‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 39 sur 50 · XXXIX. —LA SIESTE · texte numérisé non relu

XXXIX. —LA SIESTE

L'exposition de 1867 fut l'occasion pour Castagnary d'un important et curieux article sur la carrière de Courbet :

« Par quelle méprise funeste, cet art qui reprenait la tradition de notre primitive école de peinture en y ajoutant l'appoint d'un métier perfectionné pendant trois siècles.... est-il tombé il y a quinze ans sous l'exécration universelle, alors que dans les mains d'un jeune homme entreprenant et hardi, merveilleusement pourvu de dons naturels, il s'annonçait avec tant de puissance, de justesse et de verdeur?...

« Eh bien, disons-le... la peinture de Courbet a été enveloppée dans la réaction de 1850, et elle est tombée sous les mêmes coups que la République de février....

(( Que signifiait cette audace? D'oii sortaient ces paysans, ces casseurs de pierre, ces affamés et ces déguenillés qu'on voyait pour la première fois prendre silencieusement place entre les divinités mythologiques de l'Académie et les gentilshommes empanachés du romantisme ? N'était-ce pas déjà la sinistre avant-garde de ces hordes de Jacques que l'anxiété publique... se représentait... montant à l'assaut des élections de 1852...

« Jamais homme ayant tenu un pinceau ne vit

passer tant d'outrages. J'ai dit que pour exposer son œuvre entière il faudrait à Courbet une salle aussi longue que la galerie du Luxembourg; il tapisserait la galerie du Louvre avec les injures que son œuvre lui a attirées...

<( A l'heure qu'il est, après dix ans écoulés, l'évolution est accomplie. Les fausses susceptibilités, les fausses délicatesses, les fausses rancunes sont tombées... Quiconque est pour la liberté en politique, pour l'observation en philosophie, pour la simplicité en littérature, est, en art, pour Courbet. »

Il semble que le triomphe n'ait pas été aussi grand que veut bien le dire Castagnary. Devant les œuvres anciennes de l'artiste, les sarcasmes et les indignations du début se sont bien calmés, mais pour faire place à quelque indifférence. Paul Mantz raconte qu'il se trouva souvent seul dans la cathédrale du Pont de l'Aima et que le caissier n'était pas sans mélancolie.

Les œuvres récentes ne firent guère sensation. Nous avons dit ailleurs que l'Hallali du Cerf, du musée de Besançon, fut assez mal accueilli. Une autre composition, alors inédite et qui reparut plus tard au Salon de 1869, ne plut guère qu'à Charles Blanc : c'est LA SIESTE RENDANT LA Saison des PoiNS, œuvre sévère et grave, adinirablement conçue, plus faible dans l'exécution, par endroits lourde et par endroits insuffisante. Acquise par la Ville de Paris, elle tient aujourd'hui une place honorable au Petit-Palais, dans la salle enrichie par les dons de M"^ Juliette Courbet.

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