‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 48 sur 69 · PT PAR · texte numérisé non relu

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—Mon nom est Bienvenu, dit-il après qu'il se fût assis. J’étudie le droit. Je vous ai vu ce soir pour la première fois, mais je lis ie Pays depuis plusieurs années. La faveur que j'ai à solliciter de vous, c’est de me permettre de venir lire les journaux dans votre bureau, le matin ou l’aprèsmidi, comme le font vos amis, et de m’entretenir avec vous de la politique des dernières vingt-cinq années. Je sais assez ce qui se passe aujourd’hui, mais j'ignore à peu près notre histoire politique depuis l’Union.

—Mais de grand cœur, Mousieur. Venez aussi souvent qu’il vous plaira, vous serez bien vu, bien reçu, bienvenu, sans calembour. Les journaux qui vous manqueront ici, vous les trouverez à l’Ins- Ê titut. À propos, êtes-vous membre de l’Institut ?

—Non, pas encore. J’étudie sous des patrons conservateurs, MM. Cartier et Pominville, et vous pouvez comprendre qu'ils n'aimeraient pas à me voir là. Mais, au fond, ce n’est pas la vraie raison. La vraie raison, c’est que je n’en ai pas encore parlé à ma mère, et que mon opinion n’est pas faite sur les mérites de la querelle entre les autorités ecclésiastiques et l’Institut. Du reste, rien ne presse, je n’ai pas encore dix-neuf ans, je verrai.

La conversation se prolongea fort avant dans la nuit.

Le lendemain, ma nouvelle connaissance arrivait à neuf heures à mon bureau, parcourait les jour-

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naux, revenait dans l'après-midi, nous causions encore longuement, et le surlendemain nous étions àtuetätol. Comme l’amitié se forme vite quand on est jeune, quand on a sur les lèvres le lait des illusions, que la réalité n’a pas encore essuyé avec sa guenille sordide !

L'amitié qui nous a liés depuis lors n’a jamais été ternie par le moindre souffle mauvais.

Hélas! que j'en ai déjà vu partir avant leur heure de ce petit nombre de fidèles que l’on peut compter sur les doigts de la main, d'amis de cœur qui ne sont jamais une phalange, mais toujours qu’une poignée ! Me voici à l’âge où chaque départ compte double. Si l’on n'avait, sinon la certitude, au moins l'espoir de se retrouver ailleurs, comment se consolerait-on des emprunts que la mort ne cesse de lever sur nous ? Mais la mort est une bonne paye, elle n’a pas coutume de retarder à s'acquitter, à sa manière, c’est-à-dire en venant chercher les survivants. Je reverrai donc Bienvenu dans le sein du dieu du journalisme.

Ceux qu'on a si bien connus, aimés, fréquentés, enveloppés dans ses pensées quotidiennes, il est étrange qu'on ne puisse croire à leur absence défiuitive. Leur fantôme vous apparaîtrait que vous le prendriez pour la personne même, et que vous lui diriez en lui tendant la maiïn : Tiens ! te voici ! D'où viens-tu donc, depuis si longtemps que je ne t'ai vu ?

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