‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 22 sur 50 · SALUANT LE GÉNIE · texte numérisé non relu

SALUANT LE GÉNIE

L'idée un peu singulière d'avoir grandi ce simple incident aux proportions d'un grand tableau fut certainement tout ce que remarqua le grand public.

Les chroniques des petits journaux et les revues de fin d'année y trouvèrent matière à d'inépuisables plaisanteries. On ne s'abordait dans la rue qu'en disant : Bonjour monsieur Courbet I Les quatrains et les chansons circulèrent, et Banville, dans une de ses Odes funambulesques, promena ses lecteurs à travers une nature désolée qui disait :

Ami, si tu me vois à ce point triste et laide

C'est que monsieur Courbet vient de passer par là,

tandis que le chœur des herbes et des saules reprenait :

Bonjour monsieur Courbet! Comment vous portez-vous?

Les plaisanteries un peu calmées, les connaisseurs admirèrent cependant la crânerie des trois portraits, plantés en plein ciel et surtout l'intensité de la lumière et la vérité du décor. « Courbet — dit Théophile Silvestre — soi-disant incapable de bien faire tout paysage qui ne lui serait pas familier, a pourtant peint, très bien peint celui de la rencontre, plein des difficultés d'un pays inconnu, pour lui surtout, accoutumé à la fraîcheur de la franche-Comté et aux ciels variés et vaporeux du Nord... Cette végétation, roussie par les vents, poudrée par le roulage, détachée en clair par l'implacable nitescence de l'azur, lui semblait un renversement d'harmonie... quoi de plus difficile à rendre que ce terrain, presque aussi clair que le ciel, que cette route où le soleil poudroie et où l'ombre s'imprime...? »

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