‹ Coups de plume sincèresChapitre 17 sur 53 · LE CABINET DE COLBERT · texte numérisé non relu

LE CABINET DE COLBERT

Sous l'administration d'un Colbert, le fruit mûr tombe tout doucement dans la main. Sous l'influence (le la politique des passions, au contraire, dont la France a été si longtemps victime, tantôt on laisse le fruit se gâter parce qu'on s'entête à ne pas le cueillir ; tantôt, pour vouloir trop se presser, on arrache la branche de l'arbre, et l'on mange des fruits verts.

Sir Robert Peel, l'homme du siècle qui se rapproche le plus de Colbert, n'eût été, en France, qu'un économiste, grand pour quelques-uns, contesté pour le plus grand nombre. Les majorités l'auraient tenu en haute suspicion, et les minorités elles-mêmes, n'ayant qu'un penchant très-modéré pour ses améliorations fécondes, n'auraient voulu s'en servir que pour un coup de main.

Étonnez-vous alors que les améliorations et les réformes marchent toujours chez nous d'un pied boiteux ?

La morgue ministérielle qui n'existe qu'en France, et que madame de Staël appelle un anachronisme ridicule, n'est pas un petit obstacle aux progrès. Enflés par les flatteries de la race éternelle des solliciteurs, les ministres, chez nous, jouent aux petits princes, et leur porte ne s'ouvre facilement que devant les grands seigneurs. Il y a beaucoup de chances pour que le mérite obscur se morfonde dans leurs antichambres, et c'est pour cela que les souô'rances de l'inventeur sont devenues proverbiales.

Naguère les ministres avaient une tribune; maintenant ils ont des salons. Quand auront-ils un cabinet habité par le travail sans préjugés, par la bonne volonté sans

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