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toute leur vie ; de se savoir ainsi affichés, cela pourrait diminuer leur génie. De même qu’on se sent plus homme avec un bel habit sur le dos, plus indépendant et d’un caractère moins pliable quand on a le gousset garni, de même on doit se sentir rabaissé et perdre à ses propres yeux de sa valeur, si un parrain idiot vous a placardé sur le front, pour la vie, un nom invraisemblable, plus lourd qu’un boulet de forçat.
J'ai un jour empêché un garçon de se faire intituler Victrice-Valéry.
Cela me sera compté au ciel.
Sans s'inquiéter de la vaniteuse affectation chez les uns, des raisons de famille chez les autres, qui dictent le choix des noms, nul doute que nous éprouvons tous de l’antipathie pour certains vocables. Je vous confesse que chez moi, cela va parfois jusqu’à l’horripilation.
D'où cela provient-il ?
De ce que les titulaires, —le nom fût-il des plus riches, —ne nous reviennent pas ? De ce que certains noms—Basile, Macaire, d’autres, —ont été stigmatisés par l'esprit au profit de la vertu? De ce que la comédie a bafoué leurs porteurs? Oui, sans doute, mais il y a une autre cause, la plus vraie : nos premières impressions.
Zoé, Basilice, Sophronie, Philomène! Mais toutes les domestiques que j'ai connues dans mon
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enfance s’appelaient ainsi. L'une allait même jusqu'à porter le nom de Scholastique, une autre avouait Eutychienne.
Ces noms pourraient passer en latin, car on sait que Le latin, dans les mots, brave l’honnéteté ;
mais on n’a pas le droit d'affubler des chrétiennes françaises de sobriquets semblables.
Si bête que cela soit, des hommes intelligents que je connais ne voudraient pas pour un royaume que leurs filles fussent baptisées sous le nom de Rose, de Marguerite, de Charlotte, de Françoise, de Catherine.
Et pourtant ce sont les noms en usage dans les meilleures familles canadiennes.
Il y a des noms qui sont une enseigne de beauté; cela, je le crois... presque sincèrement ; je n'ai pas connu une seule Marie-Louise qui ne fût jolie, et toutes les Anna-Marie que j'ai vues étaient belles.
Ce n’est pas à dire que toute fille qui se nomme
Bella soit une beauté. J'ai connu des Blanche qui étaient fort brunes... Nigra sum sed formosa !
Mais je m'écarte de Rouvilla.
Rouvilla ne m'est pas qu'un prétexte pour parler à mes lecteurs des noms de baptême ; c’est bel et bien un sujet. '
Voilà un homme qui a inventé un système : c'est le parrain de Rouvilla. .
J'ai déjà dit que des raisons d'intérêt ou d'amitié dictent la plupart des noms. Quand ce n'est pas cela, c'est ou l'admiration pour quelqu'un de remarquable,ou l'ambition de vaincre son voisin par un nom plus à effet, ou encore et souvent une certaine ingéniosité qui pousse, quand vous avez un Hector, à nommer sa sœur Hectorine et à descendre ainsi, à mesure que les couples d'enfants arrivent, toute l'échelle des parallèles.
Le plan du père de Rouvilla est plus nouveau.
On donnait ci-devant à une ville, à un comté, a un pays, à un continent un nom d'homme. kKRenversons ce procédé, et que ce soit à l'avenir la ville ou le comté, le pays ou le continent, qui prête le sien à l'humanité.
Je vous promets qu'il y a de beaux effets à tirer de cette révolution. Suivez-moi dans une courte * énumération.
Après Rouvilla, il me semble qu'Ibervilla serait joli, Jolietta à croquer, Gaspiana fort agréable ; Sorella ferait merveilles ; on n'aurait qu’à convertir Hyacinthe en Hyacintha pour avoir un beau
nom à donner à quelque belle fille.
Et ainsi de suite.
Mais vous me guettez, lecteur sceptique, critique quand même, ahurisseurs perpétuels, vous tous qui ne voyez les choses que sur le côté laid; vous allez m'en proposer de belles !
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Chicoutimine !
Rimousquoise !
Kamouraskouane !
Arthabaskienne !
Lavalise !
Ah! si vous voulez faire de la charge, je confesse que le système de mon ami du comté de Rouville s’y préterait tant soit peu ; mais il en est de même de toutes les bonnes choses : à côté du pain blanc n’y at-il pas la galette de sarrasin ? En face du portrait la caricature ? La difformité près du beau ?
A tout prendre, l’auteur de Rouvilla vient d’ouvrir aux parrains et marraines une voie nouvelle. À ceux-ci d'y cueillir le nom gracieux, coquet, patriotique. Avec un peu de goût on évite toujours le ridicule, fils d'une sotte prétention. Le ridicule est enfant légitime; il n’a qu'un père: le fol orgueil.
Va donc pour Rouvilla
LE etienne bétiiehe tement vebee em tord