DES ŒUVRES DE VICTOR UIGO
resst'S officielles, fut d'un côté; et la jeunesse, seule et n'ayant que son courage, fut de l'autre. La jeunesse forma le Cénacle, et ce bataillon sacré vint à bout de tout.
M. Victor Hugo était l'âme du Cénacle. A proprement parier, ce jeune grand-prêtre était là entouré de disciples qu'il échauffait de son enseignement et de son exemple, mais qui le soutenaient de leur enthousiasme. Qnnnd}e dis grand-prêtre, je devrais plutôt dire général en chef. M. Victor Hugo était en efîét à la tête de ses soldats, jeunes, pauvres, ardents, amoureux de la gloire, comme un général tout jeune, mais déjà grave et pensif, désigné au commandement par le privilège du génie : c'était la campagne (T Italie du romantisme.
De son côté, l'Académie ne se possédait pas ; elle maudissait les novateurs, et, ne trouvant pas que ce fût assez, elle jugea à propos de se plaindre au roi, comme si le roi eût pu quelque chose en matière de poésie. Une douzaine d'académiciens, triés sur le volet, adressèrent au roi une requête qu'on peut traduire ainsi : « Sire, venez à notre secours; une bande de jeunes audacieux s'empare de tous les succès, accapare toute la gloire, et ne nous laisse rien pour nous ! Quand ils font des vers, on les achète, sire; et personne n'achète les nôtres ! Quand on joue une de leurs pièces, la foule s'y précipite ; tandis qu'on ne joue plus, ô honte ! nos tragédies que devant les banquettes. Va\ pareil scandale ne peut durer plus longtemps, sire, dans votre royaume; mais comme nous ne pouvons rien par nous-mêmes sur le public ingrat et léger, nous vous supplions très humblement, ô roi très chrétien.
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petit-fils de saint Louis et d'Henri IV, de faire lire nos vers et jouer nos tragédies par ordre, et de lancer une lettre de cachet contre la poésie séditieuse de nos rivaux ! »
C'est ainsi que les académiciens entendaient la liberté de l'art. Ils en furent pour leur courte honte. Ils ne furent pas écoutés, et, à partir de ce moment, la vieille poésie est vaincue, et la poésie nouvelle triomphe, non pas sans luttes, toutefois, car M. Hugo, pendant de longues années, n'a pas fait un pas sans soulever des tempêtes.
La Restauration avait proscrit Marion Belorme; la Révolution de J830 suspendit /e Roi s'amuse; on se battit à Hernani. Des orages, toujours des orages ; mais les libertés ne se fondent pas autrement, et c'est au milieu de toutes ces traverses glorieuses que M. Victor Hugo fondait la hberté de l'art.
Aujourd'hui pour tous, M. Victor Hugo est un poète souverain; et si quelques-uns le contestent encore sur des détails et sur des portions de son œuvre, tout le monde reconnaît dans le poète de Ruy-Blas l'originalité du souftle et l'étonnante puissance de l'inspiration.
Dft toutes les anciennes luttes, M. Victor Hugo est sorti calme et rayonnant. Il est aujourd'hui en pleine possession de lui-même et de sa renommée; et quoiqu'il ait un long avenir, il a déjà un passé d'ancêtre; c'est pour cela que le moment est bien choisi pour l'édition populaire de ses œuvres.
Le çJ'\\\q de Yintor Hikw va au peuple. Le peuple
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aime les talents énergiques et doux. Victor Hugo a l'énergie du lutteur^ l'éclat sombre du poète dramatique, ie lyrisme du jeune homme, les douceurs intimes de l'âge mûr ; il remue, éblouit et attendrit l'âme ; le peuple l'avait applaudi au boulevard, mais il n'avait guère fait jusqu'à présent qu'entrevoir ses livres derrière les vitres des libraires, si on excepte Notre-Dame de Paris, comme il ne fait qu'entrevoir les mets exquis derrière les vitres de Chevet. Le bon marché va tout changer, et le peuple va dévorer Victor Hugo à quatre sous.
Et quelles admirables leçons il retirera du poëme immense de Hugo, prose ou vers ! Il y apprendra à être humain, généreux, à pardonner à ses ennemis. Il y apprendra l'amour du foyer, de la famille et des enfants , dans les plus ravissants tableaux domestiques qui soient sortis d'une imagination de poète.
Prenons quelques exemples au vol. Charles X avait proscrit Marion Delorme : c'était le premier drame du poète. Combien, à la place de Victor Hugo, n'auraient jamais pardonné au vieux roi une telle injure? Charles X meurt dans l'exil; qui s'agenouille pieusement devant cette tombe? l'auteur de Marion Delorme :
Qu'un autre, aux rois déchus, donnant un nom sévère, Fasse un vil pilori de leur fatal calvaire ; Moi je n'affligerai pas plus, ô Charles-Dix, Ton cercueil maintenant que ton exil jadis.
Et il ajoute, dans ce même morceau, ces vers admirables :