‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 16 sur 50 · XVI. — LES LUTTEURS · texte numérisé non relu

XVI. — LES LUTTEURS

On se souvient peut-être d'une certaine Nuit CLASSIQUE DE Walpurgis, peinte par Courbet en 1841 et mentionnée par nous à sa date. Quand le rajeunissement des jurys permit à l'artiste d'exposer cette couvre, au Salon de 1848, elle provoqua cette exclamation prophétique de Champfleury : « Je le dis ici, qu'on s'en souvienne I Celui-là, l'inconnu qui a peint cette NUIT sera un grand peintre ».

L'occasion ne nous manquera pas de constater la robuste confiance de Courbet en son talent, et il nous y a autorisés lui-même en se proclamant (dans une inénarrable conversation avec M. de Nieuwerkerquej « l'homme le plus orgueilleux de France I » Nous devons donc noter ici que malgré l'éloge de Champfleury, le premier en date, croyons-nous, qui ait été imprimé sur un de ses tableaux, l'artiste jugea son œuvre avec si peu d'indulgence, qu'il la barbouilla un jour pour peindre sur la même toile une composition nouvelle.

Ce sont LES LUTTEURS (de la collection Léon Hirsch, à Chenonceauxj, qui ont pris la place de la Nuit de Walpurcis. Ils furent exposés juste au-dessus des Baigneuses dans cette salle des Menus-Plaisirs où le Salon (qui se tenait précédemment au Louvre, puis au Palais-Royal), venait de s'ouvrir en mai 1853.

Cette ceuvre singulière esta consulter si l'on veut savoir combien incertaine encore est à cette époque la doctrine réaliste. Le couronnement de l'arc de l'Etoile, entrevu au-dessus de la barrière de l'Hippodrome, nous avertit que la scène se prétend moderne. Mais devant ce décor de plein air, d'une « crudité insolente )>, brossé à la diable, et relégué au dernier plan, sur un terrain de convention qui supporte mal le poids des figures, le peintre a construit deux académies poussées au noir, éclairées par un jour factice d'atelier. Les ombres, lit-on dans l'Artiste, sont d'un ton à réjouir les marchands de cirage.

Le maître se révèle d'ailleurs par de magnifiques coulées de pâte, de souples modelés, des raccourcis audacieux. Mais ces qualités ne sauvèrent pas l'ceuvre. Delacroix, fort mal disposé pour les Baigneuses, trouve dans les Lutteurs le même manque d'accord entre les figures principales et le fond, qui les tue et dont il faudrait « ôter plus de trois pieds tout autour. » — <( Pourquoi chercher l'ignoble ? » s'écrie Boyeldieu d'Auvigny. Tableau «repoussant» dit Horsin-Déon, et dont la présence au Salon ne s'explique pas f

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