XXIX. — M^"« MARIE CROCQ
Quand Courbet reparut devant le public en 1857, il avait du moins acquis la réputation d'un ouvrier incomparable. Mais les critiques semblèrent s'être donné le mot pour lui interdire de plus hautes ambitions.
u Pour M. Courbet — dit Georges Niel — la vie est toute matérielle ; il voit l'enveloppe et non l'âme. »
(( Si l'habileté matérielle suffisait en art — écrit Maxime du Camp — M. Courbet ne mériterait que des éloges, car il peint matériellement comme depuis longtemps on ne peint plus en France... Chez lui, la main est d'une inconcevable habileté, mais l'âme manque absolument... Quels que soient ses sujets, c'est toujours de la nature morte. »
u Sa brosse est vigoureuse, sa couleur solide, son relief quelquefois surprenant... — reconnaît Castagnary, qui allait bientôt devenir l'admirateur le plus dévoué du peintre; — il rend bien, en un mot, ce qui se voit. Mais il ne va pas au-delà... »
Plus sévère encore, W. Flauer déclare : u M. Courbet n'est pas plus un peintre que celui qui sert les maçons n'est un architecte. On lui a reconnu une truelle distinguée et je conviens volontiers que sa peinture est gâchée serré. Mais ce n'est pas même la moitié de l'exécution, et l'exécution toute entière ne fait pas encore un artiste ».
« ...S'il peint une tête, dit Zacharie Astruc, on
prend le nez du doigt, on peut jouer avec le modelé du visage... Ses peintures sont des monuments bien bâtis... » Mais il y a du laisser-aller et de l'incurie dans la conception de l'ensemble.
About, enfin, consacre à la technique de Courbet une étude des plus intéressantes, fort longue d'ailleurs et qui mériterait mieux que le résumé auquel il faut se borner ici. Courbet, déclare l'écrivain, « se jette sur la nature comme un glouton; il happe les gros morceaux, et les avale sans mâcher, avec un appétit d'autruche. Il saisit la nature non par les côtés les plus intimes, mais par les plus apparents... Sa théorie pourrait se formuler ainsi: tous les objets sont égaux devant la peinture. En vertu de ce principe, il fait non des tableaux, mais des études.. Franc, loyal, puissant, solide, M. Courbet est entré plus avant qu'aucun de ses contemporains dans l'énergie de l'énoncé. Ses tableaux ont le sublime du trompe-l'ceil ; mais comme il reste, malgré tout son talent, un dessinateur fort ordinaire, il passe, à son insu, à côté de toutes les délicatesses de l'art ».
En regard de ces jugements, plaçons une œuvre de cette date (1857), qui semble une des plus magistrales par son exécution vibrante et forte, le portrait de M"'^ Marie Crocq. L'histoire de cette toile est d'ailleurs mal connue. Nous croyons qu'elle a figuré en 1867, sous le nom de M'"^ M... C... dans l'exposition privée de l'artiste. Elle a quitté récemment pour Bruxelles la galerie de M. Durand- Ruel.
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