‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 31 sur 50 · XXXL — CHIENS ET LIÈVRE · texte numérisé non relu

XXXL — CHIENS ET LIÈVRE

Au Salon de 1857, Courbet avait aussi, outre un paysage et deux portraits, deux scènes de chasse, les premières exposées d'une série qu'il ne cessa d'enrichir dans la suite.

La Biche forcée a la Neige (Collection de M. le comte Douville-Maillefeu J a été souvent reproduite. Sur la vaste étendue blanche que traversent des broussailles couleur de rouille, la bête, d'un pelage magnifique , est venue mourir au premier plan. Il est fâcheux que du lointain accourent cinq chiens assez ridicules de forme, de couleur et de inouvement. On ne peut vraiment en vouloir aux critiques de ne pas leur avoir fait grâce.

La Curée du Chevreuil, dite aussi Chasse au Chevreuil dans les Forêts du Grand Jura, fut au contraire justement admirée. La toile, vendue 8,000 francs à M. Vanisack, d'Anvers, puis, cédée à M. Luquet, fut revendue par ce dernier, en 1866, pour 25,000 francs à l'Alston-Club de Boston. A en juger d'après les lithographies de Célestin Nanteuil et d'Emile Vernier, il semble bien que ce soit un des chefs-d'œuvre du peintre. ^

Sous une haute futaie de sapins, le chevreuil est suspendu par la patte à un arbre. La délicatesse du pelage, le poids magnifique du corps en font une admirable nature morte. Debout, en blouse, large d'épaules, guétré, les bras croisés, Courbet écoute le piqueur qui sonne la curée. Deux chiens marbrés de taches brunes s'approchent de la béte en s 'écrasant sur leurs larges pattes. La scène a une vigueur animale et une grandeur religieuse.

About, Gautier, Maxime du Camp, Castagnary, ont loué l'œuvre comme il convenait. Non sans quelques réserves de détail, cela va sans dire. Castagnary s'étonne par exemple de trouver aux chiens un pelage de braques avec une taille de bassets, et About, qui leur reconnaît de la « grosse vie », qui admire leur u facture forte et savante », semble regretter cependant les chiens de Desportes. Mais nous avons le droit de supposer que l'on avait mis là ces reproches pour ne pas manquer à l'habitude prise de critiquer Courbet.

Nous pouvons voir, en effet, les deux chiens de LA Curée, identiquement répétés par le peintre dans la belle toile, reproduite ci-contre, qui a émigré à New-YorR, après avoir passé chez M. Durand-Ruel. La forêt de sapins a fait place à un bois de chênes; les chasseurs ont disparu ; le chevreuil a été remplacé par un lièvre. Mais les deux chiens sont restés ce qu'ils étaient, c'est-à-dire capables de ne faire regretter ni l'exact Desportes, ni même aucun des animaliers plus puissants que lui.

Page 1