XI. — L'Enterrement (tes porteurs
JSÉE DU LOUVRE
PHOT. DRUET
XIL— L'ENTERREMENT (Fin) LES PARTISANS DE L'ARTISTE
Le groupe des amis de Courbet donna vigoureusement la réplique aux détracteurs de l'Enterrement. Champfleury écrivit plusieurs articles pour défendre l'œuvre figure par figure. Moins connu, mais peutêtre mieux inspiré, est le panégyrique de Sahathier- Ungher dont voici quelques extraits :
(( Depuis le Naufrage de la Méduse, rien d'aussi fort..., rien d'aussi original surtout n'avait été fait chez nous... » Vous dites que cette peinture est triviale? Ce qui est trivial et brutal, c'est notre civilisation, qui appelle au culte des morts des hommes vulgaires. Le grotesque ne tient pas plus de place dans la toile de Courbet que dans la vie. A côté de quelques mercenaires, indifférents par habitude, ou de quelques assistants distraits, il a peint la dignité calme du prêtre qui remplit un sacerdoce, la douleur poignante des parents et des amis... On a ri du tricorne, des guêtres et des bas bleus des deux vieux paysans. Ces costumes démodés leur enlèvent-ils quelque chose de leur recueillement ou de leur pitié, exprimés avec autant de noblesse que de naïveté et de bonhomie ?
Certaines parties sont dignes du Titien et de Zurbaran par la sévérité du ton, la large simplicité du modelé, la fermeté du dessin, la gravité des atti-
tudes... Personne aujourd'hui ne sait mettre plus d'unité dans la niasse, plus d'homogénéité dans l'ombre et la lumière...
<( Ce n'était pas chose facile que de donner de la dignité et du style à tous ces costumes modernes. Je me sers à dessein de ce mot de style : je ne vois pas un détail mesquin ; la forme est toujours ample, et ce qu'il y a d'anguleux et d'étriqué dans nos vêtements... est habilement perdu dans la masse des groupes, noyé dans un ton sombre et harmonieux. Je soutiens, pour ma part, que loin d'être tombé dans la vulgarité et le matérialisme, M. Courbet a idéalisé et stylisé son sujet, autant qu'il était possible...
(( Vulgaire ce tableau I Mais regardez donc ce paysage rigide, solennel et ce ciel lamentable, d'oîi semble sortir une harmonie funéraire, basse mystérieuse de ce chant lugubre de mort. L'herbe verdit tristement sur la colline... et le soleil quittera bientôt la terre oii le cadavre va descendre et qui le recouvrira pour jamais... Et l'image du crucifié domine toute cette scène. ... Le tableau de M. Courbet finira par arriver dans quelque galerie dans un siècle ou deux... il sera classique l ))
L'ENTERREMENT n'a pas attendu si longtemps pour trouver la place qui lui était due. Refusé à l'Exposition universelle de 1855, exposé avenue Montaigne la même année, il a été donné par M"^ Juliette Courbet, en 1882, au Musée du Louvre, où il est universellement considéré comme une des œuvres maîtresses de notre temps.