‹ Coups de plume sincèresChapitre 35 sur 53 · M. ALPHONSE KARR. — M. VIENNE · texte numérisé non relu

M. ALPHONSE KARR. — M. VIENNE

Hier soir, après avoir feuilleté le volume de M. Alphonse Karr, au lieu de l'installer dans ma bibliothèque^ je l'avais imprudemment laissé entr'ouvert sur une corbeille de fleurs, devant ma croisée. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant la nuit, mais ce matin, au premier rayon de soleil, j'ai entendu un petit bourdonnement qui, grossissant de seconde en seconde, est bientôt devenu formidable. J'ai écarté mes rideaux, et j'ai vu un escadron de guêpes armées en guerre, tantôt se heurtant contre les vitres et le plafond, tantôt se perdant dans les plis des draperies, mais finissant toujours par revenir à leur quartier général, qui était la corbeille de fleurs. Il n'y avait pas de doute possible : c'étaient les guêpes d'Alphonse Karr qui s'étaient échappées. J'ai eu d'abord une peur véritable; j'ai cru que les terribles petites bêtes allaient me dévorer. Aussi j'ai eu soudain recours à la ruse, la meilleure de

Page 1