LA LECTURE EN WAGON
J'ai dit que tout le inonde lisait dans le wagon : c'est une inexactitude. Il y avait un jeune homnae, mis à la mode de l'été prochain , la cravate passée dans un anneau, desgants blancs... en voiture! Cejeune homme ne lisait pas, il bâillait. Les traits fatigués, l'air blasé, il mettait la tête à la portière de temps en temps pour admirer les beautés du paysage, et il bâillait encore î Entre deux bâillements, il laissait échapper cette exclamation : Ces chemins de fer marchent comme des coucous ! A. coup sûr, la Bibliothèque des chemins de fer ne ferait pas fortune si tous les voyageurs ressemblaient à celui-là. Heureusement, ce monsieur a la prétention de ne ressembler à personne. Il y a bien peu de gens maintenant taillés sur ce patron. Il y en a, du reste, autant qu'il en peut tenir sur le perron de Tortoni ; et la moitié du temps ce perron est désert !
0 bienfaits d'une grande découverte ! Déjà il était parfaitement établi qu'en rendantles voyages plusfaciles et en abolissant les frontières des nations, pour ainsi parler, la vapeur avait rendu un grand service à l'intelligence générale, qui ne pouvait manquer de s'accroître en s'enrichissant de points de comparaison nouveaux. S'il pouvait se faire aujourd'hui qu'en voyageant davantage^ et par conséquent en observant davantage, on prît en même temps l'habitude d'employer à la lecture les heures du voyage, ne serait-ce pas un des bienfaits les plus imprévus de la vapeur ? 0 Watt ! 0 Fulton ! 0 pères d'une civilisation immense qui est à peine à ses débuts !
Comme j'aime beaucoup la vie et son mouvement, le présent et ses péripéties, et que j'assiste avec une curiosité insatiable à toutes les premières représentations des pièces, comédies ou drames, que joue l'humanité, il m'en coûte toujours de passer du commerce des vivants au commerce des morts; mais quand je suis une fois entré dans ces tombeaux de l'esprit humain qu'on appelle des bibliothèques, j'y suis retenu par un charme invincible, et je ne sais plus comment en sortir.
Or, c'était le septième jour que je passais au milieu des livres de feu M. Walckenaer, montant aux échelles, courant de rayon en rayon, c'est-à-dire de monde en monde, lisant et feuilletant gros et petits ouvrages de tout siècle et de tout pays, me gorgeant, pour ainsi parler, de poésie, d'histoire, de mysticisme, de jurisprudence, de sciences naturelles et de sciences morales, et quibusdam aiiis. Ce travail à outrance avait-il surexcité mon imagination, et étais-je capable de rêver tout éveillé ? C'est possible. Le fait est que, le boir du
septième jour, entre chien et loup, je vis apparaître la figure du vieux savant : j'eus beau m'en défendi'e et me plonger de plus en plus dans quelque lecture attrayante, la vision s'obstina, et je ne pus m'euipêcher de voir le vieil érudit, à sa place accoutumée, dans sa robe de chambre, jetant un dernier regard sur ses chers trésors ; je l'entendis même distinctement leur adresser ainsi ses adieux d'une voix mourante :
« 0 mes livres, il faut donc vous quitter ! vous étiez le charme et la consolation de mes jours, la fête de mes yeux, la réjouissance de mon cœur. Que de soins, que de labeurs, que de sacrifices vous m'avez coûtés pour vous amener ici des quatre points de l'horizon et vous y retenir ! fai combattu soixante ans pour votre gloire ; allez ! je ne m'en plains pas; vous m'avez bien payé de tous mes travaux. Que de douces et pures jouissances, toujours les mêmes et toujours nouvelles, vous m'avez fait éprouver. Je meurs octogénaire, et je n'ai pas eu un moment d'ennui, grâce à vous! Dès que la vie m'envoyait un chagrin , je n'avais qu'à venir ici pour que le chagrin se dist^ipât aussitôt sous votre magique influence. La Providence m'a été bonne, et je n'ai pas eu de grands malheurs dans ma longue carrière, mais je crois qu'eussé-je été atteint de coups terribles comme tant d'autres, vous m'eussiez encore consolé et rattaché à la vie î »
Il y eut un moment de silence ; puis la voix mourante reprit :
« Adieu, Horace, la Fontaine, Sévigné, amis incomparables qui ne manquez jamais de parole, et qui tenez plus que vous ne promettez ! Je ne vous quitte pas,
ci'oyez-le, sans un grand déchirement de cœur : nous avions tant de choses à nous dire encore ; car, quoique je sois plein de jours, j'étais avec vous coiiiuie les jeunes amoureux, ces éternels recommenceurs. Je rêvais, je vous l'avoue, pour mon avenir {Un Octogénaire plantait^ Va Fonia'mel); je rêvais des heures de volupté parfaite dans votre intimité céleste, et j'étais si heureux que j'oubliais toute affaire d'ambition, et que j'avais fini par oublier que je n'étais pas de l'Académie française. Je m'en souviens un peu tard, mais je ne regrette pas trop ma distraction, et je vous pardonne d'en être la cause. Après tout, l'Académie française n'est qu'un salon d'hommes de loisir, et Ton y entre pour beaucoup d'autres raisons que pour l'amour des livres. J'aimais mieux sa sœur cadette des Inscriptions; elle est plus solide, si elle est moins brillante : la première est une coquette en littérature, la seconde est une excellente ménagère. Pourtant, c'etjt été beau de signer mes commentaires de cette griffe : l'un des quarante; n'y pensons plus, et ne pensons qu'à la douleur de notre séparation éternelle. Adieu, divin Horace ! adieu, ad[nirable la Fontaine ! adieu, adorable marquise, autour de laquelle j'avais groupé tout le grand siècle, un peu violemment peut-être ! la passion ne calcule pas toujours juste. Que les amants des beaux livres et des beaux génies me pardouLient! Adieu. »
Encore un silence, et la voix presque éteinte reprit de nouveau :
c( Il faut donc me séparer aussi de ces innombrables cartes de géographie, charmants navires sur lesquels j'ai fait de si délicieux voyages ! Combien de fois n'ai-
'21 s LES AMLS DES LIVRES.
je pas fait le tour du monde dans mon fauteuil! J'ai parcouru tous les pays,, et il n'est pas un coin de l'Afrique ou de rOcéanie dans lequel je n'aie pénétré, sans aucun péril, il est vrai : cosmographie de Ptolémée, avec ses trente éditions ; itinéraires de Strabon, de Pomponius-Méla et d'Antonin ; voyages d'Adrien de Valois et de d'Anville ; collection de Harris, de Ramusio, de Churchill ; précieux nianuscrit latin de Marco- Polo ; lettres de Fernand Corlès à Charles-Quint, et jusqu'à votre dernière excursion dans l'Amérique méridionale, ô monsieur de Humboldt ! j'avais là toute la géographie ancienne et moderne sous la main; j'avais toujours dans mon cabinet un navire frété qui n'attendait que le signal du départ pour me porter où je voulais. Je prenais à mon petit lever Juan délia Cosa, pilote de Christophe Colomb, et je partais pour le nouveau monde. Quels intéressants et délicieux voyages ! d'autant plus que j'étais toujours revenu, quand le domestique disait : « Monsieur, le déjeuner est servi. »
Quatrième silence. J'écoutai et je n'entendis plus rien ; je regardai et le fauteuil était vide. Alors je voulus continuer ma lecture, mais j'étais sous l'obsession d'une rêverie, et le livre me tomba des mains. « Pauvre savant, me disais-je, il a vécu pendant soixante ans au milieu de ses livres ; chaque volume était pour lui un souvenir, et il a fallu qu'il partit sans en emporter un seul, sans emporter même un manuscrit î Que l'avare n'emporte pas son or, c'est bien, puisque c'est là son châtiment ; mais que l'homme qui a passé une vie laborieuse à analyser les produits de la pensée humaine, qui a mis sa joic innocente à découvrir une
beauté nouvelle dans un maître de l'art, et qui a employé tout son temps, tout son argent et toute sa passion à rassembler les chefs-d'œuvre de l'esprit, s'en aille, pauvre et nu, sans emporter une parcelle de ce qu'il avait tant aimé, c'est triste ! »
Une autre pensée me poursuivait en présence de cet amas de livres, propriété d'un simple particulier : « Qu'il est loin de nous, m'écriais-je (j'étais seul et je pouvais rêver à haute voix), qu'il est loin cet âge où les livres étaient rares comme des pierres précieuses, selon l'expression de Voltaire, et où un pauvre copiste employait deux années d'un travail assidu à transcrire la Bible sur du vélin î Ah ! que dirait un de ces clercs érudits, très au courant des travaux littéraires de leur temps, qui voyaient apparaître dans tout le pays de France quelques volumes au plus par chacun an, si, revenant au monde, il entrait dans une de nos bibliothèques, ou, mieux, s'il lui tombait t ntre les mains le Journal de la Librairie? Certes, sa surprise serait grande, et ne le céderait pas, je le suppose, à celle qu'éprouveraient sans doute ces bons religieux de Saint-Maur des Fossés, près Paris, qui s'excusaient d'aller en Bourgogne, à cause de la longueur du voyage, s'ils se voyaient transportés sur quelque wagon, et entraînés par les coursiers de feu. »
Pour m'arracher à l'influence traîtresse qui descendait sur moi des hauts rayons chargés de livres, et qui, ne me permettant plus de continuer mon travail, me lançait à toute volée dans le pays bleu, je pris le meilleur parti, j'ouvris la fenêtre, je respirai l'air frais, et j'eroufai les propos fies passants.
En un clin d'œil, ce que je vis et surtout ce que j'entendis suffit pour me dégriser. Je vis tant de personnages grotesques et j'entendis tant de sottises que je fus à l'instant uiênie rappelé à la réalité. Je refermai la fenêtre et remontai à mon échelle.
Le hasard me jeta sur Boileau, et ce fut avec un vif intérêt que je pesai dans ma main la première édition des sept satires; Satires du sieur D... Paris, Barbin, i666. Le sieur D..., voilà comment débutait Boileau, et c'est sous cette rubrique que parurent tous ses ouvrages jusqu'en 1701. On ne se faisait alors annoncer dans les lettres que sous un nom de guerre ou précédé d'une initiale. Quand Charles Perrault répondait à la satire de Boileau contre les femmes par l'apologie des femmes, il signait M. P.; et le sieur R., auteur de la satire contre les maris, n'était rien moins que Bagnard. — Aujourd'hui tout le monde, ou à peu près tout le monde, signe en toutes lettres : les initiales, les pseudonymes ou les anonymes sont passés de mode.
Dieu veuille que la postérité à laquelle nous nous livrons si franchement, et qui a transformé en noms glorieux les initiales modestes de nos pères, ne transforme pas en initiales nos noms glorieux !
II faut remarquer d'ailleurs à ce propos que la science des bibliophiles futurs aura peu de découvertes à faire sur notre compte. Les contrefaçons belges reproduisent les ouvrages français textuellement, tandis qu'autrefois les éditeurs de Hollande mettaient sur le dos de telle ou telle initiale beaucoup de choses qui ne lui appartenaient pas. On sait les colères et les imprécations de Voltaire contre les fausses éditions dont il se
prétendait victime : il est vrai que chez l'auteur de la Pucelle^ ces colères étaient souvent jouées et n'étaient qu'une ruse de guerre : c'était un habile moyen de publier ce qu'il voulait sans en avoir la responsabilité. Voltaire faisait couime ces écoliers qui lancent un pétard et s'écrient aussitôt : Monsieur, ce n'est pas moi !
Je parle de Voltaire parce qu'en quittant Boileau je rencontrai la première édition du Siccle de Louis XIV. Voltaire avait signé cette première édition et même la seconde à deux ans de date, la première en 4751 et la seconde en 1753, il avait signé, dis-je, du nom de M. de Francheville. M. Arouet le Jeune s'est déguisé pendant soixante ans ; il a pris tous les noms et tous les visages; mais tous ces déguisements sont venus aboutir au masque immortel du patriarche de Ferney, de même que tous ses pseudonymes et archi-pseudouymes sont venus éclater à la fm dans le nom effroyablement retentissant de Voltaire!
Où trouverait-on la Bruyère, si on ne le trouvait chez son éditeur passionné? M. Walckenaer a réuni naturellement les neuf éditions originales du moraliste profond. La première édition est de 1688. Le succès fut grand : le coup avait porté. Le livre eut trois éditions dans la même année^ et l'an d'après, la quatrième édition fut comme un nouvel ouvrage : trois cent quarante nouveaux caractères étaient ajoutés aux trois cent quatre-vi!igt-six du premier jour. La neuvième édition était sous presse lorsque la Bruyère mourut, en 1696, la plume et la lanterne en main : la plume se brisa, et la lanterne s'éteignit. Il ne se trouva personne pour
retailler la plume et l'allumer la lanterne. La Rochefoucauld écrivait et voyait autrement.
Jusqu'à présent, la meilleure édition de la Bruyère est celle de M. Walckenaer. Je sais qu'il y en a une autre bien supérieure, c'est celle de M. de Sacy. Celleci n'a qu'un défaut : elle n'est pas faite.
Je feuilletai longtemps la Bruyère et je passai ensuite à son camarade de lit, le duc de la Rochefoucauld, cet infortuné duc tombé dans la disgrâce de M. Cousin pour avoir été trop aimé d'une belle princesse. Au milieu des nombreuses éditions des Maximes^ qui ont en tête le discours de Segrais ou qui ne l'ont pas, car ce discours a été enlevé, rétabli et enlevé encore, et ce discours de Segrais, d'ailleurs, n'est peut-être pas de Segrais ; on l'attribue aussi à la Chapelle, — au milieu de toutes ces éditions, je pris le volume auquel sont jointes les Observations de madame de Lafayette. Ces Observations n'ont été tirées qu'à cinquante exemplaires. C'est rare, c'est curieux, mais ce n'est pas authentique, et c'est pour cela que c'est curieux : régal de bibliophile.
Je ne lus pas les Maximes de la Rochefoucauld mises en vers par M. Boucher, et je fus jeté, ne sais comment, au milieu de la vaste collection des sciences naturelles, remarquable surtout par des monographies spéciales. La section des arachnides est, dit-on, la plus complète. Je me crus dans une immense toile d'araignée, et voulus me sauver ; mais je me trouvai pris dans une lettre autographe du grand Cuvier. Cette lettre est placée à la tête du Règne animal distribué par son organisation. Je contemplai longtemps les lignes tracées par la rriain
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illustre. L'écriture, selon moi, est bien plutôt l'homme que le style, parce que l'art domine dans le style et le naturel dans récriture. Le style est le plus souvent un mensonge, tandis que l'écriture est le plus souvent une vérité. - L'heure avançait, et je sentais de nouveau l'acre poussière des livres me monter à la tête. Je voulus de nouveau respirer l'air frais, lorsque je heurtai mon front contre un tas de satires , d'épigrammes et de madrigaux. C'étaient les Satires du sieur Régnier, les Satires nouvelles de Senecé, les Satires sur les femmes bourgeoises qui se font appeler Madame, par le chevalier de Nisard, qui n/est pas M. Désiré Nisard de l'Académie française, lequel est un professeur et non un chevalier; les Nouveaux Saints, par Marie-Joseph Chénier, les Epigrammes de Colletet, celles de Gombaud, les madrigaux de M. de la Sablière, Télite des poésies héroïques et gaillardes de ce temps (1682).
Je lus avec plaisir quelques-unes de ces gauloiseries, et j'en aurais lu d'autres, si je n'avais songé que le temps allait me manquer, et que je devais aller saluer madame de Sévigné, ce qui était de stricte politesse, puisqu'elle était la maîtresse du lieu. Je m'avançai donc vers l'adorable marquise.
L'admiration et le dévouement de M. Walckenaer pour madame de Sévigné ne permettent pas de douter que le savant bibliophile n'ait réuni, comme des reliques précieuses, tout ce qu'a écrit madame de Sévigné, et tout ce qu'on a écrit sur elle. Naturellement, il y a l'édition en onze volumes par M. Montmerqué, puis l'édition avec une notice de Charles Nodier II y a ensuite toutes les publications particulières faites de droite
OU de gauche. On pense bien qu'il ne manque pas à l'appel une seule lettre inédite de la mère de madame de Grignan. Il y a même nn billet italien de madame de Sévigné à la marquise d'Uxelles.
J'étais en train de lire ce billet , malgré l'obscurité commençante , lorsque j'entendis sur tous les rayons un indéfinissable murmure. Je prêtai l'oreille, j'essayai de comprendre d'où venait ce bruit étrange, et je ne le compris pas.
Le billet italien de madame de Sévigné m'échappa, je me baissai pour le retrouver à terre, et je m'aperçus que l'obscurité la plus profonde s'était tout à coup faite autour de moi. Le nmrmure continuait sur les rayons ; certainement je n'avais pas peur, mais je n'étais pas entièrement rassuré.
Au même instant, j'entendis très-distinctement des voix soupirer à peu près ainsi en chœur :
« C'est donc demain qu'on nous chasse de notre logis dont nous avions une si douce et si longue habitude ! Nous étions si bien sur nos vieux rayons, et chacun de nous était si bien fait à son voisinage. Nous avions oublié nos querelles particulières, et, réconciliés sous les auspices d'une science bienveillante, nous vivions en paix et en douce joie. Où irons-nous? On va nous disperser aux quatre coins du monde. Nous allons devenir , les uns , la propriété de sots qui ne nous comprendront pas, les autres, la propriété de vaniteux qui se contenteront de nous posséder sans nous ouvrir, Hélas ! hélas !
« Ah ! bon maître , continuaient les voix , tu aurais bien fait de vivre encore. »
Je ne sais si le vi^^ux maître entendit ces plaintes et ces regrets ; ce que je sais , c'est qu'une porte de côlé s'entr'ouvrit et qu'une ombre se glissa légèrement dans la bibliothèque. Q'ioiqu'une ombre ne soit pas facilement reconnaissable, je reconnus parfaitement M. le baron Walckenaer. Il glissa le long des rayons , et un étrange spectacle s'offrit à mes regards ; des njilliers d'étincelles s'échappèrent des volumes et s'élancèrent vers le fantôme mélancolique ; je pensai, — ^j'étais peutêtre dans l'erreur, — que c'étaient les âmes des livres qui se précipitaient vers l'âme du bibliophile et se confondaient avec elle dans une douce étreinte.-
Cela ne dura qu'un instant, puis tout disparut; mais il m'avait semblé voir, derrière l'ombre de M. le banm Walckenaer, une autre ombre voûtée et dégingandée, qui souriait doucement et ironiquement; c'était l'ombre de Charles Nodier, un autre bibliophile, qui n'avait jamais bien pris sa science au sérieux, l'aimable railleur.
La bibliothèque retomba dans le silence et l'obscurité ; et je sortis comme je pus, à tâtons.
Or, la preuve que ces étincelles, que j'avais vues briller, étaient bien les âmes des livres qui s'en allaient, c'est que de tant de beaux ouvrages si vivants et si animés sous rœil du savant qui les avait réunis, il ne reste plus qu'un nombre immense de bouquins divisés en quarante-deux vacations pour être vendus par le ministère de maître Sibire. Pauvres, pauvres livres !
LES GlEPES ECHAPPEES,