HOULEUSE D'HOMMES EN VO GUE
lmp, A. Salmon,
SOUVENIRS INTIMES
tion à brûle-pourpoint ; puis, une certaine nymphomanie aidant, elle continuait par des exercices du plus grand effet. Depuis la crise de nerfs, jusqu’à la contemplation extatique d’Héloïse devant Abélard, après la lettre, tout lui était bon. La scène de jalousie était un de ses plus brillants succès.
Elle était capable de pousser son rôle jusqu’au dénoûment intime des comédies jouées en neuf mois, avec des serviettes graduées autour de la taille, les pâles couleurs de circonstance, et des envies, — des envies de monnaie, surtout.
Le pauvre peintre ne savait comment s’en débarrasser.
Lui que cette sorte d’affection plongeait, chaque fois, dans l’attitude d’un boa que la digestion épuise, que pouvait-il centre une semblable gaillarde ?
La demoiselle de la Seine ne le quittait jamais. Lorsqu’il se trouvait chez quelque ami,
il n’avait qu’à soulever le rideau et à regarder dans la rue pour la voir passer. Elle montait sa garde, déterminée à le saisir lorsqu’il sorirait.
Au dernier quartier de cette lune de miel, madame qui se disait Corse, et avait été élevée en Espagne, annonça au réaliste la prochaine visite d’un Brésilien, — son ami d’enfance.
Le Brésillien en question était un homme très-bien, peu bronzé, aux manières caractéristiques.
Il s’établit dans le même hôtel que son amie. Les deux chambres étaient contiguës. Les fenêtres donnaient sur le pont. L installation ne laissait rien à désirer.
La cuisine lui allait, et puis c’était Courbet qui payait.
Quels doux instants pour cet échappé du bal Émile! Traité comme un seigneur, il endurai
L'Ami de la ROULE U SE,
Iinp, A.S&lmon,
SOUVENIRS INTIMES
patiemment que le chapeau haut de forme meurtrit les gibbosités fantasques d’un crâne où s’épanouissait, hier, le moelleux édifice d’une casquette à plusieurs étages et à grenier.
Des trois mille livres il n’était plus question.
Les soixante-deux lettres ne revenaient pas à leur expéditeur.
La situation menaçait de s’éterniser, toujours agréable pour le Brésilien, qui trouvait le peintre bon enfant, et voulait en faire un copain.
Certain soir cependant, Courbet, le noctambule, s’en fut prendre l’air sur le pont.
Il leva les jeux jusqu’aux fenêtres de l’hôtel, et remarqua un va-et-vient de lumières, accompagné d’un va - et - vient de silhouettes, qui confirma ses soupçons. Il ne crut pas nécessaire de monter...
Ses amis prirent soin de lui. Ils avertirent le commissaire.
L’amoureuse et le Brésilien furent expédiés à Besançon, — vieille ville espagnole, où l’Inquisition a la issé quelques cachots.
Pour le réaliste, depuis ce moment-là, il déclarait hautement qu’il était blasé.
Après plusieurs mois de prison, la belle et son Lantier revinrent à Paris.
Ils ouvrirent aux Champs-Etysées un magasin spécial de fournitures amoureuses, où la mère pouvait conduire son enfant, moj^ennant une bonne rétribution extorquée à quelques vieux roués. La justice découvrit tout. Elle ferma la boutique qui se trouvait alors faire de splendides opérations.
Pour les fondateurs, ils prirent leur retraite dans un bagne, où ils sont, paraît-il, encore enfermés,