‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 38 sur 69 · UE CE CRE · texte numérisé non relu

UE CE CRE

vait considérer comme perdues les journées où il n'aurait pas juré cent fois, cet obstiné sacreur, patient comme un tonneau de nitroglycérine. Dans cette expression comme dans celle-ci: ‘“ muni des secours de la religion,” je vois moins l’ostentation que la profession de la foi religieuse, et à ce compte je les respecte toutes deux.

Le défunt laisse toujours “ pour déplorer sa perte une épouse inconsolable,” tant d'enfants et de petitsenfants, ou bien un cercle nombreux de parents et d'amis. Parfois c'est ‘“ une épouse éplorée,”—celle qui s’arrache les cheveux, jette les hauts cris et se remarie au bout de six mois. La veuve inconsolable, elle, prend un peu plus de temps pour se consoler, mais n’en finit pas moins par se faire administrer le sacrement. Pour la même rajson, quand vous lirez “l'épouse bien-aimée de M. Z,” ditesvous que M. Z. convolera au bout de l’an et jour.

Les journaux parisiens citent des centaines d’épitaphes plus ou moins grotesques qu'ils prétendent avoir relevées ici ou là. Il n'entre pas dans mon intention de parler de l’épitaphe-réclame, mais je dirai un mot de l'avis de décès-réclame. J'ai lu dernièrement : “ À Montréal (ou Québec), chez son oncle, libraire (ou marchand de nouveautés), à tel numéro de telle rue, Marie-Aimée X, âgée de 8 mois et 4 jours.” On ne va pas encore jusqu’à dire que l’on tient le dernier roman ou le corset à la mode ; cela viendra.

L'oubli d’une simple virgule fait dire de singulières choses. Exemple : “ Mélanie K, épouse de

ne

Pierre M, peintre à l’âge de 42 ans”. Et encore: “Gaspard L, cultivateur du bas du rapide des Forges.” Enfin : “Léon F, navigateur de l’Islet.” Décidément, Pierre n’a pas été précoce, Gaspard devait retirer peu de profits de la culture de gon rapide, et Léon naviguer difficilement sur la terre ferme.

Ici, je lis d'une enfant de dix ans qu'elle est morte de la mort des justes. Beau dommage! Là, c’est telle paroisse qui vient de perdre “un bon citoyen, âgé de quatre-vingt-onze ans.” Il n’y a pas de mauvais citoyens à cet âge-là. Ailleurs, parlant d’un vieillard du même âge, on dit que “le vénérable défunt était actuellement le plus doyen des patriarches de #X*%.' Un autre laisse “cinq enfants encore en vie” U.e fille de six ans, “qui est allée rejoindre les anges, laisse pour déplorer son sort son père, sa mère, sa sœur et toutes ses petites amies.” Celui-ci, ‘“ né le dix-huitième de sa famille, accompagna dès l’âge de sept ans son frère aîné aux Etats-Unis.” Je frémis en pensant qu'il aurait pu naître vingtième et entreprendre plus jeune de quelques années ce long voyage, quoiqu’un de mes amis m'affirme avoir connu un homme qui avait traversé le Saint-Laurent étant encore à la mamelle. Celle-là, “une mort subite est venue l'enlever du centre de ses proches dans les faibles bras de sa fille cadette,” et elle laisse pour déplorer sa perte “ cinq enfants qui n’oublie-

ront jamais ses qualités qui ne tendaient qu’à l’obligeance.”

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On dirait moins de sottises de cette iorce si l’on ne sacrifiait autant au désir de se mettre en évidence, à la vanité.

On a tort d'employer invariablement la formule: ‘ Parents et amis sont priés d'assister aux funérailles, etc.” Il faudrait dire: les parents et amis, ou, mieux encore, les parents et les amis.

On a encore moins raison d'annoncer que le convoi funèbre laissera la demeure de son père, de son fils. Un chroniqueur québecquois se demandait récemment ce que peu bien être le père d’un convoi.

On a beaucoup d’autres torts. Le plus considérable, à mon sens, est la manie des longs articles nécrologiques, rarement bien faits, très souvent grotesques. Vous êtes forcé de rire sur la tombe du citoyen que l’on voudrait vous faire pleurer. On s’y prend si mal aussi pour vous tirer les larmes ! Un quidam arrive au bureau du journal, paie cinquante centins pour l'insertion de l’avis de décès, que l’un des commis rédige séance tenante, puis il demande timidement à voir le rédacteur. Introduit dans le sanctuaire où le plumitif façonne au galop de sa plume des opinions politiques pour sa clientèle, il lui expose le but de sa visite dans un monologue sans fin :—“ Le défunt était, vous le savez sans doute, un de nos chauds amis dans les élections. L'année passée, il a morfondu un cheval et dépensé quatre cents francs de sa poche pour le succès de notre candidat. Le comité ne lui a rien donné. Entre nous, on aurait dû...

ON ) | 243 PO DRE nn EL —Excusez-moi S'écrie le Journaliste ahuri, je } suis Pressé, je vais lui faire une bonne nécrologie, Une demi-colonne d'éloges est bâclée en un tour de main, et le Jourtalisme Compte à son avoir une insanité de plus.

Ou bien c’est un Condisciple, ] institutrice de Ja Paroisse, un ami de la famille afHigée, qui apporte Son emplâtre de baume de Galaad tout Préparé,

e journaliste y jette rareme] Ux et l’appli- Que tout chand à ses lecteurs

Quand Je ferai mon test

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ament, et j'en laisserai léguer mes dettes à mes al pas de déshériter celui lers qui S'aviserait de me pleurer serai dans un m

onde où il] n'y a pas Et j ‘ordonnerai ; ’Uteurs tes:

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créanciers, je n'oublier

quand je d'huissiers.

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op lu de ces S vers du tombeau à qui e la plus Cüisante,

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à lise ? j'en ai une Pacotille.

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lon âme s’est envolée aux cieux

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Pour vous q més,

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nt d’un écoli à Veille de la distrib

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er qui s’est noyé X. Un Camarade

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s’avance et lit, selon l'expression du journal, ‘ cette triste et sombre poésie”—Ce garçon-là ne dira jamais plus vrai de sa vie.

Quel exemple en ce jour s'offre à nos yeux,

Un ami nous est ravi sans adieu.....,

En ce jour où nous nous promettions tant de bonheur

Est venu se changer en un jour de deuil et de pleurs.

Ce pauvre Alfred, le matin, sans se douter du triste sort qui [l’attendait,

Etait livré à une joie sans mélange et sans nuage ......

Mais Dieu dont les vues sont impénétrables

Donnait à notre ami un sort dur et regrettable.

Emporte avec toi, tendre ami, les souvenirs

De tes confrères qui ne cesseront de te redire

Combien nous sommes afligés de ta destinée.

Espérons tous que déjà tu jouis du bonheur d’une heureuse [éternité,

De concert avec tes pauvres parents aflligés,

Pleurons, pleurons ton absence prolongée.

Nous dirons à ta pauvre mère

Cessez vos pleurs, il vit au ciel pour vous aimer.

Adieu donc, adieu pour toujours, lorsque tu seras au ciel Souviens-toi de tes amis fidèles.

Nous ne manquerons pas d'offrir nos faibles prières Pour le repos de celui qui nous était si cher.

Cela paraissait dans un grand journal de Montréal le 14 juillet 1875. Le journaliste, qui permet! que l’on prenne dans sa gazette de telles li avec la poésie, la rime, la raison, la ] à grammaire, mérite une épitaphe en ve: et en rs comme ceux-là ! Je le connais le malheureux, et s’il me précède où tout repose, mon scienr de bois lui en composera une en vers d'au moins vingt-etun pieds, comme l’un de ceux qui précèdent. Ce

NAISSANCES, MARIAGES ET DÉCÈS ne seront pas d }

8, Mais de simes,—preuve indéniable d grin,

8 alexandris.

® mon profond cha- Voici de

UX autres Spécimen dénichés q

S de poésie funèbre ans notre Presse :

La douleur ton Cœur, Tendre mère, Pour cette enfant Chère, Au ciel Montera :

ï u reverras Ton Almanda!. ane

Massacrer, tant Pas accommodés aux circonstances une petite fille,

ur la mort d’

Moissonnée par la mort dès tes plus tendre ans, Tu parais et tu meurs comme la fleur des champs. Tu meurs, mais tu vivras toujours dans notre mémoire. , Tu meurs, mais tu renais au séjour de la gloire. Là, ce cœur innocent boit l’oubli de ses pleurs, Les délices du Ciel remplacent ses douleurs.

Son front revêt l'éclat et la beauté d’un ange, | Et son âme jouit d’un bonheur sans mélange. O prodige touchant! une débile mortelle f De son frêle berceau s'élève jusqu’au ciel.

La mort en la frappant, n’a brisé que ses chaînes. Son salut est le prix de quelques jours de peine. . Sous votre ombre, 6 gazons, gardez son monument. Zéphirs, autour d’elle murmurez doucement.

Et toi, sur ce lieu saint, à lune! en ta carrière Réfléchis un rayon de ta tendre lumière.

Mes mains y planteront l’étendard du fidèle, Ei sèmeront autour la rosa et l’immortelle.

Le = # To É S DT me PT TP TT EE

et gt ii a

Que ce soit de la poésie indigène ou non, ça m'est | bien égal, mais je me demanderai longtemps quelle A peut bien être la hauteur des gazous dont l'ombre 7 a est assez longue pour cacher un monument.

| | Il n’y a pas au Canada quatre vers plus géné-

1 ralement connus que ceux-ci :

Mais elle était du monde où les plus belles choses | hs Ont le pire destin ; Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d’un matin.

La raison en est bien simple : il ne meurt pas En une fillette de Hull à Gaspé qu’on ne les lui applique, en les défigurant un peu parfois. On les à même appliqués à des garçons ; -on changeait elle en à et c'était fait.

La somme de lieux communs et de vérités de La

Palisse qui trouvent place dans tous les journaux à l’article Décos est prodigieuse. C’est toujours la

ans et onze inois (pour une fois On a omis les $ge- Maines, les Jours et les heures), Il lui faut une nécrologie, va sans dire. On Commence ainsi :

Ta vie a été admirée, Tu dois en être félicité.

On continue :

s “ Ce jeune homme, Par son intégrité et SOn énergie avait déjà su se faire un bon avenir et promettait beaucoup, lorsque la mort est venu le frapper, et l'éloigner Pour toujours de ses chers Parents et d'amis. I] était Considéré comme Un fils docile et aimant ses Parents ; de plus sos vertus et ses qualités extérieures lui Mméritèrent l'estime et la Considération de tous les citoyens

248 COUPS D'ŒIl; ET COUPS DE PLUME

mais ne le pleure pas, ne le dérange pas; car il a déjà commencé à chanter les félicités et les louanges de l'Eternel; déjà il a prié Dieu de te donner la force et le courage de supporter cette grande épreuve; déjà il te dit de te mettre à l'ombre de la croix, lieu assuré pour donner leg consolations nécessaires à ceux qui sont affligés.

Damase, tu es heureux,

Car tu vois Dieu.— UN A1.”

Je respecte plus que personne le sentiment qui a dicté ces phrases, mais ne m'empêchera pas qui voudra de demander la tête du journaliste assez bonasse pour donner asile à semblable galimatias.

C’est le tour d’une jeune fille de mourir. Elle aussi a des amies. L’une d'elles éclate :

“-Cette pauvre Joséphine! qui l'aurait cru il y a un an? elle si forte, jouissant d’une santé qui paraissait à toute éprouve, de ce teint rose, mais ferme, qui semblait défier cette vilaine maladie qui fait tant de ravages dans nos rangs et qui vient de la moissonner à la fleur de l’âge: la consomption.

“ Elle avait dix-neuf ans ; jamais encore elle ne s’était déchirée aux ronces du chemin ; la sollicitude incessante, la tendresse infatigable dont elle était entourée au foyer paternel l'avaient empêchée de soupçonner les chagrins et les revers que recèle le voile sombre de l'avenir. À

‘Chaque instant de la vie est un pas vers la tombe.” Un instaut, un pas, la tombe résument sa source et son terme. Elle est disparue pour toujours, elle nous a échappé à jamais. Hélas !

“ Elle était douée d’un beau caractère et d’une intelligence supérieure, elle était gaie, bonne, spirituelle et généralement estimée ; elle est justement regrettée de sa famille et de ses amis, et vous, mères, vous vous sentez attendries ; mais consolez-vous tous, car elle était bien résignée, et après tout le ciel n’est pas une prison, elle s’y fera l’auxiliaire de ceux qu’elle a aimés.

‘“ Passerat dans sa propre épitaphe a dit : “ Amis, de mauvais vers, ne chargez pas trop ma tombe.” Je crains que ma prose, indigne d'elle et de ses talents littéraires, ne pèse à son repos et

LA

er

une fois de plus les jolis vers de Malherbe perriers ; ils l'ont été mille fois déjà, ja

Ux® AM1p,

Il n'y a pas de Commentaires à faire. Relevons seulement pour mémoire “le ciel qui n’est pas une Prison, après tout,” “Je teint Tose mais ferme,” « les 'eVers que recèle le voile sombre de l'avenir” Ja

soi-disant épitaphe de Passerat, l'ode à “ Melle Des- Derriers.” .

La mort vint la Visiter et lui enlever deux de ses enfants dans l

leurs bons Parents réunie, unissent encore aujourd’hui d'amour et de gloire à tous les Bienheureux dan

“Que dire à présent de son petit frère A..

il allait à l’école et lisait déjà avec assez de que six ans et déjà il était mûr pour le Ciel. .

“Qu'il était triste de voir Mourir ces deux petits enfants ! “ Papa ! Maman ! disaient-ils ; NOUS allons vous quitter! nous

allons mourir ! Embrasse-moi, Maman, disait le plus Agé, c’est

fini; je m’en Vais, mais au ciel je prierai le bon Dieu pour toi et Pour vous tous !!"

-! Depuis deux ans facilité. 1] n'avait

CAC

‘“ Quel est celui, je vous le demande, qui aurait pu retenir ses larmes à la simple vue de ce faible enfant essayant à résister contre la force irrésistible de cette mort cruelle ! ”

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