‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 13 sur 50 · XIII. — LES DEMOISELLES DE VILLAGE · texte numérisé non relu

XIII. — LES DEMOISELLES DE VILLAGE

Si Courbet n'avait pas été fâché de tout le vacarme fait autour de son nom, certaines critiques cependant lui étaient restées sur le cœur. Il y pensait plus qu'il n'aurait dû en composant les Demoiselles DE Village, qu'il annonçait en ces termes à Champfleury, avant l'ouverture du Salon de 1852: (( J'ai dévoyé mes juges ; je les mets sur un terrain nouveau : j'ai fait du gracieux. Tout ce qu'ils ont pu dire jusqu'ici ne sert à rien... »

C'est à Courbet qu'il arriva plus d'une fois d'être « dévoyé » par ce besoin de démontrer qu'il était capable comme un autre de « faire du gracieux ». Il réussit quelquefois ainsi à désarmer la critique, mais, en 1852, ces demi-concessions ne lui valurent qu'un nouveau concert de railleries.

Le paysage parut d'une exécution assez forte, mais désert, sans attrait, a entaché de matérialisme ». Les (( demoiselles » (c'étaient les trois sœurs de Courbet) furent jugées gauches, vulgaires, roides, endimanchées, en un mot fort disgracieuses. Comme elles ont bien fait, disait-on à l'envi, de se cacher dans un endroit aussi sauvage J M. Courbet est bien malheureux de ne pas connaître de plus jolies jeunes filles f II faut lui savoir gré de n'en avoir pas mis plus de trois I

« Je comprends — ajoute la Chronique de Paris — que l'on traite assez mal l'espèce humaine, mais qu'est-ce que les chiens lui ont fait? Celui-là est un affreux petit bâtard..., c'est le déshonneur de sa mère... » Encore reconnaît-on que le chien est bien peint. Quant aux vaches, on s'accorde (avec raison d'ailleurs) à déclarer qu'elles paraissent lilliputiennes, de carton, à l'usage des enfants.

L'auteur a mérité la plaisanterie — reconnaît Alfred Crùn — par sa brutalité de montagnard comtois, son audace, son orgueil et son 'mauvais goût. Mais (( sous les violences sincères ou affectées, sous le ridicule et les gaucheries plus ou moins volontaires, il est impossible de méconnaître une rare aptitude à saisir et à rendre la nature. » Le vallon « est d'une fermeté de ton, d'une franchise de lumière, d'une vérité locale que l'on pousserait difficilement à un plus haut degré. » Les vaches, enfin, ne paraissent trop petites que parce que l'artiste n'a pas rendu suffisamment intelligible leur éloignement. Un détail si facile à corriger ne justifie pas la sévérité de la critique.

Les Demoiselles de Village, achetées par le duc de Morny, ont figuré à l'exposition universelle de 1855 et à l'exposition privée de 1867. Séquestrées en 1876 avec les œuvres de Courbet, elles furent rendues non sans peine à la duchesse de Morny. Acquises ensuite par M. Durand-Ruel, elles ont récemment passé en Amérique.

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