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Nul doute que le nombre et l'importance des mémoires de ce corps académique iront croissant d'année en année. L’émulation entre les membres de ce patriciat littéraire, de qui l’on attend beancoup parce qu'il lui a été grandement donné, est chose naturelle. Brevet oblige. Il n’est personne d’entre eux qui veuille laisser son talent dormir et sa gloire s’éclipser devant celle d’un confrère. Il y aura forcément joûtes annuelles, lesquelles pousseront à prendre la plume certains hommes du dehors, désireux de faire leurs preuves, ambitionnant à droit les “écompenses offertes. J’augure bien de la vitalité de l’institution comme du développement qu’elle est appelée à donner à notre littérature.
Qui ne voit combien les jeunes talents, sans doute conscients de leur force, mais détournés de la carrière des lettres par l'obscurité relative qui enveloppait jusqu'ici nos manieurs de plumes, doivent se sentir réconfortés et stimulés par l’exemple qui leur vient d'en haut, et par la célébrité qui sera la sanction, le prix de leurs efforts ? Cette méfiance de nous-même, cet aplatissement devant le génie des vieux pays, et, comme conséquence, cette docilité à prendre d’eux la becquée sans oser déployer nos ailes et quérir notre nourriture, cela va disparaitre. Faite il y a trente ans, latentative dont nous ne sommes encore que les récents témoins aurait porté de tels fruits que nous aurions aujourd'hui une littérature à nous.
Rien de ce qui encourage, tout ce qui aigrit et
LA SOCIÉTÉ ROYALE 269 désespère, tel est le lot qu'ont eu jusqu’à présent devant eux les écrivains canadiens ; de bonnes et belles choses jetées à un public ignorant ou apathique, données en pâture à une critique méchante née de la jalousie ou de l'impuissance, dénuée du désir d'être utile, —d'’excellentes choses, dis-je, ont été perdues à tout jamais pour notre répertoire national. Cela tend, cela commence à changer. La Société royale aidera ce mouvement. Je connais une demi-douzaine de personnes qui gardent depuis de longues années des romans de leur composition dans leurs tiroirs, qui ont toujours énergiquement refusé de se laisser publier par l’unique crainte de la malveillance des zoïles ; eh bien, deux sur ces six, croyant pouvoir compter sur l’appui moral sinon positif de la Société royale, vont tenter la grande épreuve.
Voilà un résultat pratique.
Souhaitons qu'il soit accompagné de centaines d’autres, et si nos vœux se réalisent, le pays ne devra pas marchander sa reconnaissance au marquis de Lorne, le fondateur de la société.
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C'était en 1866 ou 1867, je ne sais plus.
Un soir que nous sortions, Gonzalve Doutre et moi, d’une séance de l’Institut canadien nù nous venons d'avoir une discussion fort vive, presque acerbe, sur une simple question d'administration interne, je vis un jeune homme se rañger sur notre passage et saluer poliment. Je crus qu’il connaissait Gonzalve, et je n’en fis aucun cas. Cependant je sentais qu’il nous suivait, et pendant que nous nous pardonnions mutuellement nos vivacités, — car nous étions les meilleurs amis du monde, deux nez dans le même mouchoir, comme disait Buïes, —je détournais de temps à autre la tête pour me rendre compte des mouvements de l'inconnu : il marchait à dix pieds derrière nous, d’un pas un peu saccadé. Sa figure brune, pâle, éclairée par des yeux qui exorbitaient légèrement sous un front ferme et sous une abondante chevelure noire, m'avait frappé dans la seconde où elle m'était apparue. Il avait un faux air de Mexicain, et de Mexicain à bandit l'épaisseur est si mince.
Je fis la conduite à Gonzalve dans cette étroite rue Saint-Gabriel, où je faisais du droit sous les Doutre, du journalisme avec Lanctôt et Laurier, et
TN. BIENVENU 271 NE era PS Où Beaugrand m'imprime quelquefois pour l'expiation des péchés politiques de ses abonnés, Puis je m'enfonçai dans la ruelle Sainte-Thérèse ; C'était là que se trouvait mon bureau, le bureau du Pays, dont j'étais alors le rédacteur en chef. Un Coup d'œil par-dessus l'épaule m'apprit que l'inconnn me suivait toujours. Mais j'étais rassuré,
Tout à côté de ma porte, une Suérite, et devant. * Cette guérite, le fusil à l'épaule, un soldat anglais en faction : cela me permettait de ralentir le pas Comment n'aurais-je Pas été en sûreté sous les Yeux de la sentinelle à qui je ne Manquais jamais, dans les nuits d'hiver ou les soirs pluvieux de l’automne, de Verser un bon verre de gin avant de me coucher ?
Comme je Mettais le pied sur la première des quatre marches Qu'il fallait monter Pour toucher à la porte, mon bandit mexicain me rejoignit et me dit dans le plus pur français :
—Exeusez-moi, Monsieur Lusignan, si Je vous relance à une heure aussi avancée. Mais on m'a dit que vous Veillez tard d'habitude, et que vous aimez à Causer, An reste, j'ai un service À vous demander.
—Entrez, Monsieur.
— Après vous !
— Après vous.
Je le Conduisis à Ma Chambre située au-dessus de mon bureau.
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