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î<S^o; nous donnons ici une de ses poésies blanches :
Tous les garçons chantaient Le soir au cabaret qu'ils étaient réunie, Tous les garçons chantaient,
Répétant ce refrain :
Tra, la la la la, lou lou lou, la l'his) Trou lou lou lou lou.
Le premier qui chanta Raconta ses amours.
•Quand j'étais chez mon père J'avais une amoureuse ; Jeannette ma voisine Avait mon sentiment ; Le soir à la veillée J'étais à ses côtés ; l^os yeux parlaient d'amour.
D'un amour sans détour.
Le maire qui était riche
S'avança pour lui plaire,
Tra la la la, Trou lou, lou la
Lui dit directement :
Il fout nous marier,
La belle! si vous m'aimez
Tous mes biens voub aurez.
f04 GUSTAVE COURBET
Le soir des fiançailles Je pleurais l'infidèle ; Nuitamment dans ma chambre Elle s'en fut me trouver ; Me dit : Mon tendre amour, Je t'apporte mon cœur ; Si la fille n'est à toi.
Tu auras ses amours !
Le plus souvent ses improvisations étaient moins poétiques ; un coin de ciel bleu, un verre de vin, une grosse femme, Ion (on, la !
Sa notoriété, sa facilité de relations lui conquit de nombreux amis qui ne lui restèrent pas toujours fidèles, sa vanité excessive, son exaltation politique venant souvent briser d'anciennes relations : il fut lié, en Franche-Comté, avec le disciple de Champfleury, le Salinois Max Buchon, avec le sculpteur Max Claudet, avec le peintre Arlhaud ; à Paris, il vécut quelque temps dans l'intimité de Sainte-Beuve, qu'il eut l'occasion de rencontrer en 1862, et à qui il confia son projet de décorer de vastes peintures les gares de chemins de fer. Cette pensée n'était point nouvelle et avait déjà été agitée, en 1848, dans les réunions intimes de la Démocratie pacifique, elle séduisit Sainte-Beuve, qui la crut neuve et qui trouva
GUSTAVE COURBET tOt;
que Courbet était non seulement un peintre vigoureux et solide, mais qu'il avait des idées. Cette intimité entre féminent écrivain à la plume fine et élégante, et le peintre au langage et aux habitudes vulgaires, a quelque chose d'étrange. Sainte-Beuve aimait sans doute à étudier ce tempérament d'artiste si dissemblable du sien, et appréciait surtout son talent. Il compta pour ami Francis Wey. son compatriote, dont il fit le portrait, le dessinateur Carjat, qui lui a consacré une longue poésie et qui était un de ses admirateurs les plus enthousiastes. M. Castagnary fut un des premiers à deviner en lui un artiste vigoureux et puissant, à contribuer à sa réputation naissante, et lui donna en toute occasion des preuves d'un inaltérable dévouement. Il Tavait connu fort jeune, avait encouragé ses premiers efforts ; il le soutint constamment contre les attaques, les critiques violentes, et lui resta attaché dans la mauvaise fortune, Jusque sur le banc de la cour d'assises, lorsque des amis moins sûrs se retiraient du peintre, M. Castagnary poussa l'amitié jusqu'à soutenir, dans une brochure, que Courbet était resté étranger au déboulonnement de la colonne, qu'il ne s'était trouvé mêlé à la Commune que pour sauver du pillage ou de l'incendie les musées
nationaux, et qu'il avait été victime de haines politiques aveugles. Enfin, nous devons mentionner aussi, parmi les amis de Courbet, MM. Champfieury, Jules Dupré, Français, Gigoux, qui estimait sa peinture vigoureuse et le regardait comme un vrai maître, et le sectaire utopiste Pierre-Joseph Proudhon.
Le peintre réaliste et le lutteur plein d'audace étaient faits pour s'entendre et se comprendre, ils avaient tous deux un singulier caractère de force, de rentètemeni, de la placidité au milieu des insultes, et une disposition à rechercher ce qui peut sinon faire scandale, du moins irriter la délicatesse du goût. Tous deux appréciaient le paradoxe. Enfin le critique d'art qui qualifiait de niaiserie l'œuvre de Delacroix, qui condamnait au feu la Vierge à C Hostie de M, Ingres et 'x toutes les lubriques mysticités qui lui ressemblent, » qui ratissait la Smala et demandait qu'elle fut enlevée, dégraissée, puis vendue comme filasse au chiffonnier, devait plaire à Courbet, qui aimait lui aussi à proscrire les uns, à exterminer les autres et à se poser en prophète déchirant les voiles de l'avenir. De son côté, le maître d'Ornans avec ses compositions cyniques et vulgaires, sa négation de tout idéal ne pouvait déplaire à Prouhon.
Toutefois ramitié de l'écrivain ne fenipèchait pas d'asséner sur le peintre les plus dures critiques que l'on soit en droit d'attendre d'un compatriote et d'un ami.
Un jour, après avoir contemplé un tableau de Courbet, et quel tableau, le Retour de la Conférence, après avoir écouté les plaintes du peintre, Proudhon qui « ne savait rien de l'art » c'est sa propre expression, qui n'avait pas « l'intuition esthétique, » qui déclarait manquer « de ce sentiment prime-sautier du goût, qui fait juger d'emblée si une chose est belle ou non » eut l'idée de composer un livre sur a le principe de l'art et sa destination sociale ». Le tableau des Curés ou le Refour de fa Conférence, cette « joyeuseté picturale » qu'on a nommée plus justement une mauvaise action, fut le motif du plaidoyer, le texte du sermon, la préface et la conclusion du livre, la porte d'entrée et de sortie de l'édifice. On s'embarque avec Courbet et après avoir parcouru les régions les plus excentriques, l'art égyptien, l'art grec, le moyen-âge, la renaissance, la réforme, la révolution, etc., on débarque avec le peintre. Aux premières étapes, c'est partout l'éloge sans réserve, sans restriction aucune de son talent. Proudhon nous sature de ses œuvres, nous fati-
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gue avec une candeur enfantine de ses appréciations ultra-bienveillantes ; puis vient une voltel'ace complète. A la fin du livre le peintre n'est plus qu'un « artiste incapable de construire ses pensées », « apologiste de l'orgueil, » n'ayant que des intuitions sophostiques. Le critique va plus loin et ajoute : « Je crains fort que, tout en lui rendant pleine justice et en lui faisant une position splendide, il ne se trouve médiocrement satisfait. Ne l'aurai-je pas défini, classé, catalogué, mis à sa place r Qulle audace ! sa réputation y gagnera (/) mais sa vanité en souffrira. Essayez donc de contenter ces Messieurs. »
Ainsi parlait l'ours de la fable.
■ Proudhon, était on le voit, un ami sincère, mais pas tendre.
Enfin, à côté des amis de cœur, sincèrement dévoués et bons pour Courbet, il y avait tout un groupe de farceurs qui se plaisaient à rire à ses dépens, abusaient de sa naïveté et de sa confiance en son mérite, et lui persuadaient qu'il était économiste, moraliste, philosophe, homme politique, créé et mis au monde pour régénérer l'humanité, comme il régénérait la peinture. Ils s'amusaient de ses bévues, de sa vanité encombrante, de ses récits stupéfiants, de ses vantardises ineptes. Ils
contribuèrenl à troubler la cervelle de ce pauvre homme, ce qui n'était pas très difficile. Au nombre de ces amis dangereux nous devons placer Jules Vallès, Vermorcl, etc.
Il était difficile que, dins l'infatuation de sa vanité, Courbet ne crût pas avoir le génie de la sculpture, comme celui de la peinture ; il s'essaya, en effet, dans l'art de Phidias, et la ville d'Ornans possède de lui un pctil Pêcheur en Franche-Comté. La nature est copiée aussi fidèlement qu'il était possible à un ciseau peu exercé. L'œuvre n'a rien de remarquable, rien de ce qui constitue le mérite d'une sculpture, ni élégance ni beauté dans les formes. Ce n'est pas la seule fois que le peintre eut la fantaisie de sortir de son domaine. En 1844, il fit à Salins uu médaillon qui est un portrait. Nous connaissons en outre de Courbet un buste mouvementé de la République helvétique, destiné à la décoration d'une fontaine à la Tour-de-Peilz, et un bas-relief qu'il appelait la Mouette ou Y Emblème du lac de Genève ; c'est une assez jolie figure de femme, coiflee d'une mouette aux ailes déployées. Tout cet ensemble constitue des œuvres honnêtes, rien de plus. Mais Courbet s'estimait aussi grand sculpteur que grand peintre.
Il se croyait dessinateur habile, et plein d'es-
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prit, supérieur à cette phalange d'artistes qui ornait le livre, romans, labiés ou récits de voyages, d'admirables fantaisies, d'intelligentes vignettes el qui avait pour chefs Grandville, Tony Johannot. Wattier, Karl Girardet. Roqueplan, Gigoux. Il voulut à diverses reprises prouver son talent. Les vignettes des Essais poétiques sont l'œuvre de l'inexpérience enfantine, ce n'est même pas la médiocrité, c'est la nullité dans son niais épanouissement. Les dessins et eaux-fortes de l'Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Pans et les illustrations du Camp des Bourgeois^ petit volume qui parut en 1868. ne sont guère meilleurs. Il en est de même des quatre dessins qui se trouvent dans une brochure imprimée dans cette année sous ce titre, La mort de Jeannot, et des six dessins qui prirent place à l'exposition de Gand en 1868, et que l'on retrouve dans une autre brochure : Les curés en goguette. Ce sont des charges, des caricatures qui rappellent les plaisanteries lourdes du peintre d'Ornans, mais que ses admirateurs ne peuvent revendiquer comme un titre de gloire. 11 n'y a ni finesse dans la composition, ni dessin dans l'exécution. Jean Bruno ou Les misères des Gueux ne valent pas mieux. Le maître n'était plus jeune; il venait de subir les dures épreuves d'une
longue détention, d'une comparution devant ses juges, il n'avait plus Tardeur, la confiance en luimême, il travaillait pour vivre, pour satisfaire ses créanciers. Aussi les amis faisaient-ils le silence sur cette excursion risquée de Courbet dans le livre illustré, et lui-même n'en disait mot.
Malgré un séjour prolongé au collège, Courbet, comme beaucoup d'artistes, n'était que peintre. « La plume, a dit Proudhon, pesait à sa main comme une barre de fer à celle d'un enfant. » 11 ne savait ni parler ni écrire, il était même incapable de construire, de classer ses pensées. Les peintres habiles à manier la plume et le pinceau sont rares ; on ne rencontre guère dans notre siècle que Fromentin, Gustave Doré, Henri Regnault, Hippolyte Flandrin, Eugène Delacroix, un érudil qui savait l'histoire des arts en Grèce, en Italie, à Anvers, à Paris et qui aurait pu être un critique de talent autant qu'un grand artiste. Courbet n'existait pas comme écrivain. L'orthographe il faisait parade de la dédaigner ; en réalité il l'ignorait absolument. Le plus souvent il recourait à une main amie pour écrire ses lettres. Une discussion
s'éleva entre lui et M. L un de ses élèves, a
qui il avait demandé de lui commander une toile. Le grand homme voulait contraindre son secré-
taire à écrire le mot toile avec deux /. On consulta le dictionnaire, mais Courbet refusa de se rendre à l'évidence, et prétendit que le dictionnaire « était un vieil abruti », quj les mots devaient s'écrire comme ils se prononçaient, que Von était bien libre d'écrire le corps des mots selon sa fantaisie, que la première et la dernière lettre étaient seules indispensables, que d'ailleurs Napoléon l'"' ne savait pas Torthographe, que c'était pour ce motif qu'il s'était fait une écriture illisible.
Cette ignorance lui causa parfois des ennuis qu'il oubliait vite.
Un jour, M. Hollender, de Bruxelles, lui demanda des tableaux ; le prix ne lui paraissant pas suffisant, le peintre refusa. Mais il n'avait pas d'élève, pas d'ami, pour rédiger sa réponse ; il prit lui-même la plume, et s'escrima avec la feuille de papier. Il était persuadé qu'il avait joué un bon tour à l'amateur de Bruxelles et il s'en vantait lorsque celui-ci pour se venger du refus de l'artiste, imagina de publier sa lettre dans un journal artistique d'Allemagne. La prose était hérissée de fautes grossières, ce fut un hourrah contre le peintre.
Mais ces mésaventures ne lui enlevaient rien de sa haute confiance en lui-même. Il lui fallait de la
GUSTAVE CÔURBKT in
réclame, il aimait à occuper le public de sa personnalité. Malgré sa culture intellectuelle incomplète, il voulait à tout prix se produire. Une de ses lettres est restée fameuse, celle qu'il adressa ie 25 décembre 1861, à quelques jeunes peintres qui avaient résolu d'ouvrir un atelier et de lui en confier la direction. Cette lettre qui est évidemment l'œuvre d'une main amie, contenait l'exposé des théories du maître, théories qui étaient l'affirmation du réalisme et la négation absolue de l'idéal. Courbet y déclarait que « Tart en peinture ne pouvait consister que dans la représentation des objets visibles et tangibles pour l'artiste ; » il ajoutait « que la peinture était une langue toute physique, et qu'un objet abstrait, non visible, non existant, n'était pas du domaine de la peinture. » Il déniait à l'artiste le droit d'élever, d'embellir, de poétiser la nature, comme si l'idéal n'était point l'essence même de l'art, comme s'il était possible d'enchaîner l'âme humaine, de la soumettre à la servile reproduction de ce qui existe.
Plus tard, en 1870, nous retrouvons encore la prose du peintre. Cette fois il est mal inspiré : il parle de fraternité des peuples, quand la France est envahie, quand on entend chaque jour approcher les armées ennemies. Le 29 octobre
1870, il n'est pas plus habile; il lit à TAthénée deux lettres, Tune à l'armée allemande, la seconde aux artistes allemands ; c'est un tissu d'incohérences, de sottises, d'inepties. Les deux lettres sont bien, de lui, elles sont peu connues, nous en détachons un fragment :