‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 24 sur 50 · XXIV. — LE CHATEAU D'ORNANS · texte numérisé non relu

XXIV. — LE CHATEAU D'ORNANS

A côté des Cribleuses de Blé, de la Rencontre, acceptée avec peine parce qu'on l'avait jugée, raconte Courbet lui-même, « trop personnelle et trop prétentieuse », l'artiste put faire figurer à l'exposition universelle de 1855 une certaine Dame Espagnole dont il avait fait la connaissance à Lyon. On avait accepté aussi quelques toiles antérieures comme les Casseurs de Pierres, les Demoiselles de Village, LA FlLEUSE, deux portraits de lui-même. Il avait exposé enfin trois paysages de Franche-Comté : la Roche de dix heures, le Ruisseau du Puits-Noir (à ne pas confondre avec la toile du Louvre qui porte à tort ce titre), et le Château d'Ornans, reproduit ici.

Sous ce nom, qui a intrigué quelques critiques, on désignait dans son pays natal le groupe de maisonnettes bâties au-dessus du bourg, sur l'emplacement de l'ancien château. Perchées sur la roche grise, au-dessus de la vallée humide et verte, elles se détachent dans un décor d'une ampleur et d'un calme moins exceptionnel qu'on ne pourrait le croire dans l'œuvre de l'artiste.

Cette toile, gravée par Caujean dans la Gazette des Beaux-Arts en 1878, appartenait alors à la collection Laurent Richard. Elle a passé depuis en Amérique.

Malgré l'importance de cet ensemble, il s'en fallait que Courbet fût représenté suivant ses désirs. Moins libéral que le jury de 1850, celui de 1855 refusa l'Enterrement. Il écarta aussi une nouvelle toile, l'Atelier, que nous allons retrouver bientôt. Il faut dire que, quelques mois auparavant, l'artiste avait saisi une bonne occasion de mécontenter les milieux officiels. Adoptons sa propre version d'après une lettre à Bruyas, publiée dans les Archives historiques, artistiques et littéraires de 1890-91.

Par l'entremise de Chenavard et de Français, M. de Nieuwerkerque, directeur des Beaux- Arts, avait invité Courbet à un déjeuner de conciliation. Il s'agissait de « convertir » l'artiste et d'obtenir qu'il (( mît de l'eau dans son vin. » On lui promettait en revanche une belle place à l'exposition pour tel grand tableau de lui qu'il voudrait bien soumettre au préalable à un comité officieux. Courbet répondit à ces avances sur un ton qui mit fin aux pourparlers. On eut beau lui faire ressortir les égards dus au gouvernement, <( et moi aussi — s'écria-t-il — je suis un gouvernement I » Après avoir assuré à M. le Directeur qu'il ne lui en voulait pas, Courbet pria ses confrères de croire qu'ils étaient deux imbéciles. (( Ensuite, conclut-il, nous allâmes boire de la bière. »

Nous allons voir que Courbet ne garda pas rancune en effet à ses interlocuteurs de leurs témoignages plus ou inoins heureux de bienveillance.

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