‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 8 sur 50 · VIL — LES PAYSANS DE FLAGEY · texte numérisé non relu

VIL — LES PAYSANS DE FLAGEY

Le Salon de 1850-51 est un des plus importants dans la carrière de l'artiste. Le jury, nommé par les artistes, reçut les huit toiles qu'il avait envoyées, et, parmi celles-ci, l'Homme a la Pipe, des portraits de Berlioz et de l'apôtre Jean Journet, les Paysans de Flacey revenant de la Foire, les Casseurs de Pierres et l'Enterrement. Devant un pareil ensemble, il n'était pas possible de rester indifférent. De part et d'autre d'un petit groupe d'incertains, les amis et les adversaires de Courbet prennent désormais position.

Dans son pays natal, où il revient sans cesse faire de longs séjours, Courbet s'est arrêté une fois de plus devant les scènes et les modèles familiers. Parmi les paysans qu'il a peints a leur retour vers Flagey, à l'issue de la foire de Salins, on reconnaît le père Courbet, à cheval. La jeune femme qui porte un panier sur la tète est une voisine, la Josette, d'Arbon.

Tandis que la plupart des critiques cherchaient en vain ce que le peintre avait pu trouver d'intéressant dans ce spectacle banal, u digne seulement du daguerréotype », les admirateurs découvraient dans la toile plus de pensées que Courbet, espérons-le,

n'avait cherché à y mettre. Empruntons quelques citations à Proudhon pour nous replacer dans l'atmosphère intellectuelle qui sera désormais celle de l'artiste. « Nous sommes loin ici, dit le philosophe, des paysans adonisés de L. Robert, plus loin encore peut-être de ces fiers républicains que Rembrandt et Van der Helst ont représentés... Ici nulle pose, nulle flatterie, pas le plus léger soupçon d'une figure idéale. Tout est vrai, saisi sur nature... Mais arrêtezvous un instant sur ce réalisme aux apparences vulgaires et vous sentirez bientôt que sous cette vulgarité se cache une profondeur d'observation qui est, selon moi, le vrai point de l'art. » Et Proudhon de prouver cette profondeur d'observation en traçant le portrait physique et moral de chaque personnage. <( L'homme au cochon — dit-il par exemple — se définit de lui-même par son accoutrement. C'est un petit propriétaire villageois qui, dès le printemps, songe à ses provisions d'hiver. Il a fait partie de la réquisition de dix-huit à vingt-cinq, en 1793 et il a vu le Rhin : c'est de là qu'il aura rapporté l'habitude de fumer... Revenu de ses campagnes, il a repris la vie rustique... Son air n'a rien du tout de martial... Cependant ne vous y trompez pas, tel que vous le voyez, occupé de son cochon, serrant sa pipe entre ses dents, le bonhomme a des opinions arrêtées, etc., etc.. »

Les Paysans ont passé par la galerie Durand- Ruel. Vendus 16.600 francs en 1896, dit d'Estignard, ils ont repassé récemment en vente publique.

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