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XXIV. Le Charivari, t>'J juin JSG.k

ayant figuré à son exposition particulière de 1867. L'Hallali du cerf est maintenant au Musée de Besançon et la Sieste est au Petit Palais des Champs-Elysées. La Sieste représente des travailleurs de la fenaison, endormis près de leurs bœufs, par la chaleur d'un après-midi. C'est le dernier grand paysage peint avec des personnages et en le comparant aux œuvres du même ordre, les Demoiselles de village du Salon de 1852 et les Demoiselles des bords de la Seine du Salon de 1857, on peut voir combien a été constante chez Courbet l'ascension vers l'éclat et la lumière.

En 1869, il y avait à Munich une exposition de peinture internationale annoncée de longue date, de manière à s'assurer le concours des artistes étrangers. Courbet y envoya un ensemble de ses œuvres. Les pays où il a été le mieux compris et apprécié de son vivant sont la Belgique et l'Allemagne. Il se plaisait à louer la Belgique comme étant pour lui une terre d'élection. Il y a entretenu des rapports étroits avec les jeunes artistes. Il n'a cessé de la visiter et d'envoyer de ses tableaux aux expositions ayant lieu à Bruxelles et dans les autres villes.

Il n'a pas eu avec l'Allemagne les mêmes relations suivies, mais il y est allé, une première fois en 1858, à Francfort, et une seconde fois en 1869, à Munich. Ses tableaux à l'Exposition internationale eurent un énorme succès. Le jury réclama spécialement j)our lui une

décoration qu'allait lui remettre le roi Louis II, l'ami de Wagner. Courbet se rendit à Munich à l'automne pour y cueillir ses lauriers. On le fêta et l'honora de toutes les manières. On voulut le voir peindre. Il exécuta devant les principaux artistes le nu appelé la Femme de Munich. Il avait en dehors de son art des supériorités pour séduire les Allemands. A Francfort, dans les forêts, il s'était révélé un chasseur exceptionnel et à Munich, cette ville des buveurs de bière, il se montra invincible la chope à la main.

Au moment où nous sommes arrivés, Courbet ajoutait depuis plusieurs années, à l'ensemble de son œuvre, la représentation de la mer. II avait d'abord peint quelques tableaux où la mer lui avait servi de motif : à Palavas, la mer Méditerranée à l'occasion de ses visites à Montpellier; lors d'une excursion au Havre en 1861, YEmbouchure de la Seine; la Pointe de Vallières, à Royan, pendant son séjour à Saintes, en 1862. Ce n'étaient là que des contacts épisodiques avec la mer. Mais en 1865, venu sur les côtes normandes et y retournant jusqu'en 1869, il entre en étroite liaison avec elle. Nous avons dit quelle sorte d'instinct poussait Courbet vers la nature, quelles dispositions le portaient à en rechercher les spectacles. Cette délectation d'artiste qu'il avait d'abord éprouvée dans les bois et devant les horizons de sa Franche-Comté, il va maintenant la ressentir devant la mer. Il passera des heures et des

jours à l'observer. Il pourra donc la rendre comme un homme l'ayant véritablement pénétrée.

En 1865, la première année où il séjourne sur les côtes normandes, il demeure à Trou ville jusqu'en novembre. En 1866, il est à Deauville, qui se développait alors. Le Comte de Ghoiseul le garde à son chalet. En 1867, l'année de l'Exposition universelle, où il a organisé sa propre exposition au pont de l'Aima, il va se reposer en août, à St-Aubin, chez un de ses amis en villégiature. En 1869, c'est à Etretat qu'il passe l'été avant de partir pour Munich. En changeant de lieu, il a pris connaissance du littoral sous ses diverses faces et il peindra un grand nombre d'études et de tableaux où ses plages, ses falaises, ses rochers seront montrés en combinaison avec la mer. Il s'est plu à appeler « paysages de mer » les œuvres de cette sorte, qu'on pourrait dire mi-partie des paysages, mi-partie des marines.

Il a en même temps peint la mer elle-même, la mer toute seule sous ses apparences changeantes. Il l'a fait avec succès, car il était alors dans les meilleures conditions pour y réussir. Il avait éclairci de plus en plus sa l)alette. Il a su voir la mer d'une manière personnelle et certains de ses aspects qu'il a reproduits de i)référence, sont très particuliers. C'est par exemple celui de la mer observée d'une certaine hauteur, en combinaison avec le ciel, s'étendant dans le lointain. 11 a vraiment réussi à donner alors la sensation du loin-

tain et de l'espace immense. Le titre qui conviendrait le mieux aux œuvres de ce genre serait celui de Vlmmensité, et qui a bien en effet été mis à une d'entre elles, faisant partie de la collection lonidès, au South- Kensington muséum, à Londres.

Descendu des hauteurs où il avait étendu la vue dans l'espace, Courbet la ramenait on peut dire à ses pieds. Il s'est alors attaché à peindre la vague qui, en se soulevant, vient se briser sur le rivage. Il a été saisi par cet aspect particulier de la mer. Il l'a peint avec persistance, sans toutefois tomber dans la monotonie. Il tenait les yeux si bien fixés sur son sujet, qu'il a su introduire dans la reproduction qu'il en a donnée, cette variété de mouvements, de coloration, de lumière qu'il comporte. En même temps on peut voir, dans ce cas, comment il faisait sortir ses grandes œuvres de ses études préliminaires. En peignant la vague sur des toiles de formes et de dimensions les plus diverses, il est arrivé, par ascensions successives, comme à un point culminant, à de ces œuvres maîtresses, telles que celles qu'il a dénommées la Mer orageuse, l'une qu'on peut dire définitive, maintenant gardée au Louvre, l'autre l'ayant précédée et ayant été comme une dernière étape, qui se trouve à la National Galerie, à Berlin.

Courbet apparaissait au Salon de 1870, sous un aspect nouveau, comme peintre de la mer. Il y mettait

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deux tableaux, qui synthétisaient le travail auquel il se livrait depuis plusieurs années sur les côtes normandes. C'étaient la Falaise d'EtretaU une de ces œuvres auxquelles il donnait le titre de « paysage de mer», représentant un motif pris à un point du littoral, en combinaison avec une vue de la mer; puis cette Mer orageuse, du Musée du Louvre, dont on peut dire qu'elle a été le couronnement de ses études sur la vague en mouvement. Cette exposition fut bien reçue du public au Salon et particulièrement appréciée par l'élite, capable de juger les choses d'art d'après leur mérite intrinsèque.

Le Salon de 1870 était le dernier où Courbet exposerait. Avec la représentaion de la mer son œuvre s'était à temps complétée. A ce moment il n'était plus l'homme de jadis, simplement apprécié par un groupe. Quoique encore discuté, il était tenu de tous côtés pour un chef d'école. Parvenu ainsi à ce qu'on peut appeler la gloire, il avait, arrivant à vendre ses œuvres à des prix élevés, acquis ce qui pour lui, avec ses habitudes simples, était la richesse. Il avait donc triomphé dans la bataille de la vie. On pouvait le ranger parmi les hommes heureux. Mais il allait montrer une fois de plus combien est fragile la félicité attachée à la condition humaine. En effet il ne nous reste plus guère à exposer que ses malheurs. Cependant avant d'aborder cette triste part, il nous faut raconter un dernier épisode joyeux, qui

se présente à notre souvenir, et qui servira à faire voir qu'elles étaient à l'état normal sa bonne humeur et sa facilité à se divertir.

C'était un dimanche de juillet 1870. Lireux ancien directeur de l'Odéon avait invité Courbet à passer la journée et à diner à sa maison de Bougival. Il avait en même temps invité pour le fêter, à l'occasion de son succès au Salon, un certain nombre de ses amis. Nous étions là Castagnary, Baudry et d'autres. Nous nous étions promenés la journée dans l'île de Croissy. C'était l'époque des canotiers et ce dimanche d'été d'un beau soleil les avait vus s'ébattre particulièrement nombreux. L'heure du dîner approchait. Nous nous trouvions réunis à la maison de Lireux. Courbet à peu près seul manquait. On l'avait laissé dans l'île de Croissy allant se baigner. Excellent nageur, une fois dans l'eau il n'en sortait plus.

La maison de Lireux à l'entrée de Bougival avait vue sur la grand'rue. Soudain notre attention est attirée par une clameur. En regardant, nous voyons au loin un rassemblement qui s'avançait. Les gens sortaient des maisons, se mettaient aux fenêtres. Lorsque le rassemblement arrive près de nous, nous en découvrons la cause. Un homme l'avait fait naître s'étant mis en marche dans la rue, en caleçon de bain, le bas des jambes nues, les pieds chaussés de babouches jaunes, le corps drapé dans une couverture de laine

d'où sortait un de ses bras, le visage sous un chapeau de paille rabattu. Parvenu en face de notre maison, l'homme tourne brusquement et y entre. C'était Courbet qui avait fait la « charge » de stupéfier ainsi tout Bougival et qui, au milieu de nous, se mit à rire à gorge déployée. Nous lui fîmes chorus.

On n'était séparé que de quelques jours de la guerre et de l'invasion, mais on s'illusionnait, on ne les sentait pas venir.

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