‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 52 sur 69 · RS ME · texte numérisé non relu

RS ME

Le nom de Sulte est tombé de ma plume. Quel prodige que cet homme-là ! Je le connaissais inti- : mement sous bien des faces depuis plusieurs années, mais pas comme conférencier. Or, comme conférencier il n’a pas son égal dans le pays. Il ne se donne pas la peine d'écrire ses conférences ; il arrive les mains vides, la tête bourrée, sans notes, devant son auditoire; il s’assied, il marche, il cause avec vous à la bonne franquette, et d’histoire du Canada, et des antiquités américaines, et de sylviculture, et de tout ce que vous voudrez. Mettez-le sur la piste, et des heures durant, il vous émerveillera par sa prodigieuse érudition, par sa | mémoire étonnante, sa facilité d’élocution, la cor- | rection de son langage, ses fines saillies, sa bon- | homie gauloise. Nous avions des historiens du Canada, il est l'historien des Canadiens. Il a HE étudié à fond la famille canadienne, ses moindres faits et gestes, les miettes de son passé, les traits de son tempérament, et, groupant tout cela autour des grandes lignes historiques, il nous présente un tableau où ne manque aucun détail, et nous montre avec un enthousiasme vrai nos origines et nos destinées. Sulte à Paris, donnant des conférences sur le Canada, ferait fureur; ici, parce que

nous le dite tous les jours, ce poète, ce causer, cet historien, parce que nous le tutoyons, peu senblent l'apprécier au centième de sa valeur. Mais il laissera des œuvres durables, et force sera, sinon à nous-mêmes, du moins à la génération prochaïne, de reconnaître l’un des types les plus marquants et les plus sympathiques que notre pays ait produits.

Si je parle si longuement de lui, c’est qu il me semble que je l’ai découvert. Ce sera mon orgueil que, pendant mon passage à la présidence de l’Institut, j'aie révélé au public un des meilleurs côtés de ce talent si multiple. J'étais loin de m'en douter moi-même quand je l’invitai à donner un cours d'histoire du Canada. Aujourd’hui, ce cours est une nécessité, et, s’il n'existait, ses trois cents habitués le créeraient.

Nous sommes les témoins d’un réveil littéraire marqué, dont l’Institut est le centre, le foyer. Soixante-deux nouveaux membres titulaires depuis trois mois ; trois cours publics créés dans le même espace de temps (minéralogie, économie politique, histoire du Canada) à toutes les séances littéraires un auditoire#ombreux et instruit ; dans une salle que l’on a dû agrandir, des dons à la bibliothèque et au musée; les classes de dessein comptant plus d'élèves ; un courant général de sympathie pour notre œuvre,— voilà qui permet de croire à une renaissance, de signaler un réveil. Il ne faudrait pas douter que l’Institut ne contribue pour beaucoup à l'influence que nous acquérons dans la capitale.

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Il y a quinze ans, qu'étaient les Canadiens-français dans la capitale ? Une poignée. Deux mille cinq cents âmes sur quatorze mille, soit un sixième. Aujourd'hui nous sommes dix mille cinq cents sur vingt-sept mille âmes environ, soit plus d’un tiers de la population. Nous avons doublé notre proportion vis-à-vis des autres races nrises ensemble., L’envahissement par le nombre est indéniable, mais si nous ne débordons pas nos frères de la langue anglaise, s’il est même impossible que nous les atteignions de longtemps dans les choses du commerce, de l’industrie et de la richesse, en revanche nous progressons rapidement sous ce rapport. Où étaient-ils y a quinze ans, les propriétaires canadiens-français ? Combien étaient-ils? Ils étaient une dizaine et ne possédaient que de chétives prop'iétés dans les moins gais endroits de la Ville. Ils se comptent aujourd’hui par centaines et occupent les meilleures localités.

Dans la profession médicale nous avons six représentants. Nos marchands, on ne les compte déjà plus. Nous avons abordé tous les genres d’affaires. Nous possédons une banque françgise. Quatre églises françaises, trois couvents, un collège, des hôpitaux, des asiles, l’Institut canadien, la ssociété Saint-Jean-Baptiste, quatre sociétés de bienfaisance, une société de bâtisse, un cercle de débats, des clubs dramatiques, deux journaux, —tout cela parle éloquemment de notre diffnsion, de notre importance.

La -profession légale ne compte plus qu'un

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. membre Ganadien-français, Par suite de la disparition de Lapierre et de Taillon. Mais elleen comp-

n'oublie pas Taillon. C'étaient des inséparables les deux doigts de la Main, toujours liés, jamais

L'ABBÉ Cyr. TANGuay, LD. MS.R.C.

Si vous vous embusquiez sur le Pont Dufferin à l'heure où Je

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