‹ Coups de plume sincèresChapitre 11 sur 53 · L ANNEE QUI FINIT · texte numérisé non relu

L ANNEE QUI FINIT

salut de la société, et quand la force vient, n'en plus vouloir et la railler amèrement, cela ressemble à un jeu ; et certainement ce serait l'explication la plus honorable de pareilles contradictions, si l'on pouvait dire qu'elles sont un pur amusement. Malheureusement, il n'en est pas ainsi, et ces gambades politiques ont, en général, d'autres causes. Hélas ! ces causes sont quelquefois bien petites, et font sourire le moraliste avant d'exciter son indignation. En veut-on un exemple ? Je le tiens de bonne source et je le donne pour authentique. C'était à l'époque de la fameuse question d'Orient. Un jeune pair eut l'ambition fort légitime d'étudier les choses de près, et entreprit un voyage au lointain pays. Comme il voulait faire un coup d'éclat, il soigna la mise en scène de son départ, des incidents de la route, de l'arrivée. Quant au retour, tous les journaux l'annoncèrent à grand fracas, et dès lors notre jeune pair, sûr de son effet, se rendit le soir, brillant et superbe, à la réception des Tuileries. Il avait préparé mille réponses à mille questions, et il comptait sur le plus beau triomphe. Vain espoir ! Louis-Philippe ne parla pas plus de la question d'Orient au jeune orateur arrivant d'Alexandrie que s'il fût arrivé de Pontoise» Il sortit furieux et ne pardonna jamais au vieux roi* Dix ans de mauvaise humeur n'éteignirent pas son ressentiment, et la chute de la monarchie parvint à peine à le désarmer !

Je reviens aux Intérêts catholiques; c'est un livre faible. M. de Montaiembert n'a toute sa force qu'à la tribune. Là, il est acre, virulent, et il impressionne. Là, il distille le fiel avec un art exquis, et son assurance fait

Page 1