‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 12 sur 69 · UNE NICHE AU MAITRE D'ANGLAIS · texte numérisé non relu

UNE NICHE AU MAITRE D'ANGLAIS

Petit à petit, dans la salle à manger, étaient arrivés des amis d’un peu partout, avocats et marchands, qui avaient fait leurs classes dans divers colléges. On ne voit jamais de médecins à ces déjeûners dans le restaurant, des notaires rarement. Générale comme elle est toujours là, la conversation tomba, aussitôt après l’histoire de l'expulsion, sur le martyre des maîtres d'anglais. 1l s’en conta de belles, je vous assure.

Jai retenu l’histoire suivante, dite par un compagnon de classe perdu de vue depuis bien près de trente ans. Il avait voyagé etsa nostalgie le ramenait au foyer, presque riche, jeune encore.

Il s'exprima à peu près ainsi :

— Pour avoir vécu aux Antilles, brûlant le jour, gelant la nuït, je n'en ai pas moins conservé frais et comme arrosés de ce matin mes souvenirs de cinquième. (C’est une classe que je n'ai pas dépassée. On la nommait la syntaxe. On y enseignait en effet la syntaxe des grammaires française et latine, mais nous n'en étions qu'aux éléments de l'anglais, dont nous n'avions, encore, qu'une leçon par semaine.

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Notre maître d'anglais, vous vous en souvenez, l'abbé O. était bien le plus benin des Irlandais. Son œil bleu répandait de la douceur sur ses traits. Il était rare qu'ilse fâchât, et alors même il ne paraissait pas féroce, comm: l'était l'abbé Mc. vous savez, l'abbé Mc. qui avait passé la tête d’un ‘élève entre les barreaux d'une chaise et lui avait fait porter sur le cou le poids de celle-ci pendant une heure. Mais cela c’est une autre histoire, et je ne m'y laisse pas entraîner. Mon abbé O. était donc bon malgré lui, et surtout malgré nous, car nous essayions bien notre petit possible pour le faire endèéver, sans y réussir toujours. Pourtant une fois la mesure renversa et ce fut entre mes mains. Je souflais persistamment à mon voisin sa leçon dont il ne savait pas le yremier mot. Le maître m'ayant entendu m'avertit de cesser ; mais je continuai, voulant sauver au camarade une réprimande et croyant bien d'ailleurs avoir mis une sourdine à ma voix. Je me trompais, le maître m'entendait encore parfaitement.

—Allez, me dit-il, dans ma chambre; là, derrière mon coffre, vous trouverez quelque chose que vous m'apporterez.

Toute la classe, moi surtout, comprit qu'il s’agissait d'un martinet, et l'on ne se trompait pas. Il y était derrière le coffre, l'instrument fatal dont j'avais d'autant plus peur que je n'en avais pas encore tâté. Il y était, oui, mais il y avait autre chose, et le maître n'ayant rien spécifié, je rappor-

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tai en classe. sa brosse à souliers et sa boîte de cirage.

—Oh! je m'en souviens comme d'hier, dit l'un de nous. J'ai encore dans les oreilles le rire vrai, spontané, irrépressible, qui t'applaudit quand tu mis sur la table du maître, au lieu de ce qu'il attendait, ses ustensiles de propreté. C'était un jet qui ne finissait pas, une éruption d hilarité naturelle, mais prolongée par la malice d'écoliers gouailleurs, et qui aurait duré longtemps si monsieur O. ne t'avait dépêché au directeur avec ordre de lui raconter ton espièglerie. À

—En effet, nous étions toi et moi de la même classe et tu as vu cela. Ce que personne n’a vu, par exemple, c’est la gaieté du directeur quand je lui eus exposé ma mission. Il était étendu sur son long canapé recouvert d'indie::ne usée et pâlie, où plusieurs d’entre nous se sont assis pour recevoir des réprimandes parfois assez spirituelles, toujours fortement épicées. Sa gaieté était communicative. De le voir soubresauter, la joie me gagna. Je ris de mon bon tour. D'accusé que j'avais été en entrant, je devenais compagnon de plaisir. Il ny avait plus ni juge ni coupable. La pénitence, en tout cas, ne serait pas forte, et si les épaules du directeur allaient, les miennes n’en allaient pas moins. Enfin, il me renvoya en classe absous. Seulement il ne fallait pas recommencer.

On ne recommence pas ces bonnes blagues, l'occasion en est trop rare. Je promis. Et le

Re

maître, à mon air hypocritement contrit, crut que le directeur m'avait bien brossé, et, bon, n'ajouta pas l’insulte à l'humiliation.

Qui rit largement, la classe finie, ce furent nous tous. Quand ïils connurent de quelle façon l'aventure s'était dénouée, ce fut un plaisir fou pour chacun des camarades.

On les aimait si peu, ces pauvres maîtres d'anglais, dans notre collége ! Ilne doit pas en être autrement ailleurs.

À quoi cela tient-il ?

Vous en connaissez, vous autres, des exemples de ces persécutions qu'on leur fait subir. Combien y en a-t-il qui soient spirituelles ? Elles sont presque toujours idiotes ou méchantes.

—ÏIdiotes ou non, il y en a de bien drôles, dit mon ex-compagnon de classe, avec un soupir ; je voudrais bien être encore à cet âge d insouciance et de malice.

Chacun de nous se disait la même chose,

Le déjeûner était fini,

DE NOTRE GÉOGRAPHIF 55

EEE nee End

—Tu as appris l'aventure de ce pauvre X...?

—Non ; qu'y a-t-il ?

— [1 y a que sa femme vient de faire une fugue, qu'elle a planté là bel et bien monsieur son homme et qu'elle voyage aujourd'hui en pays étranger.

— Qui t'a dit cela ?

—C'est dans la gazette de ce matin. (C’est imprimé en toutes lettres. La gazette donne noms, dates et détails. Tu vois que c'est bien certain. C'est imprimé, mon cher.

C'est imprimé, c'est vrai : telle était la logique des premiers lecteurs de journaux, telle est encore celle d'une foule de personnes dans les campagnes canadiennes.

C’est imprimé, la gazette le dit, je l'ai vu dans un livre! (C'était là le critérium de vérité admis de tout le monde, encore aujourd’hui accepté dans bien des endroits.

Et pourtant la gazette a-t-elle assez fait des siennes ! Le livre a-t-il assez menti! Il me semble qu'on ne devrait plus se fier à eux, que le scepticisme devrait être à l'ordre du jour. Loin de là. L'homme a tellement besoin de croire, qu’il gobe à plaisir l'extraordinaire, le merveilleux ; sa malice

est si développée qu'il accueille avec joie, con amore, sans paraître en douter, sine grano salis, toute histoire 8 ’andaleuse, tout potin bien épicé, tout racontar scabreux ; c’est un autre besoin.

Aussi faut-il réagir contre je ne dirai pas ces tendances, mais ces quasi-nécessités de notre nature et de notre éducation.

Pour ce qui est des gazettes, elles ne se l'envoient pas dire. Elles se démentent à qui mieux mieux.

—Ce n’est pas vrai!

—-Vous avez menti !

—C'est faux du tout au tout !

— Peut-on se tromper plus bêtement !

—À-t-on jamais lu pareilles absurdités !

Eh bien, elles ont leur antidote en elles. Elles disent le faux et rétablissent le vrai à bon marché. Les errata, les rétractations, les rectifications, les excuses ne coûtent pas cher.

Mais c’est le livre!

Lelivre qui dit faux, lelivre qui dit bête, le livre qui dit mauvais.

Comment le combattre !

Le combattre par le livre vous coûte les yeux de latête. Combattons-le par la gazet! u | C'est la gazette qui se fera le port: vérité, qui démolira l'erreur et a ga, te . du livre.

Ce travail de réparation—car en ce sens démolir c'est réparer—ce travail a été commencé, mais il faut

are comte than tre nant

le pousser tous les jours sans découragement ; il ne sera jamais complété, personne n'en verra la fin. Rocher de Sisyphe, tonneau des Danaïdes, toile de Pénélope !

Je m'aperçois que je suis en train de faire une préface, et ce que j'ai à diré ne demande pas une aussi longue entrée en matière.

Il s’agit tout bonnement de signaler quelques erreurs commises par des étrangers à l'endroit du Canada.

L'écrivain étranger dira peut-être qu'il n’est pas tenu de savoir l’histoire ou la géographie du Canada plus que celle du Congo. Soit. Mais alors qu'il n’en parle pas.

Je ne m'arrêterai pas à relever la bévue de M Wm \oung, de Londres, secrétaire de l'association pour l'abolition de la vaccination obligatoire, qui adresse des brochures à “ New Brunswick, Province of St. John, United States of America.” (Duily Evening News, St. John, N. B,. 16 janvier 1888). Un citoyen de la métropole impériale n’est pas tenu de rien savoir de ce qui touche les coloniaux.

J'entends surtout parler ici de certain géographe, qui fait de la géographie fantaisiste et voyage à son aise dans l’orthographe des noms propres...qui n'ont pas d'orthographe, a-t-on dit afin de les mieux outrager. Ce doit être un personnage si j'en juge par ses titres : ‘ Ancien Consul-Général et Secrétaire de Légation, Grand-Officier et commandeur de plusieurs ordres, Médaille d'or pour le mérite dans les

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Sciences, de S. M. l’empereur d'Allemagne, membre correspondant des Sociétés de Géographie de Paris, Vienne, Amsterdam, Genève, Buda-Pesth, Marseille, etc., etc., délégué du gouvernement Belge aux congrès international de Géographie de Paris (1878) et de Venise (1881). Si ce n’est pas un personnage, ce doit au moins être un savant. Voyons voir, comme dit le paysan canadien.

Ce savant a écrit un livre intitulé ‘“ Là croisième congrès international des Sciences Géographiques à Venise.” Ilen a fait présent à l’Institut-Canadien de Hottowa, Etats-Unis ; l'enveloppe porte Hotowa. Un peu plus, il en aurait fait Hottentot.

Ouvrons le livre.

Il y a une liste des pays qui ont envoyé des représentants au Congrès. Entre l'Allemagne et l'Autriche se trouvent “l'Angleterre et ses colonies ;” les colonies sont les Indes, la Nouvelle- Galles de Sud, etc. Viennent d’autres états indépendants, la Belgique, le Brésil, le Canada, le Chili, etc ; puis les Etats-Unis d'Amérique. Ceux-ci ont Jes délégués suivants : “ Délégué du ministère de la guerre et commissaire à l'Exposition : le capitaine Georges Montagne Vheller, du corps du génie de l’armée des Etats-Unis. Délégué du ministère de la marine, M. Charles A. Balduin. Délégué de la Société météorologique américaine, le général Hasen, et de l'Institut-Canadien de Hottowa, M. Flemming Sangfort.”

Je ne connais pas, même de nom, les délégués

américains, mais je parierais que Île capitaine Vheller est un monsieur Wheller ou Wheeler; je mettrais ma main au feu que M. Charles A. Balduin est un nommé Baldwin. Quant à M. Flemming Sangfort, je sais fort bien que c’est M. Sandford Flemming, d'Ottawa.

Plus loin, dans la liste des sociétés et instituts géographiques représentés au congrès, je lis, sous la rubrique “ Etats-Unis d'Amérique ” : “ La société météorologique américaine. L’Institut-Canadien de Hottawa.”

Ainsi, il est acquis à la géographie 1o que le

Canada n'est pas une colonie de l’Angleterre, 20 qu'il est un pays indépendant, 80 qu’ Ottawa est dans les Etats-Unis d'Amérique, et 40 que le nom de cette ville s’épelle indifféremment Hottowa, Hotowa et Hottawa.

‘ Pauvre capitale, elle n’a pourtant point mérité de se faire défigurer de la sorte par les étrangers : ilya bien assez que deux ou trois de ses fils la brutalisent au point de la nommer Outaouais !

Mon intention était d'abord de livrer le nom du géographe à la risée du public canadien, mais, tout compte fait, je le tairai, parce que cet homme a tellement de titres qu'il doit être pauvre, et qu'étant un ancien consul général il est peut-être âgé: deux excuses à bien des erreurs, et, dans tous les cas, deux meilleurs titres à mon respect.

Je lisais dernièrement Les Etangs, de Gustave Droz. Ce n'est pas le moment—peut-être n'est-ce

pas la peine—de parler de la portée de ce livre. Mais il contient des erreurs qui se rapportent au Canada, et que pour cela je tiens à relever.

Il y a un personnage que l’auteur appelle “l'Américain ” tout le long de son livre. Au dixième et dernier chapitre, page 3338, il dit de lui:

“ Tout cela ne prouvait rien, mais donnait de la consistance à mes soupçons. Ce qui les confirma d'une façon plus complète encore, ce fut l'examen des papiers personnels de Jacques Dripper, sujet américain, né à Montréal...”

D'abord, il n’y a jamais eu de sujets américains. Il y eut des sujets anglais, puis des citoyens amé ricains. YŸ eût il eu des sujets américains, Dripper eût pu, à la rigueur, naître à Montréal et transférer son allégeanre au drapeau étoilé. Mais la phrase que je cite, jointe au contexte, prouve que pour l’aimable auteur de Monsieur, Madame et Bébé, Montréal est une ville des Etats-Unis.

Le malheur nous en veut : notre capitale politique et notre métropole commerciale appartiennent aux Américains, qui peuvent pourtant bien s'en passer ! Je m'efforce à les reconquérir.

“Il devint évident pour moi, continue Droz, que les papiers américains étaient authentiques, mais n'appartenaient nullement au soi-disant Dripper que j'avais connu. Sans doute René s'était approprié ces papiers, les avait achetés ou les avait enlevés à quelque soldat tué sur Ja fron-

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tière, car on se battait encore aux Etats-Unis, lorsqu'il y élait arrivé en 1786, quoique le traité de Versailles eût été signé depuis Jongtemps.”

Que l’on se battit encore sur la frontière américaine, trois ans après la signature du traité de Versailles, m'a paru invraisemblable : ce ne fut pas une guerre de partisans que celle de l’indépendance américaine. J'avoue ne m'être pas encore renseigné aux sources écrites, le temps m'en a manqué ; mais j'ai consulté quelques personnes qui connaissent l’histoire ; l’assertion de Droz les a surprises. Le fait signalé leur est inconnu.

Je m'abstiendrai donc d'affirmer qu'il se trompe, mais je le crois.

Nos relations avec la France sont aujourd'hui si intimes, nous avons tant de journaux qui y pénètrent, qu'il est bon de ne laisser s'y répandre aucune fausse notion sur notre pays.

Si j'avais été député, j'aurais pris part au débat qui s’est élevé dans les communes au sujet de la constitution légale de la société des orangistes, et, m'adressant à ceux-ci, je me serais écrié :

Messieurs,

Vous vous présentez devant nous sous de faux prétextes, les couleurs que vous déployez ne sont pas les vôtres. J'ai entendu les discours de vos avocats, défenseurs intéressés de votre cause, oui est la leur. Je vous trouve bien humbles aujourd’hui, bien doux, bien conciliants : le ciel n’est pas plus ouaté que. le bout de votre langue, le miel plus sucré que vos paroles. Peau floconneuse d'agneau rabattue sur les crocs du loup !

Vos instincts, vous les avez laissés au seuil de la Chambre, comme le Turc dépose ses babouches sous le portique de la mosquée. Vous marchez sur la pointe du pied, en sourdine, pour mieux nous surprendre. Vos bottes ferrées, rougies du sang catholiq''e, rouille que la patine du temps accuse chaque jour davantage, dorment pour le moment reléguées au vestiaire ; mais il vous tarde

de le8 chausser ; le 12 de juillet approche, Vous

AUX ORANUISTES 63

vous hâtez de nous arracher une reconnaissance légale. Vous ne jouez pas cartes sur table, messieurs, mais nous connaissons les grecs et leurs atouts de contrebande.

Vous êtes modestes, vraiment ! Le seul droit de posséder en votre nom vous satisferait. (C'est peu, c'est encore trop. Une fois le pied dans l’étrier, vous enfvurcheriez la cavale, et qui serait capable de vous désarçonner ? Vous arriveriez ventre à terre à votre but. Or, c'est ce que nous ne voulons pas.

Nous ne le voulons pas, parce que nous perçons à jour vos desseins, parce qu’une première concession, loin de vous suffire, vous enhardirait à réclamer une égalité que la société ne vous doit pas et ne saurait vous reconnaître sans péril.

Nous nous y refusons, parce que vatre société est inutile, si elle n’est pas dangereuse, et qu'il importe peu qu'elle existe.

Inutile, je l’ai dit, car elle se donne mission de prècher la fidélité aux pouvoirs établis, dans un pays où il n’y a pas un traître, où les cent yeux d'Argus failliraient à découvrir, même parmi les républicains, un ennemi de notre souveraine et du système politique qui nous régit.

Dangereuse, je le répète, parce qu’elle cherche à diviser les enfants du Canada, à tourner les fils contre les pères, les races contre les races, les protestants contre les catholiqu:ss.

Vous vous prétendez tolérants,—et vous chassez

ignominieusement de vos loges celui d’entre vous qui épouse une catholique, votre frère qui envoie ses enfants à une école papiste !

Tolérance à la Torquemada !

Vous vous dites une société de bienveillance, — mais vous ne secourez que les vôtres, les affiliés, les initiés: pour vous la charité est burnée par la loge, la fraternité ne franchit pas la porte du temrle, le secours s'arrête devant la croix! Vous êtes toujours armés en guerre, vous vous abritez constamment sous le drapeau. Toute bannière qui n’est pas orange est ennemie. Dites-moi, quand vos gonfalons jaunes se sont-ils enlacés aux verts pennons de l'Irlande catholique ?

Vous êtes des frères qui haïssent leurs frères à mort, parce qu'eux et vous ne vous prosternez pas pour la prière sur les mêmes dalles ni ne participez aux mêmes mystères sacrés.

J'ai entendu tout à l heure l’un de vos avocats qui a osé comparer votre société aux institutions de bienfaisance et de charité si nombreuses dans ce pays et auxquelles personne n’a jamais songé un seul instant à refuser la constitution légale. On est impudent en votre nom, messieurs. Quoi! vous vous croiriez sur le même pied que la société Saint-Vincent de Paul, que les unions Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Thomas, que les asiles, que les hospices, que les crèches !

Mais ces associations-là sont toutes fondées sur la loi d'amour et de charité, tandis que vous vous

appuyez snr la loi de haine! Vous n'êtes pas même chrétiens dans une société chrétienne! Observez-vous les préceptes renfermés dans cette Bible que vous portez si respectueusement sur un coussin d’or dans vos processions !

Ne commande-t-il pas d'aimer le prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu, ce livre que vous emmaillottez dans le brocart et dont les divines maximes sont pour vous lettre close ?

Que faites-vous parmi nous, revenants des siècles de haine ? Votre place est près Ces bûchers de l'Inquisition, dans les gorges des Cévennes, au pied de l’échafaud de Morus et de Fisher, partout où la haïne se fait rancune pour s'éterniser et le fanatisme bourreau pour se venger !

Vous êtes les apôtres de laliberté religieuse, avez-vous dit par la boucle de l’un de vos défenseurs, vraiment ! Et à qui donc en avez-vous dans vos boucheries ? Est-ce à l'Irlandais protestant, mais non orangiste ? N'est-ce pas plutôt uniquement à Kirlandaïis catholique ? Sur qui tombent vos insultes, sinon sur ceux-ci? Quelle autre raison d’être avez-vous que de blesser dans leurs sentiments les plus chers vos frères qui ont d'autres croyanceg que les vôtres !

Votre société est monstrueuse et vos chants sont dignes d'elle.

Vous êtes le défi injurieux en permanence, la nargue érigée en système. Faibles, vous rampez ; forts, vous êtes insolents, Faites-moi donc com

prendre la grandeur de votre but! Comme il est noble, n’est-ce pas ? de piétiner un ennemi vaincu, de lui rappeler sans cesse sa défaite, et, le genousur sa gorge, de lui cracher à la figure !

Or, c'est ce que vous faites là où vous êtes forts, ce que vous nous demandez de légaliser dans notre libre Canada! Dans nos territoires immenses, le long de nos fleuves paisibles, au sommet des calmes montagnes, sur nos lacs inajestueux, il n’y a pas place pour vos petitesses , pour vos mesquineries, pour vos haines séculaires ! La nature est trop grande ici pour que nous l’attristions du spectacle de vos étroitesses de cœur et d'esprit.

Je comprends que le prince d'Orange et ses légions aient aimé à commémorer la victoire de la Boyne ; je conçois que leurs decendants en gardent le souvenir, et se le rappellent, mais avec dignité, décemment, comme des chrétiens et comme des hommes. Mais, orangistes bravaches d'aujourd'hui, n'oubliez pas que vous n'étiez pas là, que le sang versé était celuides an: cêtres, non le vôtre, et que si vous êtes toujours prêts à faire une tuerie, vous ne marcheriez peutêtre pas aussi allègrement au combat !

Vous êtes des soldats d'embuscades, voilà tout! Croyez-vous que nous allons vous mettre en mains des armes pour tirerimpunément sur nos meilleures troupes ? Elles sont fidèles sans le crier sur les toits ; elles sont loyales sans l'afficher : elles ne se forment pas en loges de vertu, elles la prati-

quent ; elles ne se décorent point du titre pompeux de défenseurs du trône et de l'autel, mais elles les défendent vaillamment à l’occasion ; et disciples de celui qui est venu prêcher au monde la fraternité, elles ne rêvent pas de vider des calices remplis de sang.

J'aurais dit cela. Ce n'eût pas été bien éloquent, mais c'eût écié vrai.

J'aurais peut-être ajouté : :

Je vous ai concédé que vos ancêtres ont remporté la victoire de la Boyne, je me trompais. Vos ancêtres y étaient, sans doute, mais, sans le secours des états protestants, c’est Guillaume qui aurait été vaincu. Comptez bien :

Il y avait là les Anglais—protestants;

Les gardes écossaises—protestantes ;

La cavalerie hollandaise—protestante ;

Le régiment de Brandebourg ….protestant ;

Le régiment de Finlande—protestant ;

La brigade danoise—protestante ;

Plusieurs corps d'élite allemands—protestants ;

Deux corps deréfugiés français—protestants ;

Enfin les Irlandais protestants.

Somme toute, Guillaume commandait 86,000 protestants, qui livrèrent bataille à 30,000 catholiques.

Si vos grands-pères et leurs alliés ont vaincu, estce merveille ?

Est-ce honneur à vous ?

Si votre idole combattait et traquait son beay-

père Jacques IT, est-ce donc si honorable ?

Trente-six contre trente, la partie était assez facile !

Ce n’est pas la peine de rappeler l'exploit à tout bout de champ. Est-ce parce que vous craignez que son insignifiance le laisse oublier que vous vous acharnez tant à le faire surnager ?

Tout doux, messieurs !

Après deux siècles, vous célébrez l'anniversaire d’une victoire protestante, l'écume aux lèvres et la haine dans le cœur, et vous vous dites tolérants ! vous prétendez respecter les croyances d'autrui et vous les insultez périodiquement !

À d'autres, dénicheurs de merles !

Le langage n'eût pas été parlementaire, je le sais, mais il eût exprimé des vérités rudimentaires, et cela m'eût suffi,

PAPINEAUVILLE

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