‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 41 sur 50 · XLI. — FALAISE D'ÉTRETAT · texte numérisé non relu

XLI. — FALAISE D'ÉTRETAT

Pendant l'exposition de 1867, Courbet quitta encore Paris pendant quelques jours, pour aller prendre quelques bains à Saint-Aubin-sur-Mer, dans le Calvados, et pour ajouter encore quelques études à ses paysages de la Manche.

Mais les œuvres maîtresses de cette série de marines datent du séjour que fit l'artiste à Étretat, en 1869, en compagnie de Diaz et de son fils. La station, lancée par Isabey et par Alphonse Karr, n'était pas encore trop envahie, et l'artiste pouvait tout à son aise se livrer à ses prouesses nautiques (les marins l'avaient surnommé le phoque) . Quelque chose de cette vie violente et saine a passé dans les nombreuses études peintes à ce moment.

Deux d'entre elles sont célèbres : la Vague du Louvre et la Falaise d'Étretat, exposées toutes deux au Salon de 1870.

« Sans être à l'unisson de ses admirateurs enthousiastes — écrivait Paul de Saint-Victor — j'apprécie, comme il convient, les deux marines de M. Courbet. 11 y a sans doute quelque exagération, on pourrait même dire quelque charge, dans le luxe minéralogique dont il a recouvert les rochers de sa Falaise D'ÉTRETAT. Toute la gammiO des gemmes y flamboie, depuis le diamant jusqu'à la malachite. Mais l'aspect a de la grandeur, l'exécution est franche et solide; le ciel reluit de ce frais éclat qu'il montre après les

orages. Il ne manque à ce beau morceau, pour être complet, que la perspective, celle des lignes aussi bien que celle des couleurs... »

Ce reproche a été adressé à tous les peintres de plein air par les critiques habitués aux perspectives savantes et un peu conventionnelles des paysages d'atelier. Castagnary nous semble avoir été mieux inspiré en louant sans réserves cette belle page : « Au premier rang de nos plus belles ceuvres — écrivait-il — dans la région élevée du grand art où l'accord est parfait entre l'idée et l'exécution, il faut placer les deux marines de Gustave Courbet. Je crois que, cette année, les dernières rancunes s'avoueront vaincues et qu'il y aura unanimité en faveur du grand peintre. La Falaise d'Étretat, avec sa composition si simple, son aspect si puissant et si vrai, ses rochers gris dont le sommet se tapisse du velours des graminées, son ciel léger et frais que vient de laver l'orage, ses flots apaisés qui se déroulent jusqu'au plus profond horizon, les anfractuosités où l'eau se teinte d'une ombre légère, l'air libre et joyeux qui circule dans la toile et en enveloppe les détails, par-dessus tout, cette vérité de rendu qui fait disparaître l'ceuvre d'art pour ne plus laisser voir que la nature, tout cela frappe, étonne, émeut, transporte d'admiration, suivant le degré de sensibilité dont a été doté le spectateur ».

Il existe deux exemplaires légèrement différents de la Falaise d'Étretat. L'un d'eux a été acquis 8.000 francs par Brame en 1870. L'autre a été vendu 13.000 francs en 1872.

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