‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 37 sur 69 · DR TR · texte numérisé non relu

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Vous lisez ici: ‘“ Dame Sabine A. veuve de feu Justin B”” Le pléonasmese niche partout. Celuilà est le cousin germain de cet attrappe-lourdaud : ‘Pourquoi voit-on les maris pleurés par leurs veuves, et jamais les veuves pleurées par leurs maris ?”

Là : ‘“ Joseph C., époux de Léoca D.” On veut donc constater l'identité du mari au moyen de la femme. Au fait, si c'était elle qui portait les chausses !

Ailleurs : “ Paul F,, à l’âge avancé de 99 ans et quelques mois.” Je sais parbleu bien que c’est un âge avancé, et je m’en serais aperçu tout seul !

On n’a pas besoin de me dire qu'Orpha G. est

morte “à l’âge peu avancé de deux ans et demi.” Monsieur de la Palisse !.….

Journaliste qui écrivez: ‘“ Nous avons la douleur d'annoncer le décès de Marie-Jeanne-Florida, fille de notre estimable concitoyen M. H... à l’âge de treize jours,”—vous mentez un peu: votre sympathie pour la famille d’une enfant que vous n’avez probablement jamais vue ne va pas jusqu’à la douleur. Soyons de bon compte ; n’exprimez qu’un regret, je vous croirai.

Vous qui terminez l’avis de décès par ces mots : “Nos meilleures condoléances ;” ou ‘La famille voudra bien accepter l'expression de nos condoléances ;” qui dites : “ Madame L, à l’âge de vingt ans; elle laisse un enfant ex bas âge ;” et ‘“ après une longue maladie de trois semaines ;”’ et ‘“ la révérende sœur

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M, âgée de 86 ans et 8 ans de religion ” ; ou encore “la révérende sœur Saint-Michel des saints des sœurs de la Providence,”—je vais vous dire un secret : le moins que l'on puisse exiger d'un journaliste est un peu d'attention à ce qu'il écrit.

Je viens de citer des balourdises impardonnables et très fréquentes. Elles ne sont pas de mon invention, elles s’étalent dans presque tous nos journaux. Si le journaliste n'écrit pas ces choses lui-même, son devoir est de lire la copie qu'on lui apporte, et d’être impitoyable pour les fautes de français, les non sens, les niaiseries, les naïvetés, les coups d’en-

censoir, les louanges immodérées, les longues nécrologies.

Si vous consacrez un article à la mémoire de quelqu'un, intitulez-le “ nécrologie,” “notice biographique,” “notice nécrologique,”—jamais ‘“ obituaire ;” c’est la volonté du dictionnaire.

Ne vous laissez pas aller au dithyrambe. Qu'il ne soit pas question dans vos articles des vers du tombeau. Ne nous effrayez pas avec la faux tranchante de la mort. Dites, si vous voulez, que la faux de la mort a tranché le fil d’une existence, mais abstenez-vous de parler de faux tranchante. Cela fait froid dans le dos de vos lecteurs; ils craignent que la faux, quand viendra leur tour, soit ébréchée ; ils ont des peurs de scie.

Tous les trépassés ont toujours souffert leur dernière maladie “avec une résignation chrétienne à la volonté de Dieu” J usqu'à mon avare de tantôt dont on a dit la même chose, et cependant il de-

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