UNE DISTRIBUTION DE PRIX
faire honte à ses paients, mais cherche-t-on vraiment à s'instruire ?
Et on ne se demande pas ce qu'il en coûte à la famille, le plus souvent pauvre, de vous tenir au collège, au coiivent.
Pourtant, l'année a été mauvaise ; la pomme de terre a manqué, la sucrerie n'a pas rendu, la nielle a rongé les blés, le foin est léger, les pommiers ont coulé, la récolte est bien mince ; on a perdu deux vaches, un cheval s'est cassé une jambe et il a fallu Téquarrir, trois essaims d'abeilles se sont envolés. Bref, le rapport de la terre est nul, et la gêne est au foyer. Le père avait emprunté ses grains de semence ; la farine manquant, il en avait acheté ; les bras avaient été rares et chers, la moisson au-dessous de la moyenne ; on devait des arrérages de dîme, des lots et ventes, des cens et rentes, des taxes municipales sous toutes les formes ; la terre avait été hypothéquée en garantie de ces dettes ; on côtoyait littéralement la misère. Des avocats avaient écrit des lettres de menaces, on redoutait à tout moment de voir apparaître l'huissier. Il n'y avait pas toujours du pain dans la huche, et le saloir était souvent vide.
En somme, c'était la pire des années, avec; cela du reste que les maigres produits se vendaient mal ou point.
Et pendant qu'en la demeure paternelle on " soupait souvent d'an gros soupir — sans fourchette"— l'écolier pouvait se goberg-er dans le réfec-
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toire du collégo, trouvant à redire au potage, estimant le pain trop brun, le beurre pas assez salé, versant son café sotis la table, et faisant généralement la petite bonche.
Dans le temps, j'ai parfois trouvé trop sévères les admonestations du directeur du collège, qui disait en pleine communauté aux plaignards et aux grognards qu'on ne mangeait pas mieux dans leur famille ; il me semble aujourd'hui qu'il devait avoir raison, car il n'y a rien comme un mendiant à cheval, comme le pain bis porté à la hauteur du pain blanc, comme la tendance à prendre un pied quand on vous concède un pouce.
Nous voici fin d'année scolaire.
Le père a attelé sa meilleure jument à son meilleur charriot ; il était en chemin dès l'aube, il a parcouru les quatre lieues qui le séparent du collège. Arrivé, il a presque hésité à voir son fils : ses vêtements pourraient faire rougir le cher enfant, la tiretaine qu'il porte redoute le drap c[u'il fait porter. Il a la cœur serré quand il met le pied dans ce vaste édifice froid, aux murs nus, où l'on sent bien que la femme n'a point passé. Il a tout de même espoir : il verra son fils couronné, les bras remplis de livres dorés sur tranche comme le bréviaire de monsieur le curé, comme le paroissien romain de la notairesse.
La séance commence ; on ne le connait i)as, il occupe le dernier siège dans la salle vaste, il verra peu et n'eutendra point, Il est là, i'œil fixe, la