‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 14 sur 50 · XIV. — ENVIRONS D'ORNANS · texte numérisé non relu

XIV. — ENVIRONS D'ORNANS

Nous avons déjà entrevu le pays natal de Courbet dans le décor de quelques-unes de ses compositions. Mais les paysages des environs d'Ornans ont fourni au peintre le sujet de plusieurs centaines d'études ou de tableaux, répartis d'un bout à l'autre de sa carrière artistique.

Dans cette région, où il ne manquait jamais d'aller se retremper entre deux séjours à Paris ou deux voyages à l'étranger, il aimait planter son chevalet devant les vallées sauvages de la Loue ou des ruisseaux du Puits-Noir et de Plaisir-Fontaine. Dès le collège, sous la direction du père Beau, son vieux professeur de dessin, il s'était exercé à copier leurs grottes, leurs cascades, leurs gorges dénudées ou boisées, leurs cirques de roches imposantes, et l'on peut dire que presque chaque année de sa carrière vit reparaître des paysages inspirés par ces sites familiers. Rappelons, parmi les plus connus, les

Bords de la Loue des Salons de 1849, 1852 et 1857, le Ruisseau du Puits-Noir, de 1855 et le Ruisseau Couvert de 1865 (au Louvre).

C'est sans doute peu après 1850 que fut peint — ou plutôt, selon sa propre expression, que fut crépi — un des plus puissants parmi ces paysages, le massif de rochers reproduit ci-contre et qui a figuré dans la collection VoUard.

11 est assez voisin d'une autre toile de la même époque, la Roche de dix heures, à propos de laquelle Gautier, peu enclin cependant à sympathiser avec Courbet, engageait l'artiste à cultiver (( le grand paysagiste » qui était en lui. « La Roche de dix heures — ajoutait-il en 1855 — mérite qu'on s'y arrête. Une énorme masse de grès, d'un ton argenté, projette sur un gazon d'un vert vif une ombre noire découpée crûment. Au-dessus de la roche, brille, à travers les broussailles, un petit bout de ciel bleu : il y a là un bel accent de vérité et une puissance de couleur rare. »

11 faut bien avouer que tout n'est pas du même mérite dans cette très nombreuse série de paysages des environs d'Ornans. A côté de quelques œuvres de premier ordre on trouve bien des répétitions que l'abus du couteau à palette rend lourdes et opaques. Ajoutons que les amateurs se méfient avec raison de certaines de ces toiles, faites de pratique, que l'artiste, même dans ses mauvais jours, n'auraitpas commises et qui n'ont de Courbet que le nom.

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