tu les as trop courts ; elle n'a pas de prise. J'y pense, tu ne lui a jamais payé sa première crique.

Le papa. — Non-da ! et le carrosse que je lui ai donné .^

DÉBAT D'AMOUE 13

La maman. — C'était pour l'été, mais elle n'a pas de voiture d'hiver.

Le papa. — Demande donc des patins pour elle pendant que tu y es, ou bien un corset, une crinoline, des boucles d'oreilles, une tournure, un chignon. Elle sera grande assez vite, va !

L'enfant gazouillait, riait, sautait.

Heures suaves, si tôt envolées !

La maman. — Elle m'a causé bien du plaisir quand elle a fait ses premiers pas.

Le papa. — Et à moi bien de la peine quand elle est tombée sur son nez.

La maman, — C'était ta faute, tu t'éloignais d'elle à mesure qu'elle marchait, cette pauvre petite.

Le papa.— A-t-elle l'air fine quand elle se trémousse sur son séant et accorde sur tous les bruits qu'elle entend, bruit du poêle dont on secoue les cendres, de l'horloge qui sonne les heures, démon rasoir que jfe frappe dans la paume de ma main, du serin qui chante, de sa sœur qui monte l'escalier quatre à quatre, de l'eau qui tombe dans l'évier ? Ce sera une fameuse musicienne, tu verras.

La maman.— Tu n'aimes pas comme moi entendre son ramage pendant des heures ; on s'aperçoit bien que cela comprend et que cela veut s'exprimer ; elle est de ton opinion en matière de langue, elle fait les mots qui lui j)laisent, elle en crée à bouche que veux-tu.

Le papa. — Elle apprendra bien assez tôt les mots de tout le monde, la langue d'un chacun. Mon

14 COUPS d'œil et coups de plume

grand plaisir est de la promener dans mes bras, quand elle encercle mon cou des siens et qu'elle colle sa joue sur la mienne. Quel babil alors ! Comme elle me donne la réplique dans un hébreu que je devine ! Et quand je rentre du bureau, ses battements de mains, son rire perlé, ses chers appels, la hâte qu'elle manifeste de se faire prendre, les caresses de sa main fraîche sur mon front souvent brûlant, tout cela, ma femme, c'est de l'or en barres.

La. maman. — Tu ne l'aimes toujours pas autant que moi.

La papa — -Te te dis que si. Plus, même.

La maman. — Voyons la jauge. Est-ce toi, gros ronfleur, qui passe tes nuits blanches à bercer, à chanter pour la rendormir, souvent à la promener? Tu dors comme un loir toute la nuit belle et longue. Où sont tes fatigues ?

Le papa. — Pour ce qui est de chanter, je m'époumonne tous les soirs à l'endormir. Ce n'est pas toi qui réussirais en trois chansons. Aussi, c'est que j'ai découvert le soporifique, pas toi. Qaand j'ai fini de chanter Gastibelza, V homme à la carabine, il y a disposition évidente au sommeil ; Madeline continue l'œuvre d'assoupissement, et je couronne le tout par un La mer m'attend qui endormirait toute la Bretagne. Est-ce toi qui aurais pu combiner ça ?

La maman. — Ta, ta, ta ! Tu l'aimes seulement è tel moment, moi je l'aime toujours.

DÉBAT d'amour 15

Le papa. — Et toi, tu ne Taimes qu'ici et là, moi je l'aime partout. Embrasse-moi. Julie, venez cherclier la petite.

16 COUPS d'œil et coups de plume

Ceci est une histoire simple et vraie.

Et navrante.

C'est un père qui vient de me la raconter.

" Ma femme, ce matin-là, fatiguée par une nuit de bal d'où nous étions rentrés à l'aube, dormait encore à l'heure où d'ordinaire elle avait donné au bébé son bain quotidien ; moi, il y avait beau temps que j'étais levé. Tu connais mes habitudes matineiises. J'étais enfermé dans mon cabinet, lisant d'un œil seulement, et suivant de l'autre l'enfant qui marchait à quatre pattes et s'ébattait sur le tapis sourd. Je l'avais enlevée de son ber, où elle chantait sur des tons que l'Albani ne connait plus. L'opéra qu'elle disait n'aurait été reconnu ni par G-rau ni par Strakosh, mais la petite chantait à mon cœur mieux que tous les premiers prix du Conservatoire. Seulement, elle aurait réveillé la maman, qui avait besoin de repos.

" Il était déjà tard, et plus d'une fois j'avais songé à tirer du sommeil ma femme, la nonchalante. J'entrais dans sa chambre d'un pied libre, mais là je n'osais plus.

" C'eût été pitié, parole ! Elle dormait si profondément, de ce sommeil serein des jeunes mères

qui rêvent à l'enfant toujours, et le voient jouer avec les anges ses camarades. Sa joue était pâlie, ses yeux où la lassitude avait mis son cerne attestaient le besoin de reposer, et son souffle prolongé, sa respiration quelque peu forte me disaient " qu'elle ne fournissait pas à dormir."

" Alors, je sortais de la chambre sans effrayer les songes, sans dénouer ce fil mystérieux qui nous relie pendant le sommeil avec les êtres d'au delà. Et je revenais amuser Bébé, lui ramassant sa poupée sans bras, ses autres joujoux, lui parlant de ma voix la plus douce, rempèchant surtout de pleurer. Je la faisais sauter sur mon pied, en lui disant : Au pas, petit trot, grand trot, à la course Comme elle riait d'un bon cœur, et aux éclats, de sa chère petite voix de soprane, quand, après avoir du bout du doigt touché tous ses traits en disant : Menton fourchu, bouche d'argent, nez cancan, joue rôtie, joue bouillie, petit œil, gros œil, sourcillon, sourcillette, j'ajoutais, en frappant légèrement du plat de la main son beau front : Cogne, cogne la caboche ! Si je ne lui ai pas donné toiis les noms ! Mon loup blanc, la petite chatte, la belle coquine, le rat doré, la vieille canaille, la loutre à papa, mon chou d'argent, — toutes ces innocentes bêtises et ces divines injures que nous adressons aux petits enfants, — je ne m'en suis pas fait faute, va !

" Mon cher, elle n'avait jamais été ni si belle, ni si gaie,

18 COUPS d'œil et coups de plume

" Si je lui demandais : " Où est papa ? " — de son petit index à fossette, que terminait un ongle nacré grand au plus comme un grain de millet, elle montrait aussitôt au mur mon portrait, crayon d'Achille Fréchette. " Chante donc," et, comme l'oiseau qui essaie son gosier, elle me turlutait des notes d'un faux superbe, soit, mais qui m' allaient à l'âme.

" Comme étreindre et baiser sont l'expression la plus souverainement satisfaisante de l'amour, j'étreignais et baisais ce petit visage doux et chaud, net à croquer, fait de lait et de roses. Et l'heure passait, coulait. Si mon bureau m'invite, le bonheur me retient : au diable les affaires !

" Mais voici que la maman s'éveille, j'entends son long bâillement sonore ; elle appelle de sa voix la plus traînante : Titite ! C'est le signal du vacarme ; toute la nlaison s'ébranle, les enfants, que la servante tenait à grand'peine en silence, accourent, moi-même je ne mets plus de sourdine à ma voix ; nous allons tous embrasser la mère paresse ase. Les aînés grimpent dans le grand lit, c'est une fête. L'un se cache sous la couverture, où l'autre le découvre en riant aux éclats. C'est le quart d'heure délicieux de chaque matin. Les enfants racontent, l'un qu'il a mal dormi, l'autre qu'il a fait un rêve : il y a toujours, si tu as remarqué, des oiseaux, et des jouets, et des bonbons dans ces jeunes songes. La maman embrasse à pleine bouche toute cette marmaille, et moi, le bébé

dans les bras, je me promène en contemplant ce gai tableau, en savourant cette joie pure.

" Hélas ! si les quarts d'heure se suivent, ils ne se ressemblent pas. Dire que la désolation côtoie de si près le bonheur !

" Les enfants ont quitté la chambre pour permettre à leur mère de se lever, ils transportent leur gaieté bruyante dans mon cabinet, où je les suis. La servante monte le petit bain de fer blanc peinturluré d'où s'échappe une forte buée et qui ne contient encore que l'eau bouillante. C'est pour la toilette du bébé. L'éponge, le savon, l'essuie-mains, le peigne minuscule et la brossette de poils de chameau, ces instruments de siipplice pour tous les enfants, sont là tout auprès. On va baigner mademoiselle, et je vais la revoir battre l'eau de ces chères menottes, et inonder sa mère qui se récriera mais laissera faire, et mordre l'éponge, et lancer des petits cris joyeux. Comme j'ai hâte d'assister au bain de mon adorable tyran !

" A cette minute-là, mon cher, il n'y avait sous le soleil personne qui fût plus heureux que moi. Ce n'était ni un pacha à trois queues, ni un sultan et ses sultanes, ni un roi, ni un millionnaire qui m'auraient fait envie. J'étais gorgé de tous les plaisirs vrais : une femme jeune, bonne, intelligente, belle ; des enfants ravissants, pleins de santé ; mon existence à l'abri du besoin, et celle

des miens protégée par les meilleures assu-

ra.nces ; peu d'amis, mais de solides, et pas un

20 COUPS d'œil et coups de plume

ennemi. C'était moi qu'il fallait envier, hein ?

" Oui, à cet instant-là, mais pas une minute après !

"Ne t'étonne pas si j'ai déjà, à trente ans, la patte d'oie et les cheveux poivre et sel. Mon grand ressort est brisé. Je traîne l'existence, je ne la vis plus. Je t'ai dit de ne point t'étonner, mais j'oublie que tu dois ignorer mon malheur, car j'avais prié les journaux de n'en souffler mot : ils ont généreusement promis et loyalement tenu.

" Tiens ! prends ma main frémissante ; mets la tienne sur mon cœur, et vois s'il bat; regardemoi, je dois être pâle, il me semble que tout mon sang se retire, et si je pleure encore après cinq ans, mon ami, tu me pardonneras ces larmes, car tu les comprendras.

" Oui ! j'ai tué mon enfant. Ni plus, ni moins.

" Une enfant que les peintres eussent prise pour modèle. Le vivant portrait de sa mère, belle

comme celle-ci alors, et robuste comme moi....

à cette époque. Oh ! maintenant nous sommes bien changés. T'ai-je dit qu'elle n'avait pas encore son an ? T'ai-je énuméré tout ce que j'attendais de cette intelligence, quand elle serait mûre, de ce cœur qui aurait été nécessairement bon, il me semble ?

" Je l'ai tuée, en l'adorant.

" Imprudent que j'étais ! Je la portais à sa mère au bout de mes bras, par-dessus ma tête, ce qui l'égayait toujours et entretenait son petit rira

perlé dont j'étais fou. Je ne regardais pas à mes pieds, tu penses bien. Mon pied s'arroche dans le tapis, me voici qui trébuche, et mon blond fardeau m'échappe et tombe dans la baignoire fumante

• "La chambre nuptiale où nous nous étions tant aimés était, trois jours après, convertie en chambre funéraire. Je fus fort, mais je le suis moins de jour en jour. J'ai ce souvenir ancré dans rame. Le meilleur de ma vie a passé. La catastrophe a été double : ma femme est folle.

" De voir ce berceau vide, qui ne sera plus habité, j'emporte chaque matin de la tristesse pour ma journée.

" Les funérailles ont été bien simples. J'ai pris deux amis qui m'ont aidé à remplir les formalités de la loi. Nous sommes passés par l'église, et j'ai vu, l'œil sec, le fossoyeur briser de sa pelle inhumaine mon dernier lien terrestre avec cet ange.

" Mais non pas mon dernier souvenir, non pas ma dernière espérance. Tu crois, n'est-ce pas .^ à l'immortalité de l'âme, à la rencontre nécessaire des êtres qui se sont aimés. Moi j'y crois de toute la force de mon adoration pour cet enfant que j'ai tué. Si les tribunaux m'avaient demandé raison de mon acte, je ne pense pas que je me serais défendu. Il me tardait d'aller rejoindre ma chère victime.

" Ma femme n'a pas eu une larme ni un sourire depuis cinq ans. Sa folie est douce et sa manie

toTichante. Sa manie, c'est de balancer le berceau. Nous ne l'avons pas enlevé de la chambre, il est toujours près de notre lit, défait, avec les mêmes couvertures, que le temps a jaunies et salies, mais que la mère ne veut pas que l'on change. Elle se tient des heures entières auprès et berce en imagination l'enfant qu'elle a perdu. Nous avons conservé nos amis, qui, par pitié, nous visitent et que nous allons voir de temps à autre. Quand elle va chez ses amies, la première chose que ma femme fait c'est de chercher un berceau et, vide ou plein, de le balancer tant qu'on ne l'en éloigne pas. Chose singulière, elle ne chante jamais, même alors, ces naïves chansonnettes ou ces délicieuses berceuses avec lesquelles elle a endormi nos trois enfants. Croirait-elle profaner le petit lit mortuaire, ce nid si vite changé en tombeau ? Elle est une ombre aujourd'hui, ombre vaillante il est vrai, tout le jour aux travaux d'aiguille et de crochet, mais silencieuse, me faisant la maison plus grande.

" Je l'aime toujours, comme j'aime mes enfants ; mais ceux-ci vont à l'école, les affaires me réclament de plus en plus, et la folie a jeté son froid dans le plus doux intérieur qu'il y eût, abrité qu'il était contre la tempête et achaudi par l'affection. Ma femme, du reste, n'en a pas beaucoup à vivre de ces années désoleillées qui lui sont une nuit perpétuelle ; elle est prise de la poitrine. Je prie Dieu tous les jours qu'il nous la laisse au

moins jusqu'à ce que notre famille soit élevée.

" Tu le vois, le malheur m'a bien pris, bien enserré, et me menace encore. J'ai beaucoup souffert. Quand j'aurai un ennemi, je lui sou.haiterai mon aventure. Crois-tu que si je n'avais eu foi en un au delà meilleur, j'aurais consenti à pleurer tous les jours cette jeune vie que j'avais tirée des profondeurs du néant et que j'ai replongée dans ce grand inconnu ?"

Mon ami s'arrêta, pleurant.

J'ai, moi aussi, un bébé de dix mois.

Et comme je le faisais sauter dans mes bras, un peu haut peut-être, le père éperdu me cria :

— Pour l'amour de Dieu, de ta femme, et de tout ce que tu chéris en ce monde, de grâce, cesse ce jeu. On croit qu'il n'y a pas de danger, on se sent fort, on ne redoute rien, et une misérable cheville de soulier, un brin de fil, le plus bête accident vous tue à toujours un chérubin. Pas de gymnastique pour ces petits êtres, m'entends-tu bien ?

J'ai entendu et compris : j'ai cessé dès lors de faire tournoyer mon enfant au-dessus de mes épaules.

24 COUPS d'œil et coups de plume

UNE DISTIUBUTION DE TRIX

Je sors d'une distribution de prix dans une maison d'éducation. C'est la première fois qu'il m'arrive de me rendre à ce spectacle depuis l'époque déjà lointaine où j'y assistais pour mon compte personnel, comme élève tenu au règlement, plutôt en témoin qu'en acteur, et non pas tant pour recevoir prix et couronnes que pour constater l'ouverture des vacances.

J'ai rarement pu dire, à propos de ce jour : cvjii!< pars magna fui.

Cela ne m'inquiétait guère alors que je remportasse des prix ou. que je revinsse au logis bredouille.

Comme on ne pense pas loin quand on est enfant !

Ce n'est pas que le fond soit mauvais ni le caractère éviré, mais, l'expérience de la vie manquant, on manque aux premiers devoirs de la reconnaissance filiale. Combien y en a-t-il d'enfants, jusqu'à quinze ans, qui songent aux sacrifice* que leurs parents s'imposent pour leur éducation ?

On joue, on s'amuse, on se laisse vivre, on étudie un peu, on fait son cours avec toute la bâte d'en finir le plus tôt possible, ou consent à ne pas

Page 1