‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 9 sur 50 · VIII. — L'APOTRE JEAN JOURNET · texte numérisé non relu

VIII. — L'APOTRE JEAN JOURNET

Je viens de faire « le portrait historique d'un homme excentrique de notre temps, l'apôtre Jean Journet — écrivait Courbet en 1850. — Ça ressemble à Marlborough s'en va-t-en guerre. Journet est si connu dans Paris qu'il faudra mettre, à côté de ce tableau, un gendarme pendant l'exposition ».

Le modèle de Courbet était un ancien carbonaro, qui avait d'abord trouvé refuge en Espagne, s'était installé ensuite coinme pharmacien à Limoux et était venu enfin conquérir Paris au fouriérisme et à l'harmonie universelle. Sa carrière évangélique, un moment interrompue par un séjour forcé à Bicêtre, était fertile en incidents héroï-comiques qui ont fourni plus d'un trait aux ouvrages de Schanne et de Mûrger.

Nous ne savons où est passé son portrait peint du Salon de 1850, mais une lithographie, parue chez Vion à cette date, en conserve le souvenir. Une complainte qui se chantait sur l'air de Joseph rappelait les indignations de l'apôtre dans la Babylone moderne :

... Qu'ai-je vu dans cette fange? Le mélange De mille crimes divers; Dans ce gouffre de misère,

De colère, J'ai reconnu les enfers.

J'ai VU languir la richesse

Dans l'ivresse D'un sacrilège sommeil; J'ai vu, sublime constance,

L'indigence Attendre en vain son réveil.

J'ai vu la jeune imprudente,

Tendre amante.

S'abandonner au méchant; Et j'ai vu dans la misère

Cette mère Nourrir de pleurs son enfant.

J'ai vu cette ange déchue

Dans la rue Prostituer ses appas; J'ai vu sa gorge si pure

La pâture De l'orgie et des frimas.

Peuple enfin lève la tête,

Vois la fête, Aurore de ton bonheur; Le Seigneur nous est propice

Sa justice Nous devait un Rédempteur!

, II' APOTRi aiAN 40URNET

Jean Journet (lithographie)

CABISET DES ESTAMPES

PHOT, LEMARE

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