‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 42 sur 50 · XLII. — LA VAGUE · texte numérisé non relu

XLII. — LA VAGUE

La toile qui est devenue populaire sous ce nom était désignée, au livret du Salon de 1870, sous le titre : La Mer ORAGEUSE. Beaucoup la préférèrent à la Falaise d'Étretat, peinte et exposée aux mêmes dates.

« L'effet de la Mer orageuse , écrivait Castagnary, me saisit davantage. Ce n'est plus une description partielle et toute locale comme la falaise de tout à l'heure; c'est le drame éternel qui se joue en tous pays, sur toutes les côtes, quand le vent des tempêtes se met à souffler, que le ciel se charge de nuées, que les flots se gonflent et se couronnent d'écume, que les navires gagnant le large fuient comme des oiseaux éperdus. Courbet a eu la bonne fortune , l'été passé, à Étretat , de posséder ce spectacle sous sa fenêtre et de pouvoir le traduire directement sur place, conditions toujours difficiles à rencontrer. C'est ce qui donne à son œuvre cette justesse , cette précision , cette énergie sobre qui la caractérisent... Ciel et mer, tout est modelé avec le même soin et peint de cette pâte souple, élégante, harmonieuse, qui fait

de Courbet un si grand et un si fin coloriste à la fois. En écrivant ces mots, le souvenir des marines d'Eugène Delacroix me revient à l'esprit. Je voudrais, pour la curiosité de mes yeux, pouvoir placer à côté de la Mer orageuse quelqu'une de ces belles toiles que je revois en imagination et qui s'appellent le Naufrage de Don Juan ou Jésus DANS LA TEMPÊTE; cette dernière surtout... Qui l'emporterait à l'examen? Je ne sais; mais, à cette distance, avec les seuls souvenirs restés dans ma mémoire, il me semble (je demande pardon de ce blasphème aux derniers romantiques) que le maître d'Ornans ne serait pas vaincu. »

Moins bienveillant fut Paul de Saint-Victor, qui ne vit ni l'arabesque grandiose, ni la puissante harmonie colorée, ni le ciel splendide et nota seulement ce reproche, d'ailleurs justifié en lui-même : (( J'aime beaucoup moins la Mer orageuse, dont l'artiste a rendu sans doute le fracas puissant et sonore, mais qui semble, au lieu de vagues, rouler les rocs de ses rives et les galets de ses plages. Vous chercheriez vainement une goutte d'eau dans cet océan pétrifié. Si l'on en détachait un morceau au hasard, il n'est personne qui ne prît ce coin de marine pour un pan de mur ».

La Vague a atteint 17.000 francs en 1872 à la vente Courbet et l'État l'a acquise de M. Haro pour 20.000 francs en 1878. Il en existe une variante, où les barques du premier plan sont remplacées par un rocher.

XLIIL — JULES VALLÈS

Les belles œuvres que nous venons de mentionner auraient dû persuader enfin à Courbet qu'il lui suffisait, pour atteindre la gloire, de ne pas courir sans cesse après la célébrité. Malheureusement, les circonstances allaient lui fournir des occasions plus dangereuses que jamais de remonter en scène.

Avec ses amis Castagnary et Carjat, il vivait alors dans l'atmosphère surchauffée du café de Madrid. Auprès de Gambetta, Floquet, SpuUer, il coudoyait tous les jours de futurs chefs de la Commune : Delescluze, Paschal Crousset, Raoul Rigault et aussi Jules Vallès, le généreux écrivain, le futur rédacteur du Cri du Peuple, dont il a peint un beau portrait (collection Peytel). Courbet réalisait sans effort le difficile problème de se trouver parmi les plus exaltés. « Entre deux pipes, au café, disait Hetzel à M'"^ Adam, on pouvait le monter à tous les diapasons ».

On le vit bien quand le Gouvernement fut contraint par le succès de LA Vague de réaliser enfin un des désirs les plus chers de Courbet en lui

donnant la Croix. Chapitré par ses camarades, le peintre s'aperçut soudain qu'il serait deshonoré en acceptant de l'ennemi cette distinction et il y répondit par un refus éclatant. Son geste fut récompensé aussitôt par un véritable triomphe. « Jamais — écrivit-il — personne n'a eu un succès comme celui que j'ai eu cette année; avec mes marines, mon année est splendide de toutes façons. »

C'est, hélas, la dernière année splendide de Courbet. Du parti de l'opposition, où ses maladresses étaient sans grande portée, la chute de l'Empire le tira tout à coup pour lui donner un semblant de pouvoir. Nommé président de la Commission des Artistes, en septembre 1870, il se serait acquitté pour le mieux de ses fonctions, s'il n'avait eu la fâcheuse idée de prendre à son compte la haine des républicains pour la colonne Vendôme, symbole détesté de la Guerre et de l'Empire. « Déboulonner la Colonne » était alors une menace assez banale. L'idée lui parut si magnifique qu'il rédigea, pour l'appuyer, une pétition au Gouvernement de la Défense Nationale. Le projet fit son chemin, si bien que la Commune décréta, le 12 avril 1871, la suppression du monument. Courbet, élu quelques jours plus tard conseiller communal et délégué aux beaux-arts, n'eut rien de plus pressé que de réclamer à la Commune l'exécution du décret rendu par elle. Le 16 mai, aux acclamations de la foule, la Colonne, sciée à la base, vint s'abattre sur une couche de fumier.

XLiii. — Jules Vallès

COLLECTION PARTICULIÈRE

PMOT. BUtLOi

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