HIPPOLYTE DE LA MORVONNAIS
Il Un de ces hommes de talent, hommes de bien, tels que la province en tient discrètement cachés dans l'ombre et le silence d'une vie paisible et rustique, M. de la Morvonnais vient de mourir.
»... Si, dans le monde politique, les plus dignes occupaient le premier rang, aucun rang n'eût été trop élevé pour Hippolyte de la Morvonnais. «
ÉMlLIi DE GlRARDIIi.
Par une froide matinée de l'année 1836, il y eut à Paris de bien belles funérailles. Au milieu des flots d'une population immense, tous les hauts dignitaires de l'État, toute la diplomatie étrangère, des princes et des ducs par douzaines suivaient un splendide char funèbre, qui, recouvert des insignes du défunt, lequel avait à peu près tous les grands ordres de l'Europe, ressemblait à une espèce de char de triomphe. Beaucoup de soldats, le fusil incliné, précédaient et escortaient le convoi. Des ministres tenaient les coins du poêle, et les voitures de la cour étaient en tête d'une armée de carrosses de parade. La mort^ en un mot.
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déployait toutes ses pompes. Oh ! c'étaient de bien belles funérailles !
Quel était donc le bienfaiteur de l'humanité, ou le grand citoyen, ou l'homme de génie, qu'on portait ainsi glorieusement à sa dernière demeure? Si vous voulez le savoir, écoutez son oraison funèbre dans les mille propos de la foule. Les discours prononcés sur les tombes, de même que les éloges prononcés dans les académies, mentent comme des épitaphes. Les propos de la foule à un enterrement sont la véritable oraison funèbre. Or, voici ce qui se détachait de ce bourdonnement de cent mille âmes, dans les rues et aux fenêtres :
— Avec toute son habileté, il a fallu qu'il y passât comme les autres. C'est que la mort ne se laisse pas mettre dedans. Il ne s'agit pas de mentir ou de jurer avec elle. Ah ! s'il n'avait fallu faire que quelques mensonges et quelques serments, il s'en serait bien tiré !
— Il laisse six millions ; et quand madame de Staël le fit revenir d'Amérique, il n'avait pas un sou vaillant -, il allait faire visite aux membres dn Directoire dans des fiacres quil ne payait pas !
— C'est lui qui a élevé le pot-de-vin, en France, à une hauteur jusqu'alors inconnue. On avait trafiqué de tout, excepté des couronnes. Il vit que le moment était venu de se faire marchand de sceptres ; il prit patente, et il trafiqua tant qu'il put «le grands sceptres et de petits sceptres, moyennant de bons pots-de-vin.
— Il était évêque, maman ?
— Oui, mais il s'était marié,ma fille.
(Deux hommes riches, aux fenêtres d'un bel hôtel.) Le premier . — Je ne parle pas de sa probité, mais je