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LES DISCIPLES DE COURBET

Il y a beaucoup de faux Courbet dans le commerce. Les marchands de tableaux le savent mieux que personne.

Pata nous a raconté avoir vu vendre, à l'hôtel Drouot, plusieurs de ses paysages que l'on avait revêtus de la signature du maître.

Cet acte de déloyauté commerciale n'est pas fait pour irriter le peintre qui en est victime.

Il y a des plagiats qui honorent.

L'on serait un fat de vouloir se plaindre.

Aussi, Pata se tait-il ; et il a raison.

Pata fut un des amis les plus fidèles de Cour-

teurs, il n'en trouva qu'à grande peine, et après de longues années.

Quant à l'école, où on n'était admis qu'après avoir payé une rétribution de dix francs, le

concierge lui en poussa vigoureusement la porte sur le nez, dès qu'il eut vu son portemonnaie.

C'était un triste jour, paraît-il, que celuilà, et il faisait un froid à faire grelotter les ours.

Le pauvre gamin, suffisamment renseigné par le portier, remit sa casquette sur l'oreille, tourna le dos à la terre promise, et traînant la jambe, se disposa à regagner son ancien foyer.

La fatigue d'une longue marche l'accablait.

Il entra chez un boulanger.

Là, il acheta un morceau de pain, et tout en se chauffant près du four, il se mit à rêver.

11 était vraiment bien dur de n'avoir pas réussi.

Que diraient de lui les parents, lorsqu'il reviendrait? Que penseraient de lui ses amis? On le raillerait. On le tourmenterait.

On le malmènerait. Le mieux, en somme, était de rester.

Et voici qu'une idée soudaine lui traverse la tête.

Il y a un couvent à Locarno. Un de ses vieux cousins, depuis longtemps déjà,s'y était enfermé.

S'il allait le voir? S'il allait lui demander conseil? Peut-être que tout s'arrangerait....

Une demi-heure après il sonnait à la porte du couvent et demandait le frère Nicolas.

Il y a des cousins capucins qui tiennent encore à leur famille : — l'amour de Dieu, ce

jour-là, ne fit aucun tort au petit Pata. Loin de là, il servit à sa cause.

En effet, pendant qu'il causait, que se disait le frère?

— Voilà un gaillard dont nous pouvons peutêtre tirer parti. *

Il aime le dessin. Il se pourrait qu'il eût du mérite : or, les murs de la chapelle sont d'une nudité indécente. Quelque épisode de l'Évangile, le portrait du Père Éternel, celui de Jésus, de la Vierge, de Joseph, — es douze apôtres, — un escadron de chérubins, — tout cela ornerait nôtre église et donnerait un grand lustre à notre communauté.

Le supérieur, de son côté, consentit à tenter l'épreuve. On logea le nouveau venu dans une cellule abandonnée. On lui octroya les restes de la table commune.

Troisans après, de la voûte au dallage, de la

p:>rte à r miteU n n y avait p^ un ^^ carr .

de surface où le pinceau de Pata dût encore travailler.

Les moines étaient contents.

L'enfant, désormais, pouvait bien faire son chemin seul. On le ^envoya.

Ses touches sont larges, solides, hardies — tantôt douces et cependant vigoureuses, — tantôt brusques et cependant nuancées.

Ses arbres, ses prairies, ses montagnes, ses ruisseaux qui bondissent dans l'écume, tout le monde les connaît, — car si l'on n'a pas tu ses tableaux, l'on a vu la nature ; elle n'est pas reproduite par lui, elle est fidèlement rendue.

Nous parlons, bien entendu, de ses principales toiles, et de certains petits chefs-d'œuvre ignorés du grand public, mais qu'un jour ou l'autre, il sera forcé d'admirer.

Nous n'en voulons, comme preuve, que la

ISS GUSTAVE COURBET

belle collection de M. F. Courbet, chef des gardiens au Luxembourg.

Dans son cabinet, que les initiés seuls visitent, il y a plus d'une toile que le plus riche amateur envierait. — Feyen Pèrin, Hanoteau, Tournemine, duchesse Coloria dite Marcello, Guillemet, de Saint Albin, de Callias, Cartier, etc... ont tenu à récompenser l'homme qui veille sur toutes les richesses de notre musé.

Pata n'est pas un des moins

Courbet y est représenté par deux morceaux de large facture : les portraits de Suisse et de M Chardignier,

L'autre disciple du réaliste est Marcel Ordinaire, fils de l'ancien député du Doubs.

C'est a Maizières, à deux pas d'Ornans, " L M"U est lié.

1 y a grandi ; il y est devenu peintre.

Courbet, Tarai delà maison, le mit tout enfant sur ses genoux ; de ses grosses mains, couvertes de couleur, il le toucha, etle sacra, pour ainsi dire, paysagiste.

La nature, au milieu de laquelle il se développa, fit le reste.

Saturé d'ombre et de soleil, imprégné des effluves de la vallée, il eut, dès le premier jour, l'intuition spontanée de sa manière.

Les modèles étaienttrouvés.

Il n'avait qu'à s'abandonner à son instinct.

Il a beaucoup travaillé, toutefois.

Ne voulant pas rester sous l'influence écrasante d'un maître aussi puissant, il alla frapper à la porte de Français.

Il apprit chez ce dernier à modérer un élan que l'on se complaît peut-être un peu

trop à blâmer chez les jeunes. Il réfréna son

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ardeur première. Il réfléchit sur ses impressions. D les classa, il les épura, il les synthésia, en quelques sorte, pour obtenir une œuvre plus douce, plus savante, où les procédés des deux maîtres se fondent sans nuire Tan à l'autre, et sans s'altérer.

Le fruit de cet effort, il l'a cueilli au salon dernier. Son Vuits noir obtint une seconde médaille. Il fut acheté par le gouvernement.

Il a travaillé trois ans à cette toile.

A la veille de chaque exposition il la recommençait. Le résultat, on le connaît.

C'est peut-être un peu cherché.

Il y a, à côté de larges couleurs ramassées sur la palette de Courbet, des arrangements méthodiques et scrupuleux qui ont demandé beaucoup de temps pour être trouvés, rendus, achevés.

Entre toutes les branches, il y a de l'espace;

entre toutes les feuilles, il y a de l'air ; tout est à sa place; tout est en son jour; — c'est très-bien, mais 11 y a pas assez de fouillis. — La nature est plus robuste.

Elle est plus dégingandée.

Conclusion :

Après M. Boudot, M. Marcel Ordinaires, est un des jeunes paysagistes franc-contois, qui ont le plus d'avenir.

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