‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 40 sur 50 · XL. — LA VAGUE AUX TROIS BARQUES · texte numérisé non relu

XL. — LA VAGUE AUX TROIS BARQUES

Au moment où le peintre semblait avoir pris définitivement le parti de conquérir l'opinion par des sujets tapageurs ou par des concessions de technique, son talent se réveilla soudain pour donner une série de paysages de mer d'une magnifique puissance et d'une saine simplicité.

Les trois exemples que nous reproduisons ici appartiennent à cette période et rappellent le séjour de l'artiste à Etretat, en 1869, mais il faudrait remonter beaucoup plus haut si l'on voulait mentionner les premières marines de Courbet.

C'est dans ses courses autour de Montpellier, en 1854, a Palavas, à Maguelonne, en Camargue, qu'il se révéla peintre passionné de la mer. Dans son atelier, Zacharie Astruc, en 1859, découvrit avec émotion les études rapportées de ce voyage : « elles expriment toutes les heures de la journée, toutes les singulières transformations de la mer, ce ciel liquide, tempétueux, profond, infini comme l'autre. Effets de soleil, de brume, coup de vent, grises pâleurs du matin, sérénités lumineuses du plein

midi, mystère tranquille et voilé du soir. Ici, quelques barques fuyant comme des oiseaux à travers la trame claire de l'eau ;... ici, le phare battu des vagues, un bateau trébuche sur la grève; là, une bande de chevaux blancs, sauvages. . . confondus presque avec la teinte pâle des vagues dont ils écoutent la mourante plainte, et qu'on voit s'agiter et courir avec une douce mollesse; ailleurs, la morne et solitaire étendue sans accident, effrayante de mâle grandeur, menaçante, — c'est la mer violette traçant une ligne vigoureuse d'horizon sur le ciel bleu... Enfin tous les poèmes de la mer réunis et exprimés dans un ton si simple, si délicat, si grand, si hardi et si juste ».

Un peu plus tard, en 1859, Courbet, accompagné de Schanne, partit au Havre à la découverte de la Manche. Il y fit la connaissance de Boudin, qui le conduisit à Honfleur, et qui le mit en relations avec Claude Monet. De cette nouvelle campagne datent LES Falaises de Honfleur, le Coucher de Soleil SUR LA Manche et l'Embouchure de la Seine.

Dès lors Courbet saisit toutes les occasions de passer la belle saison avec ses amis sur les côtes de Normandie. Nous le retrouvons en 1864, 1865 et 1866 à Trouville, d'où il écrit à Bruyas : je viens de peindre « 25 paysages de mer dans le genre du vôtre et de ceux que j'ai faits aux Cabanes, 25 ciels d'automne, tous plus extraordinaires et libres l'un que l'autre ; c'est amusant ».

La plupart des marines de l'exposition de 1867 datent de cette période.

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