‹ Coups de plume sincèresChapitre 31 sur 53 · UIO LA LECTURE EN WAGON · texte numérisé non relu

UIO LA LECTURE EN WAGON

eût passé pour un misanthrope, ou quelque chose de pis. Op, si à cette époque antédiluvienne, qui remonte jusqu'au règne de Louis-Philippe et à la présidence de Louis-Bonaparte, un libraire eût eu l'idée d'étaler dans la cour des Messageries , il est très-certain qu'il n'eût point fait fortune.

Comme tout est changé maintenant! On ne cause plus en voyage , par la raison bien simple que, pour peu que vous alliez loin , votre v^agon se renouvelle cinq ou six fois. On mange debout, en cinq minutes; on se bouscule devant un buffet, et à peine a-t-on le temps de prendre le reste de sa monnaie que la cloche sonne et qu'il faut regagner sa place au galop.

Avec la diligence, on voyageait comme en caravane; avec le chemin de fer, on voyage seul. Que faire seul dans un wagon? s'ennuyer ou lire. Lire vaut mieux encore , et c'est pourquoi aujourd'hui le livre est devenu la pièce indispensable du bagage; c'est pourquoi encore les embarcadères n'étaient pas complets sans une boutique de libraire.

Ce qui étonne, c'est qu'on n'ait pas créé plutôt une bibliothèque de chemins de fer; je me trompe, c'était une innovation heureuse , et dans ce pays où chaque progrès a tant à lutter pour se faire jour, ce qui doit étonner, c'est que cette innovation se soit produite si tôt et se soit développée si vite.

Je ne crois pas que tous les wagons ressemblent à celui où le hasard m'avait jeté l'autre jour : ce n'était plus un wagon, c'était un cabinet de lecture. Nous étions tous armés d'un de ces petits volumes à couverture luisante , proprets comme des gentlemen en

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