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A PROPOS DU DECRET PONTIFICAL

Vêtues de blancheurs légères, enveloppées de voiles neigeux, couronnées de roses blanches, le chapqlet de nacre au poignet, dans une main le ilivre d'ivoire, dans l'autre le cierge de pure cire, deux par deux, elles entrent dans l'église, les 'premières communiantes. Elles vont s'agenouiller devant l'autel et leur troupe inclinée semble une vivante corbeille de lys.

Deux par deux encore, dans les nuages d'encens, aux sons murmurants de l'orgue, au chant suave des cantiques, elles s'avancent vers le sanctuaire brillant de lumières, et des mains de l'officiant tout revêtu d'or, portant le ciboire d'or, elles reçoivent l'hostie blanche.

Puis elles passent à travers les rues, reviennent une à une dans leur demeure, entourées de

leur famille. Formes indécises, déjà n'étant plus enfants, pas encore femmes, elles sont, dans la banalité journalière, de la poésie qui marche, car sur la ipoussière et la boue de nos chemins elles font une tache de pureté, dans les plus pauvres logis leur voile blanc jette une lumière et crée de la splendeur.

Chateaubriand admirait que la Fête-Dieu eût été placée par l'Eglise entre la saison des fleurs et celle des foudres; ih doit nous paraître également admirable que la première communion, cette Fête-Dieu de la vie, soit .placée au moment où tombent les fleurs de il' enfance, où se lèvent les orages de la jeunesse.

Un décret est venu de Rome qui sembJe vouloir détruire toute cette poésie, tarir dans leur source toutes ces émotions pieuses. L'obligation de la communion pascale est imposée aux enfants dès qu'ils ont l'âge de raison. La première communion est ainsi reportée vers l'âge moyen de sept ans, au seuil par conséquent et non (pas à la fin de la seconde enfance, avant et non après la saison des fleurs

Ce décret a provoqué, en France surtout, une assez vive émotion. Les journaux les pluâ indifférents aux choses reiligieus.es s'en sont occupés. La presse religieuse a observé, comme il convenait, une attitude respectueuse. Quelques journaux catholico-mondains se sont étonnés; la presse irréligieuse, selon son or-

dinaire dès qu'elle touche à l'intime du catholicisme, a dit des sottises.

L'autorité a parlé, et par-lé sur des matières où Jes pfLus anticléricaux doivent bien reconnaître son exclusive compétence. La Congrégation de la Discipline des Sacrements a rédigé un décret, de Pape l'a approuvé. Un fidèle catholique n'a pas à blâmer, cela va sans dire, il n'a pas davantage à louer. Il n'a qu'à accepter librement, joyeusement, en fiiîs qui sait bien que le Père veille et que tout ce qui se fait en ordre dans son Eglise, que tout ce qui est dit avec clairté par les bouches autorisées, ne peut être .pour les âmes qu'un bienfait.

Mais le fils le plus respectueux a toujours le droit de défendre contre 'les incompréhensions les mesures paternelles, et de dire quelles sont à ses yeux les conséquences qui paraissent devoir s'en suivre.

Et disons tout de suite qu'il y a dans ce décret ce qui peut le plus satisfaire une âme chrétienne, l'exclusive préoccupation de la vie spirituelle, l'affirmation d'une foi absolue à l'économie spirituelle, aux mystères de ia grâce. On reproche à Rome sa politique, sa préoccupation des choses terrestres; elle répond par un acte qui doit scandaliser et la raison et ia terre et qui ne revêt de sens que dans le plan supérieur où la grâce fait vivre les âmes.

Relisez le document déjà connu sous le titre

Quant singtdari Christus amore, les considérants et le texte du décret, Y interview que île cardinal Ferrata, préfet de la Congrégation de la Discipline des Sacrements, a accordée à un rédacteur de Y Univers, et vous verrez que des décisions récentes dérivent des sources les plus hautes et les plus pures de la théologie catholique.

Le Baptême a enté la vie de l'enfant sur le Cep divin, la grâce coule avec son sang dans les veines du baptisé et cette grâce, par la vertu divine du sacrement, suffit à faire du baptisé un membre du corps mystique, déifié par le sacrifice de Y Homme-Dieu. La Confirmation ajoute ses grâces à celles du Baptême, elle parfait par les dons de l'Esprit le christianisme de l'âme. Tant que dure la vitalité première, tant que la volonté mauvaise intérieure ne vient pas affaiblir la vie ou même séparer le sarment du Cep, la grâce demeure entière, mais dès que la malice humaine peut se montrer avec les premières lueurs de la raison et les premières indépendances de la volonté, il faut des grâces nouvelles, il faut alimenter l'âme, il faut la nourrir, la sustenter. L'Eucharistie est la nourriture de l'âme, pain des forts, non pas surtout en ce sens qu'il est réservé aux forts» mais tout aussi ibien en ce sens qu'il est fait pour les faibles afin qu'ils deviennent forts. Pain vivant qui donne la vie, Pain divin qui, au lieu d'être assimilé, s'assi-

mile celui qui le reçoit et, par sa force, transforme l'homme en Dieu. Ainsi qu'il est raisonnable, c'est le supérieur qui élève à lui l'inférieur et se l'assimile. Mystère de physiologie surnaturelle, d'ailleurs analogue à l'autre.

Si l'on se (place à ce centre de perspective, non seulement on comprend la décision récente mais encore on s'étonne qu'elle ne soit pas intervenue plus tôt. C'est que Rome est éminemment ipatiente et qu'elle attend que les méfaits d'un abus soient bien clairs afin de ne pas créer un plus grand mai en voulant apporter des remèdes hors de saison. Ellle avait d'ailleurs soin toutes îles fois qu'elle approuvait des statuts diocésains qui retardaient l'âge de la première communion de « réserver les droits des enfants ». Et cette formule était admirable. Le droit de l'enfant, on ne saura jamais, surtout on ne dira jamais assez tout ce que l'Eglise a fait pour lui. C'est que l'enfant, c'est l'avenir, c'est la vie, et tout le reste n'eri que le passé.

Si l'on vient à dire que l'enfant de sept à huit ans eomjprend et sait moins ce qu'il fait en communiant que l'enfant de dix à douze ans, une minute de réflexion permet de répondre. En face du mystère de l'homme nourri de la chair et du sang de l'Homme-Dieu, pense t-on que trois ou quatre ans de plus donnent de bien plus grandes lumières? Ce serait le

cas de demander avec les stoïciens : dix lanternes sous les rayons éclatants du soleil éclairent-elles «plus qu'une seule? Il faut sans doute une lanterne, un lumignon d'intelligence et de raison, mais il faudrait être rationaliste pour accorder dans l'action mystérieuse des sacrements une part trop considérable à la raison. Et quand on est rationaliste, on ne croit pas à l'Eucharistie.

Une critique plus spécieuse a été celle que Ton a tirée de l'assiduité aux catéchismes. On a dit, et M. de Narfon a rapporté cette opinion d'un honorable ecclésiastique dans le Figaro, que les catéchismes étaient suivis parce que la première communion était au bout, que si la première communion est reportée aux débuts de la raison, les catéchismes seront désertés, et que la connaissance de la religion, déjà insuffisante, deviendra plus faible et précaire encore. Pour les mêmes raisons, la Lanterne et le Rappel ont applaudi ironiquement à la décision romaine. Les enfants paraissent ainsi devoir échapper de plus en plus à 1" influe ix-e du prêtre.

Les principes théologiques admirablement développés ppr le cardinal Ferrata dans une interview, disent ce qu'il faut penser de cette objection, combien en droit elle est vaine pour tout esprit vraiment religieux. En fait, elle interprète mal les réalités. Il y a deux sortes de premiers communiants : ceux à qui on fait

faire la première communion pour qu'ils n'aient plus à venir à l'église ensuite, et ceux qui, vraiment chrétiens, voient dans leur première communion un portique qui s'ouvre et non une porte qui se ferme. Ceux-ci, les seuls intéressants, parce que îles seuls vivants, continueront à s'instruire des vérités religieuses et ils continueront avec d'autant plus de constance et d'ardeur qu'ils y seront poussés par la sève eucharistique. Les autres, on ne sait jusqu'à quel point la grâce opère sur eux et, à supposer qu'ils désertent, à seize ans, à vingt ans, en sauront-ils beaucoup moins que n'en savaient leurs devanciers?

Et les relations avec le prêtre, a-t-on songé que bonnes aux bons elles sont souvent désastreuses aux indifférents? Qui sait si pour beaucoup d'âmes un certain état comme de jachère religieuse, n'est pas la condition préalable d'un réveil? On ne sent toute l'horreur du manque de Dieu que quand on l'a tout à fait perdu.

Pie X poursuit avec continuité son action. Il ramasse le troupeau, il en concentre les forces, il épure et il éprouve, il veut la qualité et non pas la quantité. A l'extension, il préfère l'intensité. On pourrait le prouver par tous ses actes. Il nargue la prudence humaine et ne veut pas qu'on altère les pures fêtes chrétiennes. La première communion ne doit pas

être semblable aux fêtes païennes de la puberté.

La religion ne proscrit pas les émotions, même celles qui viennent des sens extérieurs. Mais il ne faut pas que la religion qui se suiperipose à ces émotions ou qui par elles sVxpnme, puisse se confondre avec elles. Les auteurs profanes ont trop dit que le catholi-. cisme n'était qu'une sentimentalité vague née à l'ombre des hautes voûtes, sous la clarté bleue des grandes verrières, aux chants de l'orgue, dans les nuages d'encens. Le catholicisme est une foi au mystère, à l'action directe du divin sur l'âme humaine, par des rites simples, symboliques, mais austères. Il n'exclut ni l'art, ni la poésie : étant divin, il est imprégné de beauté pure, il s'alimente à des sources mystérieuses, il courbe l'âme devant la mince rondelle de pâte blanche qui est Dieu, il donne ce Pain aux enfants. Fallût-il sacrifier toutes les beautés anciennes, nous savons que toute la poésie, toutes les fêtes terrestres ne valent pas le soupir d'amour que jette vers Dieu une âme d'enfant. Mais nos évêques et nos prêtres trouveront le moyen de ne pas priver nos églises des cérémonies liliaîes et émouvantes, de ne (pas éteindre dans nos rues banales, aux dimanches de mai, la lumière blanche des commuinantes,

Vers F Avenir et vers la Vie

Dans quelques heures II va naître. On ne peut parler que de Lui.

Les traités, les guerres, les scandales^ les catastrophes, les grèves, tout le fracas du monde, tout le tintamarre des cervelles, tout céda s'oublie. Il va naître et les cierges s' allument dans le monde entier devant des crèches et des bougies brillent à travers les branches vertes des sapins chargés de fleurs et de jiouets.

Il va naître. — Marie et Joseph sont arrivés dans Té table. Marie, pesante, repose sur la paille ses membres las. Dans sa candeur clairvoyante et immaculée, pleine de Dieu, elle sourit au mystère.

Il y a /près de deux mille années. Et le sourire de Marie rayonne encore à travers la nuit. Parce que un tel sourire a pu éclairer la terre, parce que ce petit Enfant est né, la face du monde a été changée.

L'enfant, qui n'était rien que par la gi&'C

et la volonté de son père; l'enfant, qui n'awi.i que îles droits que son père lui accordait; 1 enfant, qui pouvait être abandonné, rejeté hors de la famille, ou inême jeté au Barathre; l'enfant, qui n'avait d'au1: :i d'exigence que d'a—urer à ses ancêtres le culte fa !'■ nfant devient un être &aeré, sa faiblesse revêtue d'espérances intimes a des droits qui inclinent devant son berceau même La majesté du front paternel.

L'avenir n'est plus au service du pai ■ pa6e i qui doit être au service de l'avenir. Il faut laisser les morts ensevelir les morts. C'est en avant qu'il faut regarder. En avant, par delà les tombes. En avant, du côté des berceaux. En avant, du côté de la vie qui, comme un soleil, se lève.

Et par l'enfant la mère, la femme devient sacrée. Le mariage esl indiss oiuble. La femme vieillie, dépouillée de ses charmes printaniers. la compagne respectée de l'homme. La faiblesse porte en elle un prestige mystérieux qui courbe devant elle la force du corps. La chevalerie affine et aiguise les sentiments i Bulins, baigne de douceur la robustesse preux.

L'esclavage est frappé au cœur. De l'autel il n'y a plus ni juif ni gentil, ni grec li barbare, ni maître ni esclave. Tous sont Sgaux. Egalement nobles, dira plus tard le

catéchisme du Concile de Trente. Non que Je christianisme ait décrété brusquement l'abolition de T esclavage, ni qu'il ait bouleversé les rangs sociaux. Mais du jour où le maître chrétien fut averti que son esclave était un frère du petit enfant de BethiLéem, qu'en conséquence cet homme n'était pas une chose dont on pouvait faire tout ce qu'on voulait, il connut en môme temps qu'en cet homme esclave il y avait quelque chose qui limitait sa maîtrise. Dans la faiblesse de l'esclave rayonnait une force nouvelle, la force du (droit qui s'impose d'abord aux âmes et qui, peu à peu, à la (longue, finit par se faire un corps, par se conquérir les corps, par s'imposer matériellement à eux.

Il peut sembler à bien des gens que l'onde de vie qui s'élança de Bethléem au moment où l'Enfant naquit, n'a plus autant de fécondité. Les incroyants nous disent que la commémoration ne s'opère plus que dans les fêtes païennes du réveillon, dans les jeux des arbres de Noël ou dans les patenôtres d'un nombre toujours moindre de dévots. Et les chrétiens gémissent avec le Joad de notre Athalic. :

D'adorateurs zélés à peine un peiit nombre Ose des premiers temps nous retracer quelque

[ombre.

Et en effet, il y a peut-être, à tout prendre, moins d'églises, moins de pratiquants. La

sainle nuit, dans nos villes, est. blasphémée par l'orgie.

Mi'is ne nous laissons pas duper par ces choses trop visible*. Ce sont les masques dont ravre La réalité.

Peut-être le nombre des lanternes qui* I Jeendant des collines > - - gilises, font clignoter leurs feux dans la nuit, est-il en effet moins grand. .Mais tes coeurs qui ont allumé ces feux ne sont-ils pas plus ardents, les yeux que guident ces pauvres falots ne &ont-ils pas plus profonds, les mains qui les portent ne sont-elles pas plus fermes ? Des étiquettes ebrétiennefi sont tombées, oui, mais tombées de vases vides. Celles qui restent maintenant, éprouvées par les vente d'orage, ne s'attachent qu'aux vases pleins.

Ceux qui, cette nuit, ont alCumé leur petite lampe pour commémorer la naissan Enfant, hommes de pensée ou hommes d'action, hommes d'Eglise, d'Univensité ou d'Armée, hommes du commerce, de l'agriculture ou de l'indu- trie, étudiants de tout ordre, ont eu la nette conscience que leur geste était plus qu'un geste, qu'il exprimait le fond même de leur vie et qu'il les mettait en communion avec tout ce qu'il y a dans le monde, dans ce monde, même dans le monde qui les insulte et qui les renie, de plus haut et de meilleur.

On ne sait pas assez combien ils sont nom-

breux ceux qui croient, ceux qui savent pourquoi ils croient. Quelques-uns forment des groupes, mais la plupart demeurent à peu près des isolés, fidèles dans le troupeau des fidèles. Dans les grandes villes comme Paris, ils s'ignorent îles uns les autres et ne cherchent même pas à se connaître. Il en est tout de même ailleurs. Ils ont souffert, et dans leur foi même, de voir comment, dans iles groupes, autre chose que la religion voulait se servir de la religion. Us ne veulent servir que Dieu et, quel que soit lie nom de César, ils se refusent à se laisser asservir par ihii.

Le jiour où toute ombre de César sera exorcisée, où apparaîtra, pure, La face de la Foi qui est leur vie, de toutes parts et souvent d'où on les attendait le moins, on les verra accourir. Et alors peut-être, c'est parmi ceux que il' on vante maintenant et que l'on regarde comme les plus sûrs, qui sont tout au moins les plus bruyants, que se produiront îles défections.

Et tous ceux qui cherchent à tâtons dans la nuit, tous ceux qui, mécontenta du présent, veulent élaborer le mystérieux avenir, tous ceux qui aspirent à plus de lumière, à plus de justice, à plus de bonté et à plus d'amour, est-ce qu'ils ne cherchent pas précisément ce que l'Enfant est venu leur apporter? Us ne voient pas l'étoile ni les lumières de l'église,

mai-, ils entendent vaguamieni les cloches et

ils marchent, parmi les fondrières, vers l'ap- [im' des -'M!- Lointains. Elegandez quelle est leur, foule : -avants, sociologues, poètes, artistes, buvriers, dont quelques-uns se croient les ennemis de Jésus et qui, sans lf savoir, marchent à sa voix.

D'autres se scandalisent de ce que ceux qui si' réclament de l'Enfant paraissent lui tourner le do9. On accuse les clergés, les églises, et en particulier notre clergé catholique, notre pjglise, de ne savoir plus comprendre l'appel ineffable à la d luceur et à la paix.

Eux r.i ii plus m' comprennent pas. Il y a ?ans doute de l'humanité partout el avec l"hupaanité l'esjpril d.' contention, l'esprit de domination el de hauteur. -Mais considérez la masse frémissante de foi, du pus humble des tidèles au Chef suprême et vénéré de cet h1 hiérarchie et dites si jamais il y eut plus de labeur vers le mieux, plus d'effort vers les rimes surnaturelles. Hommes aux yeux myopes, hommes iî>' peu de foi, les taupinières vous dérobent la vue des montagnes. La terre entière est en travail. Un état nouveau du monde va naître. La matière en fusion gronde et bouillonne; elile est tout informe encore, mais elle demeure prête à épouser les formes solides qui, seules, peuvent lui donner et consistance et durée. Et d"une main à la fois prévoyante et forte,

les Préposés à la durée assurent' la pureté parfaite des lignes, il a rénistance, la solidité des axes de direction,

Noël, Noël! En avant, par delà les tombes; en avant, vers les berceaux; en avant, vers l'avenir et vers la vie!

La Vi

le

Affiches vertes

Durant quelques jours, de grandes affiches vertes ont couvert les murs d'une Lettre ouverte à M. le Sénateur Bérenger. Voici l'incident ^qui a donné lieu à ces affiches.

Depuis quelques années un certain nombre de personnes, parmi lesquelles se trouvait avant son suicide Je fameux M. Robin, l'exdirecteur de l'Orphelinat de Cempuis, font auprès des classes ouvrières une propagande néo-malthusienne. Elles veulent pousser les ménages prolétaires à suivre l'exemple de tant de ménages bourgeois, et leur indiquer les moyens pratiques de restreindre leur progéniture. Elles ont fondé une Ligue, organisé une campagne de conférences, elles propagent des écrits qui enseignent leurs doctrines et entrent dans les détails les plus répugnants.

Il peut y avoir, il y a même certainement parmi les prédicateurs de ces théories des gens qui croient servir une idée et qui n'y ont

personnellement aucun intérêt. En sorte que si ignoble que soit en elle-même leur propagande, on ne saurait sans injustice leur donner à tous la même qualification. Ce sont des cerveaux fêlés, des intelligences détraquées, des fous peut-être, mais non pas des êtres immondes.

Cependant à côté des gens désintéressés, il y en a qui le sont moins, il y en a qui ne le sont pas idu tout.

Les pratiques recommandées par les néomalthusiens demandent en effet un outillage. Il y a donc des marchands d'outils.

Un de ces marchands — peut-être le seul — et qui joint à ce commerce celui d'un autre outillage beaucoup plus ignoble encore, a eu l'idée de se servir de la Ligue pour achalander ses produits. Pour cela il a créé un journal. Ce journal soutient les doctrines néo-malthusiennes et il joint à l'exposé de ces doctrines des textes nettement obscènes. Organe de publicité, sans abonnés attitrés, ce journal est naturellement répandu à profusion.

Devant cette invasion pornographique, M. le sénateur Bérenger, comme président de la Ligue contre la licence des rues, détposa une plainte au parquet pour outrages aux bonnes mœurs.

Le journal fut poursuivi, condamné en police correctionnelle. La condamnation fut confirmée en appel et la Cour de cassation a

rejeté le pourvoi formé par l'honorable industriel.

C'est au lendemain de cet arrêt qu'un certain nombre de publicistes, quatre ou cinq médecins et cinq ou six députés ont cru devoir écrire à M. Bérenger la lettre ouverte dont on tapisse nos murs.

Ils y proclament que le néo-malthusianisme eâl une doctrine philosophique sérieuse et qui n'a rien d'immoral, qu'elle est au contraire une panacée universelle qui doit relever la famille, empêcher la guerre, résoudre la question sociale. Ils soutiennent qu'assimiler cette doctrine à une obscénité c'est lui faire injure et ils demandent enfin qu'un nouveau de loi définisse avec précision « l'outrage aux bonnes mœurs ».

Sauf cinq ou six, les noms qui signent cela sont des noms sans autorité, presque sans notoriété. Un seul est illustre. On regrette qu'il se trouve dans une pareille mêlée. Son art délicat méritait d'autres compagnons. Mais à celui-ci même, aussi bien qu'à tous les autres, on peut bien dire qu'aucun d'eux ne s'est illustré en relevant les courages, en haussant les cœurs, en augmentant de façon effective et incontestable la somme de bonté et de vertu.

Mais on ne peut s'empêcher d'admirer l'art avec lequel l'honorable industriel qui fut seul atteint par les poursuites et par les condamnations, car les jugements et arrêts ne portent

nullement sur les théories mais sur les détails •obscènes, a trouvé le moyen de se faire couvrir par des hommes désintéressés. Ceux-ci ont été ses premières dupes.

Il est important d'abord que sur ce point même le public ne les suive pas. Il n'y a pas eu de victime, pas le moindre soupçon de martyre, mais la répression d'une indigne exploitation.

Quant aux théories néo-maithusiennes il est ici bien inutile de les réfuter. Elles ont contre elles toute la sainteté du mariage, toute la pudeur chrétienne.

Et que trop de ménages bourgeois et qui se disent chrétiens les appliquent, cela n'est pas contestable. Le livre du docteur Bertillon sur la Dépopulation (1), livre excellent entre tant d'autres écrits, en fournit la preuve évidente.

Mais ce livre fait voir aussi que si la restriction de La natalité, loin de s'arrêter, se propage et se développe, nous pouvons nous •apprêter à voir le flot germanique envahir notre pays et l'occuper presque sans coup férir. Nous serons -submergés et débordés.

Ici les néo-malithusiens ont raison. N'ayant plus de soldats, la France ne pourra plus faire

(1) in )80 Alcan, 1911. Il faut y joindre l'ouvrage plus récent encore de M. Paul Leroy-Beaulieu, paru sous le même titre à la même librairie, in- 12, 1913. I

la guerre, mais Les Français deviendront Prussiens. Je ne peu-'' f>as que ce soii cela qui résoudra la question sociale.

Quant à la famille, il n'y a guère que des célibataires ou des gens qui vivent en marge de la famille qui puissent croire que le désordre apporté dans les fonctions naturelles les plus délicates et les plus envahissantes s«>if un moyen pour maintenir l'ordre. Les familles les plus unies sont celles où il y a des enfants et beaucoup d'enfants.

Le néo-malthusianisme ne résout aucune question. Il n'est qu'un appel au plus féroce égoïsme, l'égoïsm** de ceux qui. vivants, veulent entraver l'essor de la vie. Cet égoïsme n'esl pas bienfaisant. C'est lui la source des guerres, la source des haines sociales. C'est, contre lui qu'il faudrait lutter. Et c'est pour lui au contraire qu'on voudrait nous voir lutter. Lutter pour la mort contre la vie. Et cela sur de belles affiches vertes, vertes, couleur d'espérance. 0 ironie!...

La civilisation et la vie

Nous sommes très fiers de ce que nous appelons notre civilisation.

Si Ton compare la vie d'un paysan de notre temps à celle de son grand'père, au commencement du dix-neuvième siècle, on ne peut qu'être frappé par les progrès accomplis.

Le grand'père s'habillait de grosses étoffes, de toiles grossières fabriquées dans le pays; — le petit-fils porte des chemises dont le coton vient de l'Amérique, des habits dont la laine vient de l'Argentine ou du Brésil.

Le grand'père mangeait chaque jour la soupe et quelque maigre pitance; la viande de boucherie paraissait sur sa table deux fois par an, à la fête votive et au carnaval; le café était un luxe extraordinaire; on usait du sucre comme d'une précieuse denrée; — le petit-fils a un ordinaire -deux fois par jour, il mange souvent du salé de porc et de temps en temps de la viande de boucherie, il prend son café

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tout au moins chaque dimanche »! le s

abomlaiuMienl.

Le grand'père s'éclairait avec des chand< de résine ou avec le canel, l'ancienne lam/pe romaine dont la mèche trempait à même dans l'huile de noix: — le petit-fils s'éclaire au pétrole, parfois il a l'électricité jusque dan- -a grange.

Le grand'père n'était jamais sorti de son village que pour aller à pieds tout au plus au >hef-lieu du département; i! lisait peu quand il savait lire, ne savait que par ouï-dire que pouvait bien être un journal, n'écrivait pas de lettres, n'en recevait point; — le petitfils prend le tram électrique ,pour se rend] la ville, il est -allé à Paris en train de plaisir lors de la dernière exposition, il reçoit deux fois chaque semaine !e Xouvelliste ou le Progrès de son arrondissement; il écrit ou reçoit une ou deux lettres par semaine; ses filles envoient des cartes postales; il a expédié des télégrammes à son fils quand il était au service pour le prévenir de la mort de sa grand' mère; il a même une fois, au café, vu parler clans le téléphone.

Ce qui veut dire que les facilités de la vie ont augmenté, que les conditions extérieures 8n bien- se sont accrues. Les deux Mondes

■ont au service du plus humble des hommes. les découvertes les plus étonnantes lui assurent ilité de. forces les plus mystérieuses de

la nature. La foudre qui terrifiait son grand7 ipère le véhicule à présent lui-même. L'homme dispose de plus de forces, il peut aller plus vite, aller plus loin, donner à son activité un rayonnement beaucoup plus grand. Sa vie s'est donc développée, étendue, agrandie. Et c'est précisément cet agrandissement du champ de la vie que l'on appelle le progrès de la civilisation. On dit que l'homme est d'autant plus civilisé que sa puissance de vie est plus grande. La civilisation paraît donc être ce qui alimente, développe, augmente la vie. Plus on est civilisé, plus on vit.

Mais à cette voix qui proclame, triomphante, les valeurs de la civilisation, une autre voix, douloureuse, funèbre, répond : « Plus on est civilisé, plus on meurt ». La civilisation qui devait agrandir la vie engendre la mort.

Car voici ce que nous pouvons constater partout. A mesure que la civilisation, telle que nous Pavons décrite, progresse, le nombre des naissances diminue, les ménages se disloquent, le divorce s'établit et progresse, le nombre des suicides augmente et, pour comble, la criminalité monte.

Ne parlons aujourd'hui ni du divorce ni du crime, bornons-nous à ce qui atteint plus directement la vie, le suicide et la dépopulation. C'est un fait qui fut tout d'a,bord constaté en France, aux environs de 1881. La publication

des statistiques du ministère de la justice pour les cinquante années précédentes lit ressortir ce fait évident que le nombre des suicides, de 1831 à 1881, avait quintuplé. Depuis, la progression a été constante. Et en même temps le nombre des naissances diminue, et diminue à tel point que les naissances n'arrivent plus à combler chez nous les vides produits par la mort. En 1911, il y a eu chez nous en chiffres ronds un excédent de 30.000 décès sur le chiffre des naissances. Ce qui signifie que dans quelques -î.'rles la race française aura disparu.

Cette diminution des naissances ne tient pas à la diminution du nombre des mariages. On se marie autant qu'autrefois. Elle ne tient pas davantage à des causes fatales, d'ordre physiologique ou ethnique. Elle n'a qu'une seule cause : la volonté. Il naît moins d'enfants parce que les parents veillent à ce qu'il en naisse moins. Le suicide de la race n'est pas moins volontaire que le suicide individuel

Mon ami Paul Bureau emploie à combattre ce mal toute son éloquence et toute sa générosité. Le néo-malthusianisme avec l'infamie de ses précautions, l'avortement criminel, sont les deux instruments de ce suicide. Xon seulement on empêche la vie de naître, mais une fois ébauchée on la supprime criminellement. Le nombre des avortements de toute nature est estimé par les médecins

bablement au tiers, peut-être à la moitié du nombre des naissances. Et sur ces avortements un tiers au moins est le produit d'opérations criminelles.

Toutes ces manœuvres qui veulent barrer la route à la vie sont d'ailleurs aussi dangereuses pour les malheureuses femmes que pour la race. Dans un très substantiel rapport que publie le Relèvement social, le docteur Le Bec, réminent chirurgien de l'hôpital Saint-Joseph, montre que les pratiques préeonceptionnelles prônées comme inoffensives par les néo-malthusiens engendrent un grand nombre de maladies et il cite un vœu du Congrès international des sociétés d'Obstétrique, où il est dit que« dans l'avortement criminellement provoqué, un fait est incontestable, c'est la grande fréquence et l'extrême gravité cl es accidents consécutifs aux pratiques coupables. Les statistiques établissent que : dans La majorité des cas, de longues et sérieuses maladies s'ensuivent; dans les deux tiers des eas environ, des affections très graves mettent la vie en péril et occasionnent une incapacité fonctionnelle définitive... »

«Ce que nous avons constaté en France se constate aussi ailleurs, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne. Cette année, la Prusse a jeté le cri d'alarme. La natalité .a baissé en Allemagne de 1 0/0 de 1910 à 1911. Le chiffre des suicides y augmente aussi. Et la

Gazette de V Allemagne du Nord commentant

les statistiques écrit : « Une loi sociale enseigne que l'amélioration du bien-être a pour immédiate conséquence une diminution du chiffre des naissances. L'Histoire montre qu'une haute civilisation (produit toujours de semblables effets ».

Ainsi la civilisation qui paraissait devoir accroître la vie, en tarit la source. Elle n'est pas vivifiante, elle se montre au contraire léthifère. Elle paraissait couronnée de roses, et sur ses pas naissent les cyprès. Il semblait que sous les flots de la lumière électrique, c'était le chœur des Grâces, pleines de santé, de force, de vie, de beauté qui devait dérouler ses rondes et nous n'assistons qu'à la plus affreuse des danses macabres. Comment de ce qui devait étendre la vie, la mort est-elle née, comment ce qui devait donner plus de puissance à l'individu le pousse-t-il à arrêter à travers la race le cours de la vie et finalement à se supprimer lui-même? — Le problème mérite qu'on y revienne.

Le désir et la vie

La civilisation qui devrait étendre, propager, élever la vie, donne au contraire la mort, propage le suicide des individus et le suicide des races. D*où vient que cet arbre qui devrait être et qui pourrait être bon porte de si mauvais fruits?

Tout simplement de ce que Ton n'a voulu considérer dans la civilisation que les progrès par lesquels l'homme peut améliorer son bienêtre matériel, donner satisfaction à un plus grand nombre de ses désirs. On a cru améliorer le sort de l'homme à mesure qu'il pouvait davantage satisfaire ses désirs ou en satisfaire un plus grand nombre. Nous aimons la lumière et durant la nuit nous désirons y voir clair, de plus en plus clair : on invente donc les torches, les lampes à huile, les cierges de cire, les chandelles de suif, les lampes carrai, I- s bougies, les lampes à pétrole, l'éclairage

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