LE LIVRE D^EUGEME PELLETAN
Je vais dire tout d'abord ce qui manque à ce livre : il manque à ce livre d'être signé d'un nom inconnu.
Si l'auteur n'avait pas eu pendant dix ans, ici même, de l'esprit, du talent, de la profondeur, chaque dimanche matin; si, pendant dix ans, il n'avait pas lancé par cette fenêtre d'où je regarde, moi, sans être aperçu, ses dominicales éloquentes, véritables feuilles de la sibylle : s'il n'avait pas, en un mot, habitué le publicà toutl'éclatde sonstyleetà toutes les ressources de son intelligence, et qu'il fût sorti, un beau jour, de son obscurité, sa Profession de foi à la main, en s'entourant d'une certaine fantasmagorie, il eût frappé un bien plus grand coup sur l'opinion, et il eût conquis d'emblée cette auréole du philosophe qu'on ne donne guère en France qu'à ces hauts escamoteurs de la pensée qui savent s'entourer de mystère et de prestige.
Le public croit volontiers à l'esprit et au talent des écrivains. Il y croit même trop volontiers : voyez certaines réputations. Franchement, on est homme d'esprit ou homme de talent à bon marché. Ayez une