‹ Coups de plume sincèresChapitre 40 sur 53 · DES ŒUVRES DE VICTOR ULGO · texte numérisé non relu

DES ŒUVRES DE VICTOR ULGO

démocratie, et les découvertes qui se faisaient autrefois au profit de quelques-uns ne se font plus qu'au profit de tous. La vapeur, démocratie ; réiectricité^ démocratie. Cela est d'une vérité criante et banale, mais bonne quelquefois à répéter : il y a des gens qui ne veulent pas entendre, et puis il y a des sourds,

A Dieu ne plaise que je veuille parler du principe autrement que pour constater son triomphe! Le principe démocratique plane magnitlquement au-dessus de toutes les discussions, et ceux qui l'insultent sont les insulteurs du soleil. Il ne s'agit plus du principe pour ceux qui ne renient ni leur temps ni la raison, il ne s'agit que de la mise en pratique, et, en cette matière. le point le plus important est l'éducation du peuple.

Dans les plus pauvres chaumières d'Allemagne, vous trouvez^, à côté de la Bible, les ballades populaires retouchées et rajeunies par Goethe ou Schiller. Le pâtre écossais lit Burns comme le gondolier de Venise récite les stances de TArioste, comme le pêcheur napolitain chante des lambeaux de la Jérusalem. Le peuple, en France, a dans sa chaumière la complainte du Juif- Errant, auprès de laquelle vint prendre place, sous la restauration et sous Louis-Philippe, le portrait de Napoléon. Le peuple a eu souvent aussi en France des chansons politiques généreuses, mais les chansons politiques passent avec les circonstances, et ce qui reste, ce qui, de temps immémorial, retentit le dimanche dans nos cabarets, ce sont les couplets obscènes ou les grossières chansons à boire.

Sans compter que si le peuple, en France, n'a pas de bons livres, il en a de mauvais ; s'il n'orne pas sa

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mémoire de choses simples et poétiques, il la souille souvent de choses vilaines et fausses.

II y à, dans les Bayons et les Ombres, un petit poëme charmant et profond, avec ce titre : Regard jeté dans une mansarde. Que ce réduit est frais ! et que le lis de la fenêtre est blanc ! Derrière la jalousie, accrochée à trois clous, on aperçoit un profil céleste : c'est une jeune fille du peuple, une orpheline, qui se lève avec le jour, quelquefois avant, pour travailler, et ne devoir la vie qu'à son travail. Le poëte dit :

Laisse-toi conseiller par l'aii^uille ouvrière, Présente à ton labeur, présente à ta prière, • Qui dit tout bas : Travaille ! — Oh ! crois la; Dieu, vois-tu Fit naître du travail, que l'insensé repousse, Deux ûlles : la vertu qui fait la gaîté douce, Et la gaîté qui fait charmante la vertu !

Tout est gai et riant dans cet asile du travail, de la jeunesse et de la vertu. Mais le poète pâlit. Il vient d'apercevoir dans un coin de la chambre un livre impie, et il tremble ; il a raison de trembler. Ange de la pauvreté et du travail, si tu ouvres ce livre, tu es perdue ! Un mauvais livre, en effet, il n'en faut pas davantage pour perdre la plus belle âme.

Il me semble seulement que, dans le trouble de son cœur, le poète s'est trompé sur le titre du livre : il a cru voir un livre licencieux et impie du dix-huitième siècle et de l'école de Voltaire, tandis qu'il y a beaucoup à parier que c'était tout simplement un volume de Pigault-Lebrun ou de Paul de Kock.

Pigault-Lebrun est le Bossuet, et Paul-de-Kock le Fénelon de l'éducation populaire. Pourquoi cela ?

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