‹ Coups de plume sincèresChapitre 10 sur 53 · J44 L ANNEE QUI FINIT · texte numérisé non relu

J44 L ANNEE QUI FINIT

eut besoin d'une belle mort j et M. de Lamartine peut s'en passer!

d852, dans sa fuite, a laissé également tomber sur ma table un volume de bonne mine : Saint Anselme, de M. de Résumât"; et voilà, ô hasard des chemins, que je viens de rencontrer M. de Rémusat lui-même, traversant la Sologne et dînant à table d'hôte comme un simple mortel qui n'aurait point eu le malheur d'être ministre ni le bonheur d'être proscrit pendant quelques mois. Le nouveau livre de M. de Résumât est, comme tout ce qui sort de cette plume élégante, d'une distinction rare et d'un goût parfait. Dans ce livre, excellent tableau de la vie monastique au onzième siècle, M. de Rémusat porte légèrement l'érudition, et à travers les matières les plus obscures, sa démarche est toujours déjà dégagée.

Ce qui distingue M. de Rémusat^ c'est la grâce; ce qui lui manque, c'est la virilité : non pas qu'il n'ait des élans généreux dans ses actes ou datis ses écrits, mais ce ne sont que des élans. M. de Rémusat n'est pas de ceux qui creusent leur sillon vaillamment et patiemment, et vont jusqu'au bout : il s'échappe toujours par quelque point. Quand il faisait de la politique, il rêvait à ses livres; à présent qu'il fait des livres, il rêvera à la politique. Il s'ennuyait d'être homme d'Etat, et je parie qu'il s'ennuie de ne plus l'être. Ce sont ces ondulations de cette intelligence d'élite qui l'ont empêchée de donner toute sa mesure ; car, à parler franchement, M. de Rémusat n'a pas joué en politique le rôle auquel l'appelait son talent : il était presque dans les utilités^ et en littérature, pas plus qu'en philosophie,

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il n'a exercé la moitié de l'intluence à laquelle il eût pu prétendre. Tout cela n'empêche pas la Vie de saint Anselme d'être un ouvrage instructif et agréable.

Si on peut reprocher à M. de Rémusat d'éluder les conclusions fortes, on ne peut pas adresser le même reproche à l'auteur Des intérêts catholiques au dixneuvième siècle. M. de Montalembert conclut toujours; seulement il conclut souvent à faux. L'auteur de Saint Anselme a l'intelligence sceptique, mais droite; l'auteur Des intérêts catholiques a l'intelligence passionnée, mais inconséquente. Il est vrai que, malgré des échauftburées de jeunesse, M. de Montalembert n'a pas varié dans sa foi religieuse; c'est un effort méritoire et qui a dû lui coûter; on s'en aperçoit à l'ardeur qu'il met à se rattraper sur tout le reste. Pour ne parler que de la politique et d'un seul l'ait, de combien de façons M. de Montalembert a-t-il jugé les lois de septembre? Il vota contre ces lois, puis il s'en repentit. Douze jours après, le vent ayant changé, il revint à sa première opinion, et se vanta hautement d'avoir fait son entrée dans les affaires en votant contre ces lois liberticides ; mais, six mois plus tard, le vent ayant changé encore, il chanta un hymne en l'honneur de ces mêmes lois ! Est-ce assez? et la fidélité de l'homme religieux peut-elle faire excuser de si surprenantes variations dans l'homme d'État? je veux dire toute ma pensée : il ine semble que M. de Montalembert se sert de sa foi religieuse comme d'un tremplin pour se livrer à toutes sortes de sauts périlleux dans les sphères de la politique.

Etre aujourd'hui pour la liberté et demain contre la liberté^ invoquer la force comme l'unique moyen de

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