XXII. — LA RENCONTRE
En 1854, Courbet fit un long séjour à Montpellier chez son ami Bruyas. 11 revenait de Francfort, tout étourdi encore des discussions qu'il y avait provoquées. Au Casino, écrivait-il à un ami, on avait dij afficher un écriteau ainsi conçu : Dans ce cercle, il est défendu de parler des tableaux de M. Courbet. Chez un banquier, un soir, les invités avaient trouvé sous leur serviette un billet qui déclarait : Ce soir on ne parlera pas de M. Courbet.
A son arrivée à Montpellier, Courbet, sac au dos, en bras de chemise, vêtu d'un pantalon de coutil bleu, abandonna la vieille diligence à caisse jaune pour cheminer sur la route poudreuse, brûlée par un soleil éclatant. Bruyas, qui s'était avancé au devant de lui, le salua de la casquette, tandis que son fidèle serviteur Calas s'inclinait respectueusement et que le chien Breton s'arrêtait à distance. Telle est la rencontre que Courbet peignit bientôt à la demande de l'amateur et qui devint si célèbre à l'exposition universelle de 1855 sous le surnom de Bonjour monsieur Courbet ou la Fortune