‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 19 sur 50 · XX. — PROUDHON ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

XX. — PROUDHON ET SA FAMILLE

Un autre écrivain doit figurer dès maintenant dans la galerie des amis de Courbet. C'est vers 1848 que le peintre se lia avec Pierre-Paul Proudhon, son compatriote (il était né à Besançon) et son aîné de dix ans. A cette date, le célèbre théoricien socialiste, élu député après avoir été successivement bouvier, garçon de cave, employé d'imprimerie et commis dans une entreprise de bateaux remorqueurs, avait déjà publié ses ouvrages fameux: Qu'est-ce que la propriété ? (1840) et Solution du problème social (1848). Il développa certainement les aspirations démocratiques de Courbet et contribua à en faire un bruyant, sinon dangereux révolutionnaire. Ce qui est plus regrettable, c'est qu'avec sa manie d'attribuer un rôle moralisateur à chacun des tableaux du peintre, Proudhon a quelque part de responsabilité dans la peinture à thèse où Courbet s'égara quelquefois. Nombreux sont à notre époque les littérateurs qui nous ont privés de bonne peinture ou de bonne sculpture en voulant transformer en (( penseurs » quelques-uns de nos meilleurs ouvriers. Quand on écrira les méfaits de ces mauvais conseillers, il faudra peut-être réserver une petite place à Proudhon.

Il eut bientôt l'occasion de constater que ses efforts n'avaient pas fait de Courbet un grand logicien. En 1863, nous trouvons les deux amis collaborant à une philosophie de l'art. « C'est à crever de rire — écrit Courbet avec quelque raison. Je suis noyé dans les paperasses; j'écris tous les Jours cinq ou dix pages d'esthétique... Nous allons enfin avoir un traité de l'art moderne arrêté, et la voie, indiquée par moi, correspondant à la philosophie proudhonienne. »

L'ouvrage fut publié seulement après la mort de Proudhon, sous le titre Du Principe de l'Art et de sa destination sociale. Les idées de Courbet ne semblent pas y avoir pris la place que le peintre espérait. Le philosophe était trop peu artiste et l'artiste trop peu philosophe pour ne pas s'exaspérer mutuellement quand ils discutaient ces matières. Les jugements de Proudhon sur Courbet s'en ressentent parfois.

Le portrait de la famille Proudhon a une histoire assez compliquée. Commencé vers 1853, repris de mémoire après la mort du philosophe, il a été exposé, tel qu'il est figuré ici, au Salon de 1865. Mais la figure de M'"^ Proudhon, placée là à titre d'indication provisoire, en attendant une séance de pose qui n'eut Jamais lieu, a été effacée depuis. L'ensemble fut Jugé d'ailleurs pauvre et fade et réunit contre lui les adversaires de l'artiste et ceux de l'écrivain socialiste. Vendu 1.500 francs en 1877, ce portrait a été donné par M''^ Juliette Courbet à la Ville de Paris.

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