‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 26 sur 69 · A | EU · texte numérisé non relu

A | EU

2 114 As

Photographic Sciences Corporation

gouvernée, quelles auraient été ses destinées, si l’autre John Brown n'avait sauvé la vie de Victoria ?

L'abolition de l'esclavage date de la fin de la guerre de sécession, 1865.

C’est en 1865 aussi que le gillie écossais a arraché sa souveraine à une mort certaine. Voici en quelle circonstance :

“ Au mois de décembre de cette année, pendant qu’il suivait à p'el la reine qui traversait sur son poney une avenue du parc de Windsor, il s’aperçut qu’une branche énorme étaitsur le point de se détacher d’un chêne gigantesque, sous lequel la souveraine allait passer. S'élancer en avant et détourner le poney de sa route, fut pour John Brown l'affaire d’ün instant, Une demiseconde plus tard, la branche tomba avec un épouvantable fracas, et la reine vit à quel péril elle venait d’échapper.”—(Le Figaro).

De ce moment sa fortune fut faite. Attaché à la personne de la reine, il touchait des appointements considérables, recevait des présents riches et nombreux. La reine lui fit bâtir une maison dans ses terres de Balmoral ; elle lui donna des réserves de chasse ; et c’est pour avoir chassé dans une forêt particulière de Brown que le duc d'Edimbourg fut un jour obligé par sa mère de faire des excuses à celui-ci. Son autorité était incontestée au château de Windsor, à Balmoral, à Osborne, dit le World. Jusqu’aux premiers ministres qui lui faisaient leur cour ; d’Israëli l’appelait ‘mon bon ami.” La fortune qu’il laisse est fort élevée.

“La reine des Belges, dit le Truth, offensa grièvement la reine Victoria en feignant d'ignorer la position occupée par John

Brown dang la maison royale. C’est depuis cette circonstance que, lors de ses voyages en Allemagne, la reine d'Angleterre, évitant de traverser la Belgique, passait par Cherbourget Paris.”

Voilà, certes, de la reconnaissance exagérée ; mais les monarques ne nous ayant pas habitués au spectacle de leur gratitude, voilà un excès qu'il est facile de pardonner.

Le dévouement du Brown écossais était aveugle, il ne comptait pas, mais il a été récompensé si largement et avec tant d’ostentation parfois, que dévouement et récompense ont donné naissance à la. rumeur du mariage morganatique de la reine avec son garde du corps.

Quelle différ 44 vec les traitements subis par le Brown américain, .e rédempteur des esclaves !

Le grand citoyen naît avec le siècle, l'amour des humbles et des faibles le dévore, la haine de l'esclavage l’empoigne et ne le lâche plus. Pendant trente ans il combat pour son abolition, par la plume, par la parole, par les armes ; il perd deux de ses fils dans des rencontres armées. Rien ne l'arrête, rien ne le décourage. (C’est dans la Bible qu'il puise ses convictions et retrempe son énergie ; c’est sur elle qu'il jure de mourir s’il le faut pour émanciper des millions d'êtres humains, dont les exploiteurs américains rééditent l'appréciation que faisait le paganisme par la bouche de Sénèque :

Non tam viles quam nulli sunt.

En 1859, croyant l‘heure venue de frepper un grand coup et d’arracher aux esclayagistes de la

chair noire à fouet et à chien, il prépare une expédition contre ceux de la Virginie. La bataille a liéu à Harper’s Ferry ; deux autres de ses fils sont tués à ses côtés, lui-même est blessé, on le relève sanglant, il est pris, jugé et condamné. Victor Hugo fait*an appel suprême à la nation américaine en fiveur du noble martyr. Il la supplie de ne permettre pas qu’un seul Etat déshonore à jamais toute l’Union. Sa voix n’est pas entendue, John Brown est pendu à Charleston le 2 décembre 1859, et ses compagnons les jours suivants. Ces événements décident virtuellement de la guerre civile, car l'opinion s’émeut, les têtes s’exaltent, la vengeance couve, l’abolitionisme est à point, et il faudra peu de chose pour précipiter le dénouement.

On sait le reste.

John Brown fut grand dans la mort comme il l'avait été dans la vie, lui le citoyen exemplaire, l’homme sincère, religieux, intègre, humain, martyr cinq fois —en lui-même et en ses quatre fils— de ses convictions chrétiennes.

Etrange fatalité! parmi les exécuteurs de John Brown se trouvait Wilkes Booth, qui fut l'assassin de Lincoln! Il est donné à bien peu de misérables l’atroce privilège de mettre fin à deux existences aussi précieuses, de briser deux carrières au$si pures, aussi bien remplies. Dans l'enfer des liberticides, il doit avoir son trou d'honneur, ce scélérat !

De cette comparaison rapide, de ce parallèle sans prétention entre les deux homonymes, se dégage

ai EE LD AUS CT

(#4 DEUX JOHN BROWN 181 une réflexion havrante :

Peuple, il faut le lui im

temps et s'être montré temporains.

À ceux qui servent exemple, à ceux-là éc heurs et richesses, Sans dignité.

Pour qui a vu les portraits des deux John Brown, une ‘chose est remerquable : c'est ] des poils de la barbe. De vrai

les Porc-épics de l’ordre social !

Il n’y à guère dans la vie de ec

e hérissement S Sangliers, parole !

la SOUVeraineté électiv taire.

Il y a toutefois assez pour ouvrir devant le lecteur un vaste champ d'observations et de méditations politiques.

ms it tm mn

Ha } mm mt dm

, R x 182 COUPS D'ŒIL ET COUPS DE PLUME

Lo SOUVENIR DE CARNAVAL F, {

Suis-je excusable de sonner üné tote tristè dans la gamme de vos souvenirs joyeux? (Gens de nl Montréal, noyés dans tous les enivrements, admirés des étrangers, enviés des nationaux, gaiïis et heureux citoyens d’une ville gâtée, aimée de nous tous qui l’avons habitée et dont les foyers sont aujourd’hui ailleurs, gens de Montréal, ne m’en voulez pas: j'ai attendu que la dernière heure bruyante de votre carnaval fût passée pour remuer un instant la cendre de ce qui fut votre plaisir pendant une semaine.

Ce que je vais vous dire peut être chose indifférente pour vous,—pour vous qui êtes toujours en liesse et que le deuil empoigne rarement, mais moi qui vis dans une capitale où le méthodisme a incrusté son ennui, ce que j'ai entendu en un quart d'heure m'a profondément impressionné.

C’était le troisième jour de la fête publique, si je ne me trompe. Tout chez vous passe si vite, et il dans le temps et sous l’œil, que j'en suis à inter-

fi roger ma mémoire. Mais peu importe le jour. | Je descendais la rue Saint-Denis, le matin, m'en | allant mêler ma joie à la gaîté populaire et revoir il sur la rue les figures aimées dont j'ai rencontré un si grand nombre, fidèles après quinze ans d'absence.

Page 1