‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 27 sur 50 · XXVII. — COURBET AU COL RAYÉ (ÉTUDE POUR L'ATELIER · texte numérisé non relu

XXVII. — COURBET AU COL RAYÉ (ÉTUDE POUR L'ATELIER

« Cette tête d'étude de Courbet par Courbet, pour un tableau de Courbet, est un des meilleurs morceaux de lui; et, sans contredit, encore plus fort que L'HOMME A LA PlPE, autre bon Courbet. Ce beau profil fut peint à Montpellier, chez M. Bruyas, au moment le plus heureux de la carrière du peintre, encore contenu, mais déjà prêt à se jeter à corps perdu dans toutes les absurdités...

« Que ce profil est bien I que c'est bien là Courbet, le Courbet d'alors, le vrai, le seul, l'unique f Encore naïf, tout joyeux de tout, surtout d'être Courbet; parfois spirituel sans la moindre culture d'esprit, presque charmant, même en son égoïsme et ses rodomontades. Ah I qu'il était beau et bon garçon en ses lourdeurs naturelles et ses malices ensabotés ; encore tempérant, non de langue, mais de gosier, et relativement correct, quoique déjà très estaminetier, très noctambule, trop bruyant et rieur, rieur à se tordre, riant de rien, riant de tout, même à la procession, riant aux éclats, parfois entendus de la grille au château d'eau du Peyrou et d'un bord à l'autre bord de l'Esplanade.

« C'était une physionomie des plus attirantes, malgré ce front bas, ce crâne conique, comme moulé dans la calotte d'Ingres ou dans le pétase d'Ulysse. Oui, ce Courbet d'alors, si finement et si fermement modelé, est peint comme un Vélasquez, mais avec cette violente coquetterie du Moi, dont certains détails stupéfient... Peut-être Courbet s'est-il ainsi décolleté en attendant la Belle Inconnue brûlant pour lui, folle de ses ouvrages, par lui si longtemps cherchée dans tout Paris, mais n'ayant jamais existé que dans son imagination, et par la charge d'un de ses amis, qui mourait de rire.

« Quelles bonnes raisons Courbet n'avait-il pas, d'ailleurs, de s'aimer infiniment plus que de se connaître ? Sa renommée d'abord, ensuite son idée; enfin son miroir : un teint blanc, satiné et légèrement bistré, encore inaltéré et de la plus rare finesse, de fort aimables traits, entre autres un joli nez, des yeux de velours, l'oreille petite..., enfin une chevelure soyeuse, noire comme l'aile du corbeau... Enfin, ce beau, ce mémorable profil, c'est Courbet, l'ineffable Courbet.... Sauf quelques réserves de métier, surtout d'intelligence et de goût, voilà le superlatif de ce talent présomptueux , si justement vanté en maintes choses malgré ses côtés affligeants. »

Ce malicieux commentaire de Théophile Silvestre ajoute tant de vie au beau portrait de la collection Bruyas qu'on nous pardonnera sans doute de l'avoir reproduit ici presque in-extenso.

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